DANS LES CUISINES DES GRANDS ÉLEVEURS - Isabelle Pacault suit son instinct

Élevage / 26.02.2020

DANS LES CUISINES DES GRANDS ÉLEVEURS - Isabelle Pacault suit son instinct

À la manière des grands chefs, ils ont leurs secrets pour élaborer les champions de demain… Jour de Galop vous propose une immersion dans les cuisines des principaux éleveurs de plat et d’obstacle. Ce mercredi, rendez-vous avec Isabelle Pacault, du haras de Mirande.

Par Alice Baudrelle

Grâce aux bons résultats de ses élèves, le haras de Mirande se maintient dans le top 10 des éleveurs d’obstacle depuis sept ans. Avec les chevaux, il n’y a pas de recette magique, et cette entreprise familiale en est une parfaite illustration. Isabelle Pacault a sa façon bien à elle de faire ses croisements : « Je choisis mes croisements de manière assez particulière, c’est-à-dire à l’instinct. Finalement, ça ne marche pas si mal puisque ça fait 17 ans que je les fais, depuis le décès de mon père. L’élevage n’est pas quelque chose qui m’intéressait au départ ; j’étais plutôt branchée "compétition". Désormais, je trouve ça sympa. J’écoute attentivement les autres éleveurs, et je fais un mix de ce que j’entends. Par exemple, j’ai toujours entendu dire que les propres frères et sœurs n’étaient pas les mêmes, ou que les souches d’AQPS étaient plus stables que les souches des purs… Certains disent que les juments ne produisent plus aussi bien qu’au début en devenant âgées. Pourtant, Polar Rochelais (Le Balafré) est le dernier produit de sa mère, et cela ne l’a pas empêché de gagner le Grand Steeple ! Au fil du temps, je m’aperçois que le sang allemand est extrêmement tardif ; étant jeune, Jubilatoire (König Turf) s’était fracturé le bassin, mais du coup, elle a eu sa chance plus tard. Je constate qu’il y a des étalons qui étaient de très bons chevaux de course et qui ne sont pas améliorateurs, et d’autres qui étaient moins bons en piste et qui se révèlent au haras. J’essaye aussi bien des reproducteurs confirmés que des nouveaux. Le modèle des étalons m’intéresse moins que leur caractère, qu’ils transmettent généralement à leurs produits. D’ailleurs, j’ai gagné des courses avec des chevaux qui n’avaient pas du tout de modèle ! »

Al Namix toujours actif malgré ses 23ans. À l’heure actuelle, Al Namix (Linamix) est le seul étalon actuellement stationné au haras de Mirande. Malgré un palmarès moins fourni que la plupart des bons reproducteurs actuels – il est certes triple gagnant de Listed, mais n’a pas réussi à monter sur le podium d’un Groupe –, le beau gris a amplement fait ses preuves au haras. En France comme à l’étranger, on lui doit de nombreux gagnants de Groupe tels que Petit Mouchoir (Irish Champion Hurdle & Ryanair Hurdle, Grs1), Élixir de Nutz (Tolworth Novices' Hurdle, Gr1), Saphir du Rheu (Mildmay Novices' Chase, Gr1), Grandouet (Champion Four-Year-Old Hurdle, Gr1), Unmix (Prix Murat, Gr2), Baby Mix (Adonis Juvenile Hurdle, Gr2), Street Name (Prix Léon Olry-Roederer, Gr2), Solix (Prix Pierre de Lassus, Gr3), Ébène du Breuil (Prix La Périchole, Gr3)… À l’âge de 23ans, l’étalon est toujours actif : « Al Namix a encore sailli beaucoup de juments l’année dernière. Compte tenu de son âge, je l’utilise en début d’année. C’est vrai qu’il n’a pas obtenu des performances de folie en piste, comparé à d’autres, mais je pense qu’il a été desservi par le fait d’avoir été assez exploité à 2ans, sur des terrains secs. Sans cela, il aurait peut-être eu une autre carrière. C’est un cheval qui signe assez sa descendance, à l’inverse de Goldneyev (Nureyev), qui produisait des petits noirs comme des grands alezans ! Faire les croisements, c’est amusant, mais c’est aussi une grosse prise de tête. Du coup, je croise au feeling, tout en essayant de ramener un peu de vitesse sur des juments qui ont déjà l’aptitude à l’obstacle. Pour moi, il faut voir les produits avant de se décider. »

