À LA UNE - Tata au pays de l'or noir

International / 27.02.2020

À LA UNE - Tata au pays de l'or noir

Adeline Gombaud a un surnom : "Tata". En temps normal, elle voyage entre Cognac et La Garenne-Colombes. Mais cette semaine, c’est fête ! Elle est l’envoyée de JDG en Arabie Saoudite.

De notre envoyée spéciale à Riyad, Adeline Gombaud

Découvrir un nouveau pays est toujours source d’excitation. Avouons-le, quand il s’agit de l’Arabie Saoudite, il y a aussi une pointe d’inquiétude. Vais-je devoir couvrir mes cheveux ? Va-t-on vraiment fêter les victoires françaises à la Badoit ?

Toujours prendre le bus de 5 h

Nous sommes jeudi matin, 48 heures avant la première édition de la Saudi Cup, la course la plus riche du monde avec ses 20 millions de dollars d’allocation. Les chevaux français doivent sortir à 7 h 10. Prévoyant, Emmanuel Roussel, qui n’en est pas à sa première expérience dans le désert, conseille le bus de 5 h. Le "King Abdulaziz Racetrack", l’hippodrome du pays, est à Riyad comme Chantilly est à Paris, la forêt en moins. Comptez 45 bonnes minutes de trajet, errements du chauffeur compris. Le temps de prendre un café au club house de l’hippodrome (on y trouve une salle de sport, deux courts de tennis et même une piscine, au cas où), nous sommes à l’heure pour l’arrivée de nos compétiteurs, et même pour assister au hersage de la piste en dirt. Pour les puristes de l’exercice, on a compté six tracteurs Fiat, donc âgés d’au moins 24 ans si l’on se fie à la date de la fusion de la marque italienne avec New Holland (ne rigolez pas, je me suis renseignée).

Ils sont bizarres ces Américains !

Call the Wind (Frankel) effectue un bon canter sur le dirt, alors qu’Intellogent (Intello) reste au côté de son poney au galop de chasse. King Malpic (King’s Best) goûte au gazon tout neuf, et Called to the Bar (Henrythenavigator) est prévu sur la piste de la quarantaine. Aoun (Mahabb) se tient à carreau sous la selle de Steve Haes, qui en a vu d’autres. Le gris Hajres (Nizam) fait quelques facéties. Magic Wand (Galileo) passe devant nous mais elle ne réagit pas à l’accent français. Un cheval américain s’approche des boîtes. Il y reste deux ou trois bonnes minutes, puis en ressort à reculons. Ils sont bizarres ces Américains.

Fabrice ou Freddy ?

Il faut ensuite réussir à intercepter les entraîneurs tricolores, entre les écuries situées à quinze bonnes minutes, et les tribunes temporaires qui accueillent la version saoudienne du Breakfast with the Stars. Fabrice Chappet, imperturbable : « Intellogent a couru fin novembre à Bahreïn, et nous l’avons laissé un peu souffler après. Nous l’avons repris après Noël. C’est une rentrée, et notre numéro à la corde (le 8) n’est pas idéal, mais nous verrons bien. » Freddy Head est introuvable, sans doute reparti en voiture de golf électrique à la quarantaine, logiquement interdite aux journalistes. Il paraît d’ailleurs que les boxes sont très bien. Tout le confort moderne. Et même un peu d’herbe à brouter nous apprend Sophie Teixeira, qui veille sur les tricolores.

Des toilettes de chantier… propres

Tant pis pour Freddy, allons découvrir le media center. Comme on s’en doutait, nous sommes installés dans des sortes de grands préfabriqués, pas trop loin de la piste – c’est le principal. Les toilettes font penser à celles des chantiers, mais elles sont d’une propreté impeccable. Importantes, les toilettes, ça dit beaucoup de choses, les toilettes, mais je n’ai pas fait six heures de vol pour écrire sur les toilettes.

On a retrouvé Freddy

Il y a bien une conférence de presse d’ici 30 minutes… Il faut retourner du côté des tribunes. Premier coup de chance. Freddy Head, saharienne et New Balance couleur désert, est à la recherche désespérée (ou presque) d’un bus pouvant le ramener à l’hôtel. Je l’intercepte : « Call the Wind me semble très bien. Oui, il fait une rentrée mais il a du travail et avait bien couru à Dubaï l’an dernier dans des conditions similaires. La piste est bonne, il y a beaucoup d’herbe. Bon, on ne venait pas ici pour trouver du lourd, hein ! Mais il devrait bien se comporter. L’idée, si c’est le cas, serait aller d’ensuite à Dubaï. » « Freddy ? Freddy Head ? » On nous interrompt. Un homme au gabarit de jockey, la (petite) soixantaine. Regard interrogateur de l’entraîneur. « Steve, Steve Cauthen ! » Reprenons. Je suis dans le désert, dans ce qui me semble être au milieu de nulle part, sur un hippodrome qui n’a encore jamais accueilli de courses internationales. Et Steve Cauthen, le jockey d’Affirmed, le plus jeune pilote à avoir gagné la Triple couronne, le partenaire d’Old Vic, d’Oh So Sharp… retrouve celui de Miesque. Mon horizon s’éclaircit. J’ai un angle, comme on dit dans les écoles de journalisme. Enfin, un angle plus course que les toilettes.

