TRIBUNE LIBRE - Affaire classée !

Courses / 27.01.2020

TRIBUNE LIBRE - Affaire classée !

Par Nicolas de Lageneste

« Ah décidément, notre prime à l’éleveur détient cette particularité de réveiller les passions, et ce depuis sa création... Le sujet a connu des débats récurrents et parfois déchirants. Ce manifeste d'un petit groupe d'éleveurs paru hier dans notre journal préféré ravive les esprits sur le sujet.

Cette réflexion sur la notion des conçus et des non conçus a fait son apparition il y a près de quinze ans sous la mandature de Bernard Ferrand, à une époque où il était constaté un exode croissant des juments vers les étalons anglo-saxons et des difficultés économiques de nos étalonniers. Après de longs et douloureux échanges, France Galop a adopté en 2012 une règle favorisant les produits conçus en France, avec pour finalité le soutien et l'amélioration du parc d'étalon français. L'effet positif sur la qualité du cheptel de nos reproducteurs de l'Hexagone ne s'est pas fait attendre. Nos étalonniers en ont été les premiers bénéficiaires avec une augmentation des ventes de saillies. Comme ils sont enclins à le faire, ils ont su réinvestir dans une meilleure génétique, devenue aujourd'hui à la portée de tous les éleveurs français, et tout notre élevage a su en profiter.

Sur le fond, on comprend très bien que chacun puisse avoir son idée sur la question, avec des arguments tout à fait de valeur et parfaitement respectables.

Cependant les débats sur le sujet ont eu lieu à maintes reprises, attisant à chaque fois les sensibilités des acteurs de notre microcosme...

Souvenons-nous, en octobre 2017, de la gronde, de la pétition des étalonniers et de leur lettre adressée au président de France Galop, refusant le retour à une prime différente suivant le stationnement de l'étalon (il est d'ailleurs amusant de constater que cette lettre avait été signée par certains cosignataires de l'article d'hier, qui auraient donc changé d'avis depuis...).  

Plusieurs Comités de la Fédération des éleveurs ont débattu sur les modalités des primes, notamment en juin dernier avec un sondage par courriel en préalable de la campagne électorale, et ce fut 80 % de ses membres qui se sont exprimés pour garder une différenciation entre les primes des conçus et des non conçus. Le président Édouard de Rothschild avait également demandé, au printemps 2019, aux représentants des trois principales associations représentatives de faire une proposition commune. Messieurs Malivet, Rimaud et Tassin confirmèrent alors de manière consensuelle la conservation des deux notions de conception. Lors de notre dernière campagne électorale, permettant l'expression de chacun, il aurait pu être l'occasion d'en débattre à nouveau. Étonnament, on a pu constater que pas une seule voix ne s'est élevée pour remettre en question cette différenciation entre les conçus et les non conçus. Aujourd'hui, on veut nous la présenter comme ayant un "rôle discriminatoire et injuste"...

Rappelons, en passant, qu’en Grande-Bretagne la prime à l’éleveur n’est attribuée que si le cheval est issu d’un étalon stationné sur le sol de Grande-Bretagne.

Le référendum sur les modalités des primes à l'éleveur a été sans équivoque, 72 % des éleveurs votants se prononcèrent sur la même option, qui allait ensuite être confirmée à l'unanimité par les membres du Conseil d'administration. Respectons ce résultat démocratique et n’oublions pas que l’enveloppe d'encouragements pour l'élevage n’est pas extensible, car si nous devions remettre en cause cette décision, toute la répartition serait donc à revoir, au détriment des mesures votées par la grande majorité des éleveurs.

Voilà donc des décisions sur le sujet qui ont été votées démocratiquement, à chaque fois confirmées et même avec de larges majorités. Alors pourquoi revenir sur ce qui est acté avec toute sa valeur donnée par les urnes ? Le sujet reste clivant, évitons de déterrer à nouveau cette hache de guerre qui a pu être à l'origine de cicatrices au sein de notre microcosme. Les modalités des primes à l'éleveur ont été définitivement entérinées. Ne ravivons pas une fois de plus ce sujet sensible et clivant. L'affaire est classée !

France Galop et ses responsables ont aujourd'hui besoin de sérénité pour traiter des sujets capitaux pour notre avenir des courses, notamment le rapprochement Trot Galop. Sachons nous montrer unis et solidaires. »