La Saudi Cup, une folie ? Non, au contraire, certainement un coup de génie !

International / 27.02.2020

La Saudi Cup, une folie ? Non, au contraire, certainement un coup de génie !

Vu d’Europe, on a parfois l’impression que les grandes courses exotiques de la période hivernale, avec leurs allocations colossales, sont un véritable gâchis d’argent. Pourtant, l’histoire nous montre que les pays qui ont fait ce choix sont parvenus à leurs fins, avec de réels bénéfices collatéraux.   

Par Franco Raimondi

Le concept d’une méga course tient en une ligne : une course dont l’allocation est colossale pour faire venir les meilleurs chevaux du monde. Mais dans les faits, rien n’est aussi simple. Et lorsque la Japan Cup a vu le jour, on voyageait beaucoup moins facilement qu’aujourd’hui. En 1981, le but était de positionner le Japon sur l’échiquier mondial des courses. L’allocation de la première édition fut de 130 millions de yens. Quatre décennies plus tard, on a du mal à réaliser ce que cela représentait pour l’époque. Selon les convertisseurs de devises, la somme était l’équivalent d’1,55 million d’euros actuels. Soit le double du Washington D.C. International, la seule course intercontinentale de l’époque, mais aussi plus que l’Arc de Triomphe (3,4 millions de francs, soit 1,28 M€). La première édition de la Japan Cup n’était pas ouverte aux chevaux européens et elle fut remportée par l’américaine Mairzy Doates (Nodouble), une 5ans qui avait battu deux autres américains, trois canadiens et un indien. Présentée sur le papier par John Fulton, mais elle fut dans les faits préparée par Horatio Luro, El Senor, l’homme de Northern Dancer, lequel n’avait pu faire le voyage suite à la pneumonie. Son jockey n’était qu’une gosse âgé de 19 ans, Cash Asmussen ! La première vraie Japan Cup, en 1982, a sacré une autre américaine, Half Iced (Hatchet Man), devant les françaises All Along (Targowice), gagnante de l’Arc de Triomphe l’année suivante, et April Run (Run the Gantlet). Depuis cette période fondatrice, le Japon est devenu un des leaders des courses et de l’élevage dans le monde. Mission accomplie.

La Breeders’ Cup, un pont entre Amérique et Europe. Trois ans plus tard, c’était au tour de la Breeders’ Cup de voir le jour. Sept courses dédiées à toutes les catégories de chevaux, dont deux sur le gazon, avec dix millions de dollars d’allocations (25,37 M€). Le Classic, doté de trois millions, fut remporté par Wild Again (Icecapade) sans aucun européen pour l’affronter. Le français Lashkari (Mill Reef) avait gagné le Turf qui offrait deux millions (5,07 M€ en 2020). L’élève de Son Altesse l’Aga Khan, entraîné par Alain de Royer Dupré et monté par Yves Saint-Martin, affichait 53,4/1 à la gagne et avait décroché une allocation de 900.000 $ (2,28 M€ de nos jours). Le nombre de courses de la Breeders’ Cup a été multiplié par deux : l’année dernière, ce sont 14 épreuves qui ont été organisés avec 30 millions de dollars (27,55 M€) d’allocations. Le meeting américain reste important sur le plan international… mais il n’est plus le seul dans son domaine.  

Le cheikh Mohammed Al Maktoum et son Cigar. Il a attendu 1996 pour lancer la Dubai World Cup. Le cheikh Mohammed voulait créer quelque chose de grand, la course la plus riche du monde. Et il voulait faire venir un champion pour faire parler de son pays. Il a eu la chance de croiser Cigar (Palace Music) et a gagné son pari. Nad Al Sheba était alors considéré comme un champ de course peu fréquentable. Mais avec quatre millions de dollars, l’allocation était très supérieure à celle de la Breeders’ Cup 1995. Ces quatre millions représentent 6,68 millions en 2020. Le meeting de Dubaï a changé de format avec la création du Carnaval et de Meydan. La grande journée propose neuf courses (dont une pour les pur-sang arabes) et 35 millions de dollars (32,17 M€). La World Cup atteint 12 millions (11,03 M€). La mission a été plus que réussie.