Bob Baffert, la classe américaine

Revigorée, je décide de rejoindre la conférence de presse où une autre légende doit s’exprimer, Bob Baffert. Il a deux partants dans la Saudi Cup, Mucho Gusto (Mucho Macho Man) et McKinzie (Street Sense). Le premier a gagné la Pegasus World Cup, le second pas moins de quatre Grs1 et il a fini son année par une deuxième place dans la Breeders’ Cup Classic. Du lourd. « C’est excitant, comme course ; et je suis chanceux d’avoir deux chevaux au départ. Ils vont rencontrer l’un des lots les plus relevés de leur carrière, et ces chevaux-là se retrouveront sûrement à Dubaï dans un mois… Quand j’ai vu que Maximum Security allait courir… Bon, ce ne fut pas la meilleure nouvelle de l’année. Il est si bon, si vite ! Il y a Midnight Bisou aussi, que je connais bien… La surface est vraiment parfaite. Je pense que tout se jouera au départ. Il faudra bien partir. Et les stalles sont françaises : elles sont plus étroites que les nôtres. C’est pour ça que McKinzie y est allé ce matin... Ça va être une belle course. » Merci M. Baffert, j’ai compris le coup de votre cheval dans les boîtes ce matin. Et merci pour cela aussi : « C’est même plus qu’une belle course. C’est le genre d’événement qui fait du bien aux courses. Trop souvent, les chevaux comme Maximum Security ou même les miens partent au haras sitôt les Derby courus. Mais cette Saudi Cup, comme les Breeders’ Cup, Pegasus World Cup et Dubai World Cup, avec leurs allocations record, nous incitent bien sûr à garder les chevaux une année de plus. C’est bon pour le public. Ils aiment voir les champions. Vous m’auriez parlé d’une course à 20 millions de dollars dans le désert il y a vingt ans… Non, je ne vous aurais pas cru. Le cheikh Mohammed Al Maktoum a lancé cela à Dubaï et maintenant nous voilà ici. Où aura lieu la prochaine Cup ?! »

Jamie Osborne, l’entraîneur 2.0

Il est 10 h et au moins, l’inquiétude de la page blanche est balayée. La fatigue de la nuit trop courte presque envolée. C’est au tour de Jamie Osborne de s’exprimer. Lui, si vous vous promenez sur Twitter, vous ne pouvez pas le manquer. En tout cas, moi, c’est mon idole des réseaux sociaux. Forcément, avec Jamie Osborne, ça charrie. Il va seller Mekong (Frankel), un ancien pensionnaire de Sir Michael Stoute, acheté spécifiquement pour le Turf Handicap, sur 3.000m, où il affrontera notamment Called to the Bar et Call the Wind, mais aussi le gagnant de la Melbourne Cup Cross Counter (Teofilo)…  « S’il s’est amélioré depuis qu’il est chez moi ? Absolument ! Je rigole, bien entendu. Ce n’est pas un cheval très facile et il a fallu comprendre pourquoi son ancien entourage pensait qu’il n’était pas le cheval pour ce genre de challenge. C’est vrai que le matin, il n’est pas simple, mais en course, il se donne. Nous l’avons envoyé à Dubaï fin décembre, parce que nous pensions qu’il serait plus simple de le préparer là-bas. Quand il est parti, il avait déjà son poil d’hiver, mais depuis quelques semaines, il a vraiment beaucoup changé. Il s’est bien comporté dans sa préparatoire à Meydan. Pour lui, ce sera avant tout une question de train. Si c’est une course tactique, sans rythme, cela ne nous servira pas. Mais si ça avance beaucoup, il va faire parler sa tenue. Depuis Toast of New York, en 2014, je n’ai pas eu de chevaux de cette qualité, avec lesquels on peut voyager, et ça fait du bien de retrouver ces sensations ! »  À la sortie de la conférence de presse, je prends mon courage à deux mains et j’avoue à Mister Osborne qu’il a une fan du côté de la Charente. Direct, il m’a « follow back » sur Twitter. Je sautille, j’ai dix ans. C’est génial, les voyages.