Charlotte Prichard, la british touch de l’obstacle français

Courses / 10.02.2020

Charlotte Prichard, la british touch de l’obstacle français

Ancienne cavalière amateur, Charlotte Prichard, 24 ans, pointe actuellement à la troisième place du classement des jockeys d’obstacle, à égalité avec Nathalie Desoutter. Seule femme jockey britannique à exercer en France, elle ne cesse d’enchaîner les victoires.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Vous avez réalisé un meeting de Pau remarquable, puisque vous avez franchi le poteau en tête à six reprises en 15 sorties au Pont-Long. Vous attendiez-vous à connaître une telle réussite ?

Charlotte Prichard. – Pas du tout ! Je travaille chez Guillaume Macaire, qui a peu de partants durant l’hiver. Mais grâce à David Cottin, j’ai eu l’opportunité de faire plusieurs allers-retours fructueux. L’année dernière, j’ai profité de quelques jours de vacances pour découvrir Chantilly, que je ne connaissais pas. J’ai choisi d’aller monter à l’entraînement chez David Cottin, qui m’a appelée par la suite pour monter une jument nommée Figue (Yeats) aux Sables-d’Olonne. Nous avons gagné, et il a fait de plus en plus appel à moi. C’était mon premier meeting de Pau, et il a été au-delà de mes espérances. J’ai notamment eu la chance de gagner une course à conditions avec le bon Crack de Rêve (Loxias). C’est un vrai plaisir d’avoir été associée à un tel cheval !

Vous avez rejoint les rangs des professionnels en septembre dernier. Qu’est-ce qui vous a poussée à franchir ce cap ?

Je n’ai pas eu le choix. J’ai été assistante entraîneur chez Guillaume Macaire durant deux ans ; or, en France, passé ce délai, on n’a plus le droit de travailler dans une écurie en étant amateur. J’adore monter en course, et cela s’est fait naturellement.

Comment êtes-vous arrivée en France, vous qui êtes originaire du Pays de Galles ?

J’ai monté à cheval avant même de savoir marcher. Je n’avais même pas six mois lorsque je me suis retrouvée sur un poney pour la première fois ! Mes parents possèdent des chevaux de point-to-point et m’ont appris à monter. J’ai suivi des études de biologie, de géographie et de chimie, avant d’arrêter l’école à 18 ans. C’est alors que j’ai commencé à travailler dans le milieu des chevaux, tout en montant en course avec une licence d’amateur, ce qui est autorisé en Angleterre. Mon frère, David, qui est gentleman-rider, avait passé un été chez Guillaume Macaire et m’avait dit qu’il fallait que j’en fasse l’expérience. Je suis venue à Royan une première fois pendant trois mois. La deuxième fois, je ne suis plus repartie ! Cela fait trois ans que je suis installée en France.

Comment se déroule votre collaboration avec Guillaume Macaire ?

Chez lui, on fait souvent sauter les chevaux et on apprend beaucoup. Il nous accorde beaucoup de confiance. Guillaume Macaire n’est pas seulement un dresseur de chevaux, mais il est aussi un dresseur de jockeys. Quand je monte pour lui, il prend le temps de m’expliquer les choses. Le travail du matin est passionnant, d’autant que nous sommes plusieurs jockeys là-bas. Je reçois beaucoup de conseils de James Reveley, Felix de Giles ou encore Nathalie Desoutter, pour ne citer qu’eux. Je n’ai pas de modèle en particulier, j’essaye de m’inspirer des bons côtés de tout le monde. Les chevaux qu’on amène aux courses sont dressés et prêts. Si ça se passe mal, il y a rarement d’excuse. Tout se passe bien pour moi, et je compte bien rester chez Guillaume Macaire encore longtemps.

Vous êtes la seule femme jockey britannique à exercer en France. Pensez-vous qu’il est plus facile de percer ici qu’en Angleterre ?

Je profite énormément de la décharge des femmes, qui n’existe pas en Angleterre. Si je n’avais pas cette décharge, ce serait aussi difficile pour moi ici que là-bas, je pense. C’est un métier qui n’est pas accessible à tout le monde, et j’ai la chance de profiter de cette belle opportunité en France. Ȇtre une femme-jockey en Angleterre est vraiment difficile ; j’ai travaillé durant quatre ans là-bas chez Evan Williams, où je n’ai jamais eu d’opportunité comme ici.

Quelles différences avez-vous pu constater au niveau des entraînements français et britanniques ?

En Angleterre, on entraîne sur des pistes qui montent et on travaille davantage la vitesse. Du coup, les chevaux britanniques sont durs, plus durs que les chevaux français. Ici, les pistes sont plates, et on se concentre plus sur le fond. Les courses anglaises partent très vite, et c’est le cheval le plus dur qui gagne. Les courses françaises requièrent davantage de tactique.

Pourquoi vous êtes-vous tournée vers l’obstacle ?

Je suis assez grande puisque je mesure 1,68m. Par conséquent, je suis trop lourde pour monter en plat. Mais de toute façon, j’ai toujours été attirée par l’obstacle, depuis que je suis enfant.

Avez-vous un cheval de cœur ?

Oui, j’ai gagné deux courses à Pau avec Zuckerberg (Kamsin). Dernièrement, nous nous sommes classés quatrième du Prix Camille Duboscq (L). C’est un cheval généreux, qui est fait pour moi !

Quel est votre meilleur souvenir en course ?

J’ai gagné pour la première fois à Auteuil à la fin du mois de novembre avec Baxter du Berlais (Saint des Saints), un ancien pensionnaire de David Cottin. Pour nous, les Anglais, gagner à Auteuil, c’est comme gagner à Cheltenham !