La relève de Furie de Carmont est assurée. Outre les dix poulinières arabes, qui appartiennent au cheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan, le haras de Mirande abrite 24 poulinières pur-sang et AQPS. Après avoir apporté de nombreuses satisfactions à la famille Pacault, Furie de Carmont (Carmont) profite désormais d’une retraite bien méritée en compagnie de son plus célèbre fils, le champion Lord Carmont (Goldneyev). Triple vainqueur de Groupe à Auteuil, ce dernier a notamment gagné le Prix Murat (Gr2) et s’est classé deuxième du Grand Steeple-Chase de Paris, mais aussi troisième du Prix La Haye Jousselin (Grs1) à deux reprises. Furie de Carmont a aussi donné le double gagnant de Listed Amirande (Astarabad), qui compte une deuxième place dans le Prix Robert de Clermont-Tonnerre (Gr3), et le champion de cross Toutancarmont (Al Namix), lauréat de 12 courses dans la discipline dont l’Anjou-Loire Challenge (L). La lignée de Furie de Carmont n’est pas près de s’éteindre grâce à Digne de Carmont (Balko), sa dernière fille à avoir rejoint le haras. Isabelle Pacault nous a dit : « Digne de Carmont est pleine d’Agent Secret (Pyrus), que j’ai choisi pour sa solidité, ses traits de caractère et sa robe noire. C’est une jument de nature stressée, et j’ai voulu la croiser avec un cheval qui est bien dans sa tête. »

Un dernier produit pour Nasseseuse avant la retraite. Autre sœur de Lord Carmont, Nasseseuse (Assessor) a donné deux black types lors de ses deux premières années au haras : Télénomie (Bernebeau), gagnant sur les hippodromes d’Auteuil, d’Enghien et de Pau et troisième du Prix Hopper (L, à l’époque), et Uniment (Goldneyev), vainqueur à cinq reprises sur le cross et troisième de l’Anjou-Loire Challenge (L) : « Nasseseuse est pleine d’Hunter’s Light (Dubawi), dont j’ai acheté une part. C’est un cheval qui a fait preuve de dureté en courant de 2ans à 7ans. En obstacle, il faut que les chevaux soient solides, ça me paraît important. Avec mes juments, je dispose déjà de l’aptitude à l’obstacle. J’ai d’ailleurs un fils d’Hunter’s Light à l’entraînement qui saute très bien, qui me plaît beaucoup. Après son poulinage, Nasseseuse partira à la retraite. Elle a donné des chevaux sympathiques, mais j’ai un peu de mal à les exploiter dans le temps. » Parmi les filles de Nasseseuse qui sont stationnées au haras de Mirande, il y a Apaisante (Epalo), qui n’a pas couru, et Dikpala (Gentlewave), gagnante à deux reprises en plat : « Apaisante est devenue magnifique au haras. J’ai une de ses filles par Boris de Deauville (Soviet Star) à l’entraînement, qui me plaît bien. La jument est pleine de Chœur du Nord (Voix du Nord) et doit pouliner le 12 mars. Je voulais la croiser avec le sang de Voix du Nord, qui n’est malheureusement plus là, et je pense que Chœur du Nord offre un bon rapport qualité/prix. Bien sûr, cela reste à vérifier. Je ne sais pas encore par qui Apaisante va être saillie. » Rien n’a encore été décidé non plus pour Dikpala : « C’est une toute petite chose, il faut l’amener à des étalons qui ont du modèle. Elle est pleine d’Al Namix, qui produit des grands chevaux comme des petits, et va pouliner à la fin du mois d’avril. »

