Faut-il avoir peur du coronavirus ?

International / 25.02.2020

Faut-il avoir peur du coronavirus ?

Le coronavirus secoue le nord de l’Italie et, avec lui, les courses hippiques. En Lombardie et en Vénétie, elles sont interdites, comme toute manifestation sportive. La psychose se propage encore plus rapidement que le virus.

Par Anne-Louise Échevin

En France, une mesure préventive est liée au coronavirus : Vincennes a annulé sa fête du Nouvel an chinois qui devait avoir lieu le 9 février. Mais les courses ont été maintenues. LeTrot s’est tout simplement aligné sur la décision préventive de la ville de Paris, qui avait aussi annulé le défilé du Nouvel an chinois prévu le 2 février.

Du côté de France Galop comme du PMU, la vigilance est de mise, l’évolution de l’épidémie est suivie avec attention. Mais au 25 février 2020, il n’y a aucune raison de s’alarmer pour les courses françaises.

On imagine deux scénarios catastrophe... Pas de raison de paniquer donc. Mais nous sommes joueurs et nous avons une imagination fertile. Voici donc un petit jeu – et nous insistons, ce n’est qu’un jeu : imaginer les pires scénarios catastrophe liés au coronavirus pour les courses hippiques.

Scénario 1 : annulation pure et simple des courses, comme c’est le cas localement en Italie.

Scénario 2 : les courses continuent mais une psychose s’installe, tout le monde se placarde chez soi, plus personne ne fréquente les lieux publics. Et l’activité économique se retrouve paralysée – demandez à notre journaliste italien ce qu’il se passe du côté de Milan ! Or le socle du PMU et donc du financement des courses, c’est le réseau en dur. Alors oui, il y aurait probablement un effet report sur les paris en ligne. De là à compenser un réseau dur quasi-inactif ? Quant à des courses à huis clos, elles ne seraient pas le problème majeur à ce stade de la saison : les hippodromes français, et notamment parisiens, ne rassemblent pas la foule de Cheltenham, le grand événement de l’hiver (le Prix d’Amérique) est passé…

Encore une fois, pas de panique ! Nous sommes encore très loin de ces scénarios catastrophe.

Une inconnue : le cheval et la souche Covid-19 du coronavirus. Au-delà de la contagion entre humains, qui est avérée, il y a une question qui plane encore autour de l’épidémie de coronavirus, dont la souche a été nommée Covid-19 : les animaux, dont le cheval, peuvent-ils être contaminés ? Et peuvent-ils, même sans être eux-mêmes atteints de la maladie, la transmettre à l’homme ? Nous avons posé la question à deux vétérinaires et la réponse a été la même : rien n’indique que ce soit le cas… Mais rien ne permet d’affirmer le contraire. Dans l’état actuel des choses, il y a plus à craindre d’une grande épidémie de grippe équine, comme en 2019, ou de la fièvre aphteuse, comme en 2001…

Si vous allez sur le site du Respe, vous constaterez qu’une alerte au coronavirus a été enregistrée le 18 février dernier aux États-Unis. Pas de panique ! Il y a plusieurs souches de coronavirus et toutes ne sont pas contagieuses pour l’homme, tout comme il y a plusieurs variétés de grippes. Dans le cas du cheval américain, nous ne sommes pas sur la souche Covid-19 qui sème la panique dans le monde entier, mais sur un coronavirus équin.

Les courses déjà impactées à l’international. Le coronavirus a déjà eu des conséquences sur les courses hippiques à l’international. Les manifestations sportives sont interdites en Lombardie et Vénétie, dont les courses hippiques. Le but est d’éviter la propagation du virus avec des rassemblements.

