Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

L’ÉDITO - La cravache ou le couteau

Autres informations / 03.02.2020

L’ÉDITO - La cravache ou le couteau

L’ÉDITO

La cravache ou le couteau

« Dans la vie, il ne faut jamais manquer une occasion de se réjouir.

Et pour l’heure, je me réjouirais que les courses échappent assez largement à l’action néfaste des deux grands fossoyeurs de notre civilisation. J’ai nommé, à ma gauche, les gestionnaires court-termistes, fossoyeurs de notre économie ; et à ma droite, les ayatollahs bobos, fossoyeurs de notre société.

Les premiers vous expliquent que ce qui compte pour une entreprise, ce n’est pas de gagner de l’argent mais d’en économiser. Ah bon ? On croyait pourtant que dans l’entreprise, ce qui comptait le plus, c’était la création d’actifs et non pas le résultat financier. Pas grave, les cost killers se moquent de ce que pensent les entrepreneurs ; ils vont et viennent d’une entreprise à l’autre, sans perspective plus lointaine que le résultat net de l’année en cours.

Au lieu de créer de la richesse, ils en détruisent. Et refusent obstinément d’admettre qu’à tout couper partout, ils créent un cercle vicieux qui aboutit à plus ou moins court terme au cauchemar de tous les économistes : la déflation.

Placés en haut de l’échelle, ils étranglent leurs fournisseurs, qui n’ont plus à leur tour qu’à faire de même avec leurs propres fournisseurs, etc. À la fin, il y a moins d’argent, moins d’activité, moins d’emploi – mais le tableau Excel du génie-gestionnaire affiche les -20 % attendus ! N’est-ce pas là le plus important ?

Souhaitons de ne jamais voir le jour où ces pseudo-gestionnaires mettront la main sur les entreprises privées de notre filière. On voit aujourd’hui des médias archi-leaders se casser la figure lorsqu’ils sont dirigés par l’un des leurs (on en a encore eu un exemple récent que, par pudeur, je ne citerai pas)…

Les seconds – nos amis donneurs de leçons – pourraient sembler moins destructeurs que les premiers. Las ! Je crains qu’ils ne soient pires encore.

Eux, leur affaire, ce n’est pas la destruction de valeur (financière), mais la destruction des valeurs (civilisationnelles). Ces crypto-rebelles prêchent le politiquement correct sur les ondes et les réseaux sociaux. Ce sont eux qui vous font renoncer à vos idées, pour vous imposer celles qui ne sont pas les vôtres. Ce sont eux qui déconstruisent patiemment des siècles de progrès relationnels entre les hommes. Ils se reconnaissent à ce que les mots qu’ils emploient veulent dire le contraire de ce qu’ils sont censés signifier. Par exemple, plus ils parlent de "vivre-ensemble" et plus ils montent les gens les uns contre les autres ! Avec eux, c’est simple : c’est carnaval tous les jours ; on choisit une (vraie) valeur (morale, sociétale…) et on travaille à son renversement complet… tout en faisant croire qu’on la défend. L’exemple le plus criant, si je puis dire, c’est le débat démocratique. Nos "amis" en demandent toujours plus – mais ils en veulent en fait toujours moins, édictant qui est digne ou non d’y participer.

Mais on pourrait aussi parler aussi du loup : les ayatollahs se veulent les champions de la biodiversité ; alors ils veulent interdire de réguler le loup ; et tant pis s’il détruit une des seules filières agricoles qui respecte à 100 % la biodiversité, celle du pastoralisme.

Prenez le temps d’y penser et vous verrez comme vous avez déjà changé, sur nombre de sujets de société, au cours des vingt dernières années. Cela s’est fait lentement mais sûrement. Nous nous sommes tous fait avoir, un jour ou l’autre, sur un sujet ou sur un autre.

Pourtant, leur coolitude ne trompe personne. Ce sont de vrais ayatollahs, qui ne rêvent que d’une chose : une bonne vieille dictature pour pouvoir mettre au bout d’une pique la tête de tous ceux qui ne pensent pas comme eux.

Vous lisez Philippe Muray ? À l’abattoir !

Vous aimez rouler en voiture ? À l’abattoir !

Vous vous passionnez pour les courses de chevaux ? À l’abattoir !

L’abattoir précisément, parlons-en. Et sérieusement cette fois.

Par le fait des donneurs de leçons dont nous venons de parler, le bien-être animal occupe à présent une place de plus en plus centrale dans la société et dans les esprits. C’est une cause qui ne peut plus être ignorée. Nous ne savions pas que nous étions des tortionnaires ; je ne crois pas que nous le soyons ; mais maintenant que certaines personnes ont fait croire à tout le monde que nous l’étions, il va bien falloir que nous nous défendions…

Faut-il pour autant demander aux activistes animalistes de définir les contours du bien-être équin ? N’avons-nous pas assez de bon sens pour savoir ce qui doit être fait et ce qui peut rester en l’état ?

Exemple : on parle beaucoup de supprimer la cravache pour complaire aux terroristes qui voudraient lâcher tous nos chevaux dans un champ. On voit bien le bénéfice sociétal que nous pourrions en tirer, pour rassurer les jeunes et les quadras.

On peut aussi trouver d’autres solutions pour limiter la visibilité ou le bruit de la cravache sans nous priver de son rôle directionnel.

Pourtant, à mon sens, la cravache n’est pas le gros sujet. Le gros sujet, c’est l’abattoir. On a beau ne pas céder aux sirènes animalistes, aucun d’entre nous n’aime envoyer un cheval au couteau. D’une manière ou d’une autre, nous devrions nous fixer comme objectif "Abattoir 0" pour les chevaux de courses et de sport en France (gardons en tête, parallèlement, le cas d’une race de chevaux "à viande" qui pourrait continuer à être élevée dans l’objectif d’être tuée puis mangée par ceux qui aiment le steak de cheval). Évidemment, cela imposera un changement de modèle significatif, car il faudra notamment accepter d’adapter la production en fonction de l’utilisation finale. Mais quel beau sujet interprofessionnel ! Si l’Institution et les acteurs du cheval en France doivent consacrer du temps et de l’argent au bien-être animal, c’est sur la fin de vie qu’ils doivent se concentrer. Les courses ont déjà commencé avec Au-delà des pistes, mais il faut faire plus, et plus large : galop, trot et cheval de sport. C’est notre responsabilité économique et morale. Et cela n’est en rien une réponse aux provocateurs animalistes. »