Bientôt un propre frère ou une propre sœur pour Unmix. Placée sur les haies de Pau, Odyssée du Cellier (Dear Doctor) est une sœur de Gignol (Passing Sale), vainqueur d’un Quinté sur les haies d’Auteuil et troisième de la Grande Course de Haies de Printemps (Gr3). Elle a donné deux gagnants de Groupe : Unmix (Al Namix), lauréat du Prix Murat (Gr2), et Aso (Goldneyev), vainqueur du Rossington Main Novices’ Hurdle (Gr2) et deuxième du Ryanair Chase (Gr1) : « Odyssée du Cellier est pleine d’Al Namix (Linamix), et j’aimerais la croiser avec Doctor Dino (Muhtathir). J’ai remarqué qu’il était améliorateur avec les AQPS, et qu’il transmet à la fois de l’influx et un bon mental à ses produits. Comme Odyssée est un peu excitée, j’essaye de compenser cela avec du calme, mais je vais attendre le poulinage avant de prendre une décision. Au haras, elle n’a pas été exceptionnelle ; elle a produit de très bons chevaux, mais aussi des mauvais ! »

Prendre la solidité en considération. Gagnante pour ses débuts à 3ans, sur les haies de Pau, Lady Chine (Volochine) a donné un double gagnant de Groupe dès sa première année au haras avec Winneyev (Goldneyev), vainqueur du Prix Duc d’Anjou et du Grand Prix de Pau (Grs3) : « Malheureusement, j’ai perdu une de ses filles à Pau cet hiver, Autorisée (Authorized), qui était prometteuse. Lady Chine est pleine de Kapgarde (Garde Royale) et devait pouliner le 18 février, donc j’attends ! » Beldi (Al Namix), qui compte une quatrième place en quatre sorties à 3ans, est une sœur de Winneyev : « Beldi s’est accidentée et je n’ai pas pu l’exploiter. Cette année, elle doit pouliner de Manatee (Monsun). J’aime bien les origines de cet étalon, dont la mère est par Galileo (Sadler’s Wells), ainsi que sa robe noire. Au niveau du modèle, il est fait pour bien produire en obstacle. Les fils de Monsun (Königsstuhl) ne sont pas tous faciles, mais ils produisent des chevaux solides. Et je me dis qu’avec le réchauffement climatique, on aura peut-être moins de terrain lourd qu’avant, et qu’il faut donc se concentrer sur la solidité ! Pour moi, Manatee offre un bon rapport qualité/prix. »

Une sœur de Carriacou au haras. Nouvelle venue au haras, Goji (Saddex) est une sœur de Carriacou (Califet), vainqueur du Grand Steeple-Chase de Paris et du Prix Maurice Gillois, et troisième du Prix La Haye Jousselin (Grs1). La jument s’est placée à plusieurs reprises en haies et en steeple : « Elle va être saillie pour la première fois cette année, mais le choix de l’étalon n’est pas encore fait. » Restée inédite, Pas de Bal (Le Balafré) est une sœur de Lord Mirande (Agent Bleu), lauréat des Prix des Drags (Gr2) et William Head (L) et deuxième du Prix Héros XII (Gr3). Sur ses sept produits en âge de courir, six sont gagnants : « Elle a pouliné le 2 février d’une femelle par Manduro (Monsun). Elle a donné des chevaux qui ont du gaz, mais aussi des problèmes de jambe. » Placée sur les haies de Pau, Don’tyoudare (König Turf) est une sœur de Don Mirande (Turgeon), lauréat du Prix Troytown (Gr3), deuxième du Prix Murat et troisième des Prix des Drags et Georges Courtois (Grs2), entre autres : « De manière générale, j’ai été très déçue par cette famille. Le premier produit de Don’tyoudare n’a que 2ans, donc nous allons voir. La jument est pleine de Saddex (Sadler’s Wells) et est à terme à la fin du mois de mars. » Sérénité (Goldneyev) est une fille de Vénus de Mirande (Carmont), deuxième du Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1) derrière le crack Ucello II (Quart de Vin). Au haras, elle a donné plusieurs chevaux utiles parmi lesquels Don’t Worry (Al Namix), vainqueur sur les haies de Compiègne et sur le steeple de Pau : « Sérénité est pleine de Zanzibari (Smart Strike), un étalon qui transmet de la vitesse à ses produits. Il donne pas mal de gagnants, et j’avais envie d’essayer un étalon de plat. » Lauréate à six reprises en plat et sur les gros obstacles, Love Wisky (Mansonnien) a donné plusieurs chevaux utiles, à l’image d’Une Tournée (Nononito), Bidourey (Voix du Nord), Enivrante (Saddex)… : « Elle est pleine d’Agent Secret et j’aimerais la croiser avec Doctor Dino, mais je vais voir. »