Du côté de l’Asie, où le virus est apparu, les courses continuent mais des précautions sont prises. Les chevaux courent sur des hippodromes fantômes à Hongkong : seuls sont admis les entraîneurs, jockeys, officiels du Hong Kong Jockey Club et les commissaires en activité le jour concerné, ainsi que les propriétaires ayant un partant et une réservation dans une loge propriétaire… Happy Valley et Sha Tin déserts, voilà une vision saisissante. Les 101 points PMU du Hong Kong Jockey Club en ville ont aussi été fermés mais 75 % des enjeux sont placés online. Cependant, à titre d’exemple, la grande réunion du lundi 27 janvier, celle du Nouvel an chinois, s’est tenue avec 8.289 spectateurs qui ont parié 1.459 millions de HK$ (170 M€), c’est une baisse des enjeux de 280 millions (32,61 M€) par rapport à 2019, où l’hippodrome était plein à craquer avec 105.716 turfistes.

Du côté du Japon, la Japan Racing Association n’a officiellement pris aucune mesure face au coronavirus. Cependant, quelques manifestations sportives ont eu lieu sans spectateurs. La J.R.A. est attentive et, si l’État l’ordonne par exemple, les courses pourraient basculer à huis clos en cas de propagation de l’épidémie.

Un cas de coronavirus du côté du Hong Kong Jockey Club

Ce mardi, le Hong Kong Jockey Club a confirmé un cas de coronavirus touchant une de ses employées. L’Institution a fermé les lieux où cette employée s’est rendue (le 11 février et le 14 février), soit le Food Plaza et le Six Furlong – au même étage – sur l’hippodrome d’Happy Valley ainsi que le Levade. L’employée a aussi fréquenté l’espace gym du Happy Valley Clubhouse, qui a été fermé (gym, piscine, vestiaires). Tous les employés qui travaillaient sur ces lieux aux dates concernées sont placés en quarantaine pour quatorze jours (le temps d’incubation).

Les mauvais souvenirs de la fièvre aphteuse… Demandez aux Anglais et Irlandais quels souvenirs ils gardent de l’épidémie de fièvre aphteuse, en 2001 ! Les courses ont été directement impactées par cette maladie potentiellement mortelle pour les mammifères bi-ongulés (bovins, ovins, porcins, caprins)… Mais dont les chevaux peuvent être porteurs sains. Le Festival de Cheltenham avait dû être annulé, les courses britanniques ont été abandonnées pendant plus de cinq semaines. Imaginez les conséquences économiques pour la filière… Le Festival de Cheltenham représente à lui seul 100.000.000 £ pour les bookmakers et rapportent 10 millions de livre à l’économie locale. Sans compter les pertes pour tous les professionnels des courses, les propriétaires…

Plus récemment, en mars 2019, les courses britanniques ont été interrompues pendant plusieurs jours en raison de la grippe équine. En France, des foyers de grippe équine ont aussi été détectés. Mais grâce à l’efficacité du Respe (réseau d’épidémio-surveillance des pathologies équines), l’épidémie a pu être gérée, avec une mise en quarantaine des écuries concernées, et endiguée.

Et chez nous ? La France n’avait pas été touchée de plein fouet par l’épidémie de fièvre aphteuse, dont le foyer se trouvait au Royaume-Uni, grâce à différentes mesures préventives : abattage de tous les troupeaux ayant été en contact avec des foyers infectés, arrêt des importations depuis le Royaume-Uni et l’Irlande, puis avec la Belgique ou les Pays-Bas lorsque des foyers se sont déclarés. Il y a eu des foyers de fièvre aphteuse en France, avec des zones de quarantaine.

Les chevaux n’étaient pas malades de la fièvre aphteuse mais pouvaient porter le virus : des mesures de restriction des transports des équidés ont donc été prises à partir du 5 mars 2001. Elles ont été allégées à partir du 30 mars. Mais cela a donné lieu à des situations particulières : par exemple, le centre d’entraînement de Chantilly a été scindé en deux suite à l’installation d’un périmètre de sécurité sanitaire dans la région. Les chevaux entraînés à Lamorlaye ont eu le droit de se déplacer et de courir (sous conditions) mais ceux installés à Chantilly ont été placés dans une zone de quarantaine et interdits de compétition pendant quelques jours… Parfois pour quelques petits mètres !