Arnaud Evain : « Le monde du sport rappelle à celui des courses ses engagements »

Courses / 26.02.2020

Arnaud Evain : « Le monde du sport rappelle à celui des courses ses engagements »

C’est un personnage clé de la filière en France. Arnaud Evain est l’un des hommes forts de l’élevage du cheval de sport de notre pays. Mais il est aussi coéleveur et copropriétaire de Carriacou (Califet), tenant du titre dans le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1).

Par Adrien Cugnasse

Jean-Claude Evain, venu des Ardennes, a acheté le haras de Mirande en 1963. Cavalier de concours hippique mais aussi propriétaire ayant brillé à Auteuil, il a transmis la structure à ses enfants. Et c’est sous les entités familiales "écurie Mirande" et "haras de Mirande" que ces derniers continuent à élever et faire courir avec succès, Carriacou n’étant pas un cas isolé. Jean-Claude Evain a donc légué sa passion à ses six enfants, tout particulièrement à sa fille Isabelle Pacault et à son fils Arnaud Evain. Ce dernier est l'un des dirigeants de Fences, agence de vente qui commercialise aux enchères environ 600 chevaux par an (un peu moins de 10 % des naissances), et du groupe France Élevage (leader français de la distribution de semence d'étalons de sport). Il est celui que beaucoup d’élus du monde des sports équestres consultent et dont les idées ont en partie façonné l’orientation du cheval de sport en France. 

Deux cœurs. L’épouse d’Arnaud Evain, Henriette Evain, ancienne cavalière de l’équipe des Pays-Bas, élève avec succès des chevaux de sport comme Up to You ISO 155, Barbarian ISO 174 (J.O. de Sydney), Kraque Boom ISO 188 (champion d’Europe en 2009), Lady In Blue ISO 166 (CSI5* et CSIO), On Ira (CSIO5*), Telstar IV ISO 160… Entre deux rendez-vous, Arnaud Evain nous a confié : « Mon père avait deux cœurs, un pour les courses, un pour les sports équestres. Il a confié le premier à ma sœur et le second à moi-même ! Mais j’ai tout de même aussi hérité de cette passion pour les courses. Si cela me passionne, c’est vraiment Isabelle qui est aux commandes de Mirande car elle est la plus compétente. Mes deux frères, qui sont restés associés, Isabelle et moi-même formons un quatuor solide ! Néanmoins, c’est avec plaisir que nous discutons parfois de certains choix stratégiques. » Il poursuit : « J’ai ainsi assisté à l’évolution assez remarquable des courses d’obstacle en France. C’est en partie lié à la progression des allocations. En valeur constante, le Grand Steeple-Chase de Paris est mieux payé aujourd’hui qu’en 1994 par exemple, année où Vénus de Mirande (Carmont) s’était classée deuxième de la grande épreuve. Le commerce a lui aussi beaucoup changé la donne et le label AQPS a conquis beaucoup de parts de marché. Pour les très bons, la demande est plus importante que l’offre ; dès lors, les prix ont grimpé. »

Il vend entre 5.000 et 6.000 saillies par an dans le monde. « Depuis les années 1980, le marché du cheval de sport a beaucoup changé, en particulier à haut niveau. Les événements de haut vol ont tiré le commerce vers le haut. Dans les très bonnes régions d’élevage, le nombre de juments à saillir n’a pas beaucoup changé. En revanche, la taille des élevages a progressé. Dans le canton de Sartilly, il y a toujours eu une centaine de poulinières, mais elles sont concentrées dans les mains de cinq fois moins d’éleveurs. » Au sujet des éleveurs de chevaux de sport, Arnaud Evain poursuit : « Deux mondes cohabitent. D’un côté, des gens observateurs, précis, qui n’utilisent pas un étalon sans l’avoir détaillé sous toutes les coutures. De l’autre, ceux qui ont une vision plus superficielle, qui font leurs choix en fonction du potentiel commercial du reproducteur. Le groupe France Élevage représente entre 2.500 et 3.000 saillies chaque année en France, soit un tiers du marché. Et nous vendons à peu près autant de saillies à l’étranger. C’est possible grâce au fait que nous faisons voyager la semence. Le groupe France Élevage rassemble environ 250 personnes physiques ou morales et ces actionnaires constituent un réseau précieux, pour repérer et acheter les futurs étalons. Grâce à des premiers investissements fructueux, le groupe a pu financer l’achat de reproducteurs confirmés comme Mr Blue (Couperus) ou encore Kannan (Voltaire), lesquels sont devenus des étalons de premier plan. »

L’insémination et les courses. Arnaud Evain poursuit : « Depuis les années 1980, on se pose la question de l’utilité de l’insémination dans l’univers du pur-sang anglais. Je pense que cela pose deux problématiques. Sur le plan technique, en ne faisant plus monter un étalon sur des juments, on gagne beaucoup en sécurité et en efficacité. L’insémination permet de décupler le nombre de descendants par étalon, et on comprend dès lors l’impact sur le plan génétique. Compte tenu que le stud-book pur-sang ne pose pas de limite pour le nombre de produits par an et par reproducteur, cela pourrait poser problème. » Aux dernières élections de la S.H.F., la liste menée par Arnaud Evain déclarait notamment dans sa profession de foi : « Notre volonté est de dépenser toute l’énergie nécessaire à l’obtention de moyens financiers pérennes auprès de l’ensemble des financeurs potentiels : collectivités territoriales, ministères, Europe, F.F.E., courses, etc… » Nous lui avons donc demandé s’il pensait qu’une défiance, sur plan politique, s’était installée entre sport et courses. Il nous a expliqué : « Quand la taille du gâteau décroît, les convives se regardent. Historiquement, lorsque l’État a confié le monopole de l’organisation du jeu aux institutions hippiques, il a aussi confié la mission d’encouragement des sports équestres et de l’élevage. Ce fut par exemple matérialisé par la création du Fonds Éperon. Aujourd’hui, alors que l’État se désengage de toutes parts, le monde du sport rappelle à celui des courses ses engagements. Les éleveurs de chevaux de sport doivent être plus proches de ceux qui utilisent leur production, et notamment la Fédération française d’équitation, Mais il faut aussi qu’ils rappellent le règlement de copropriété familiale à leurs grands frères des courses. »