Hongkong, une Cup pour transformer les flambeurs en turfistes. Hongkong a opté pour une stratégie différente, avec la création de sa grande journée de décembre. L’idée était de mettre en valeur le challenge sportif. Alors que les turfistes locaux étaient avant tout de gros parieurs, amateurs de handicaps. Le meeting inaugural rassemblait quatre courses ouvertes aux étrangers, pour une allocation de 29,3 millions de dollars hongkongais, l’équivalent de 5,87 M€ en 2020. La France avait gagné la Cup avec Jim and Tonic (Double Bed) et le Vase avec Borgia (Acatenango), alors que l’Angleterre avait remporté le Mile avec Docksider (Diesis). Olivier Peslier nous avait offert un coup de deux. Les locaux ont sauvé les meubles grâce au Sprint remporté par Fairy King Prawn (Danehill). Le niveau des courses à Hongkong, depuis, n’a cessé de progresser. Et les turfistes ont compris que les courses ne se résumaient pas au jeu. Les allocations proposées en décembre 2019 étaient de 93 millions de dollars hongkongais (10,97 M$), un montant très important. Mais le vrai succès est l’amélioration de la qualité des importations. Encore un pari gagné !

La Pegasus, une grande idée qui est déjà morte. Il a fallu attendre 2017 pour trouver une autre invention. Frank Stronach a crée la Pegasus World Cup, dotée de 12 millions de dollars. C’était un concept différent, qui impliquait les propriétaires dans l’organisation car il fallait débourser un million pour être au départ. Sur le plan sportif, la première édition offrait e match retour de la Breeders’ Cup entre Arrogate (Unbridled’s Song) et California Chrome (Lucky Pulpit). C’était la course dont toute l’Amérique rêvait. Arrogate avait triomphé, avant de survoler la Dubai World Cup. Le champion du prince Abdullah a amassé 16,3 millions de dollars (14,98 M€) en quatre mois. La Pegasus était dotée de 16 millions en 2018, puis neuf en 2019 avec la création de la version Turf. Cette année, les courses se sont bien courues à Gulfstream Park… mais le concept est mort, tué par Belinda Stronach dans la bataille qui l’oppose à son père.

L’Australie et son Everest. La même idée – un peu remaniée – a été utilisée en Australie pour The Everest, le sprint le plus riche du monde. Redzel (Snitzel) a gagné la première édition qui offrait 9,55 millions de dollars australiens (5,76 M€), dont 5,8 (3,5 M€) au lauréat. La deuxième proposait 12,27 millions dont six au gagnant (3,62 M€). L’année dernière, il s’est classé huitième derrière le 3ans Yes Yes Yes (Rubick). L’allocation pour 2020 sera de 15 millions (9,06 M€). Les places au départ sont vendues 600.000 AU$ (362.500 €) et les acheteurs peuvent les négocier avec les propriétaires des chevaux. Les Australiens ont prouvé que l’idée de Frank Stronach n’était pas si mauvaise.

Un spectacle (finalement) bon marché. À quoi va ressembler la Saudi Cup, programmée samedi, avec ses 20 millions de dollars (18,38 M€) ? Quel projet se cache derrière la grande journée de Riyad ? Les organisateurs n’ont pas eu la main aussi heureuse qu’un cheikh Mohammed qui avait trouvé Cigar pour sa première World Cup. Mais tout compte fait, avec les allocations offertes dans la réunion (29,2 M$, 26,84 M€), c’est un événement qui ne coûte pas si cher que cela. L’organisation en Arabie Saoudite de la finale de la Super coupe due football d’Espagne avait coûté 134 millions de dollars (123,18 M€). Les courses, c’est encore un sport bon marché… !