TRIBUNE LIBRE -  Celui qui investit dans une saillie à l’étranger mérite la même récompense que celui qui fait saillir en France

Courses / 26.01.2020

TRIBUNE LIBRE - Celui qui investit dans une saillie à l’étranger mérite la même récompense que celui qui fait saillir en France

Par Nicolas de Chambure, Antoine Lepeudry, Benoît Jeffroy, Pierre Talvard, Mathieu Daguzan Garros, Gwenaël et Lucie Monneraye, Philip Lybeck, Henri Bozo… et de très nombreux éleveurs qui se reconnaîtront dans ce texte.

« Le récent référendum de France Galop sur les primes à l’éleveur a permis de rétablir ce que beaucoup d’éleveurs percevaient comme un déséquilibre et une injustice. Selon les détracteurs de la suppression des primes aux vieux chevaux, la prime était dévoyée car utilisée à des fins d’intérêts particuliers, au détriment d’une certaine catégorie d’éleveurs et de chevaux. Son rétablissement permet donc de récompenser tous les éleveurs de manière juste, ne favorisant plus telle ou telle catégorie.

Beaucoup d’éleveurs et de socioprofessionnels s’en sont félicités dans la presse, mettant en avant le retour à une prime saine, juste et épurée de toute discrimination. Réellement ? Malheureusement non ! La prime à l’éleveur, à travers le principe des conçus/non conçus, conserve la défense d’une catégorie au détriment d’une autre. Elle conserve la défense d’intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général. Elle conserve un rôle discriminatoire et injuste. Elle conserve ses déséquilibres et son injustice…

Nous sommes pour la prime éleveur telle qu’elle avait été pensée à son origine. Une prime qui récompense un éleveur pour les succès en course de ses élèves. Et ce, quel que soit son âge, son père ou la catégorie de course. Une prime qui ne soit pas utilisée pour la défense de telle ou telle catégorie. Suivant ce principe et à condition d’une remise à plat globale, nous étions favorables à un retour à la prime aux vieux chevaux car ce n’était pas le rôle de la prime de favoriser le raccourcissement du cycle. Mais ce n’est pas non plus son rôle de favoriser les étalonniers français, et le referendum aurait dû inclure la suppression de ce mécanisme. Aujourd’hui l’écart est de 4,5 points entre la prime pour les conçus et les non conçus. Un éleveur qui prend un risque supplémentaire en faisant voyager sa jument et en investissant dans une saillie à l’étranger ne mérite-t-il pas la même récompense qu’un éleveur qui serait resté en France ? Son travail et ses efforts ne méritent-ils pas le même soutien ? Cette situation n’est elle pas injuste et discriminatoire ?

France Galop a pour mission l’amélioration de la race et devrait donc favoriser l’investissement des éleveurs dans de bonnes saillies et favoriser un pool génétique diversifié et de qualité. Mais c’est le contraire qui est fait en privant ces éleveurs d’une partie de leur prime.

Nous entendons déjà l’argument du succès de cette mesure. Celle-ci aurait permis de redynamiser le parc étalon français et de favoriser les investissements des étalonniers. Soutenir cette thèse, c’est nier l’esprit d’entreprise, la prise de risque et le courage dont ont fait preuve des haras comme Montfort et Préaux, Colleville, Bouquetot, Étreham, la Haie Neuve, Bonneval et tous les éleveurs qui ont participé à ces syndications. La relance du parc d’étalons français s’est faite grâce à des hommes et non pas grâce au système.

Il est important que France Galop ait une vision ambitieuse et puisse mettre en place une politique pour mettre en œuvre cette vision. Mais les mesures doivent être prises à travers des outils adéquats et pertinents. La prime ne doit plus faire partie de ces outils et ne plus être utilisée comme un levier en faveur de telle ou telle orientation. Nous ne sommes pas contre une politique qui tire vers le haut le parc d’étalons français, bien au contraire, certains d’entre nous étant étalonniers, mais notre objectif est avant tout l’intérêt général. Nous devons réfléchir à d’autres mécanismes qui ne pénalisent pas les éleveurs et nous ferons des propositions dans ce sens-là dans les jours qui viennent.

Enfin, le retour à une prime neutre, égalitaire et juste permettra aux éleveurs d’enterrer une bonne fois pour toute la hache de guerre et de retrouver l’unité et la confiance qui leur manque aujourd’hui. Sachons mettre de côté nos intérêts particuliers en faveur de la défense de l’intérêt général. Dans cette période de relance, il est primordial de travailler tous ensemble et de tirer toute notre filière vers le haut. »