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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

LE MAGAZINE - Même avec un maiden, on peut rêver aux classiques

International / 26.02.2020

LE MAGAZINE - Même avec un maiden, on peut rêver aux classiques

Votre 3ans a déjà couru, sans parvenir à gagner, mais vous nourrissez toujours en secret des ambitions classiques ? Si ce n’est pas facile, l’histoire récente prouve qu’on peut briller à ce niveau en France sans avoir passé le poteau en tête à la fin du mois de février…

Par Franco Raimondi

Consulter la liste des engagés classique est un exercice de longue haleine, mais toujours riche d’enseignements. On y remarque notamment le fait que les propriétaires de 141 sujets encore maidens ont acheté leurs tickets pour les classiques et les deux grands Grs1 destinés aux 3ans. Pour consulter cette liste, cliquez ici.

Moins bien que les inédits. Dans les classiques, la réussite des 3ans qui n’ont pas encore gagné à la mi-février est beaucoup moins brillante que celle des inédits. Depuis 2010, douze sujets qui n’avaient pas couru à 2ans ont remporté treize succès de ce niveau. Seulement quatre chevaux ayant couru à 2ans sans parvenir à gagner ont triomphé durant la campagne classique. Contrairement à ce que nous avons remarqué hier chez les inédits, du côté des maidens, les poulains sont majoritaires. Et il y a une explication assez logique à cela : le Grand Prix de Paris (Gr1), programmé le 14 juillet sur 2.400m, offre beaucoup de temps aux 3ans les moins précoces.

Méandre et sa maturation. C’est exactement ce qui est arrivé en 2011 à Méandre (Slickly). L’élève de la famille Rothschild a couru quatre fois sans gagner à 2ans, avec à la clé une valeur 35. Le 16 février 2011, il était difficile de voir en lui un futur lauréat de Gr1 à 3ans… Pour remporter son premier succès, il a attendu sa troisième sortie de l’année, le 27 avril, dans une course B à Maisons-Laffitte sur 2.100m corde à gauche. Méandre a ensuite gagné le Prix de l’Avre (L) avec une courte tête d’avance. Ce succès a convaincu son entourage de le supplémenter dans le Grand Prix de Paris (Gr1), moyennant 36.000 €. Le jour J, il a gagné, en devançant les deux premiers du Prix du Jockey Club, c’est-à-dire Reliable Man (Dalakhani) et Bubble Chic (Chichicastenango). Il s’est ensuite classé sixième lors de la première de ses trois participations au Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1). Méandre a également remporté le Grand Prix de Saint-Cloud (Gr1) et deux autres Grs1 en Allemagne. Un cheval doué, mais tardif, tout simplement.

La progression de Shakeel. Le lauréat du Grand Prix de Paris 2017, Shakeel (Dalakhani), n’avait couru qu’une seule fois à 2ans. Le 18 novembre de sa première saison de compétition, à Saint-Cloud, il avait en effet décroché une troisième place. Shakeel fut aussi engagé dans le Prix du Jockey Club (Gr1). Mais après sa troisième sortie (et première victoire), le 20 avril à Chantilly, Alain de Royer Dupré a décidé de prendre avec lui le chemin des 2.400m. Shakeel a progressé petit à petit et a finalement connu son heure de gloire, faisant alors preuve d’un indéniable courage.

New Bay, des débuts sur la P.S.F. André Fabre a fait débuter New Bay (Dubawi) le 25 novembre à Chantilly, sur la P.S.F. L’élève du prince Abdullah avait besoin d’apprendre avant le repos hivernal. Et c’est avec un tout autre visage qu’il a entamé la saison classique : une facile victoire dans une "B" à ParisLongchamp et une deuxième place dans la Poule d’Essai de Make Believe (Makfi), malgré une place à la corde impossible. La suite fut logique, avec un succès dans le Prix du Jockey Club. New Bay était bel et bien le meilleur 3ans de sa génération en France, comme il l’a prouvé avec sa troisième place dans l’Arc de Triomphe de Golden Horn (Cape Cross). L’utilisation croissante des P.S.F. a changé l’approche de beaucoup d’entraîneurs, lesquels n’hésitent pas à courir leurs 2ans en fin de saison. Alors que par le passé, lorsque la fin de la saison sur le gazon avait sonné, il fallait attendre le printemps suivant pour faire débuter les retardataires. John Gosden, pour ne citer que lui, avait fait débuter la grande Enable (Nathaniel) à Wolverhampton. En France, on peut citer le cas de Lucayan (Turtle Bowl), lauréat de la Poule d’Essai en 2012 : il avait ouvert son palmarès le 13 décembre sur la P.S.F. de Pau.

Précieuse, maiden et black type. Un 2ans peut faire preuve de qualité, même sans parvenir à gagner. C’est ce qui est arrivé à Précieuse (Tamayuz). Fabrice Chappet n’avait pas hésité à courir au niveau Listed, avec deux places à la clé, après une deuxième place lors de ses débuts en octobre, à Chantilly. Ensuite, le professionnel lui avait fait gagner un maiden sur 1.200m, le 17 mars à Fontainebleau. Et il avait tenté le mile pour la première fois dans la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1). Bien joué !

So Wonderful, une placée de Gr1. Six de nos 141 maidens aux ambitions classiques sont déjà black types. Et ils ont tous leur histoire. Une des plus remarquables est celle de So Wonderful (War Front). Cette pensionnaire d'Aidan O’Brien a couru huit fois à 2ans. Elle a été battue dans deux maidens, mais elle a aussi couru six Groupes. So Wonderful a décroché la troisième place des Moyglare Stud Stakes (Gr1), une épreuve remportée par sa partenaire d’entraînement Love (Galileo). Et elle a eu droit à la monte de Ryan Moore dans les Flame of Tara Stakes (Gr2), avec à la clé une deuxième place. Jim Bolger a couru son élève Agitare (Teofilo) dans trois maidens avant de tenter les Champions Juvenile Stakes (Gr2), où il s’est classé bon troisième. Il l’a présenté dans un autre maiden, en terrain lourd, et il a trouvé deux poulains d’Aidan O’Brien sur son chemin. Roger Varian, quant à lui, a même essayé sa pouliche Stylistique (Dansili) dans un handicap pour pouliches, avec une belle allocation pour la gagnante (31.500 £, 37.500 €), mais il a trouvé sur sa trajectoire une rivale qui recevait 12 livres. Stylistique a donné chaud à la favorite, Daayeh (Bated Breath), dans les Rockefel Stakes (Gr2), offrant ainsi un jumelé à son entraîneur. Mais après six sorties, la pouliche a encore un zéro pointé dans la colonne des victoires. Bruno Grizzetti a couru trois fois Cima Emergency (Canford Cliffs) et elle s’est classé trois fois deuxième, notamment dans le Gran Criterium (Gr2).

Les françaises Yomogi et Ellerslie Lace. Sur notre liste, deux françaises sont à la fois maiden et black types. Yomogi (Zoffany), pensionnaire d’Hiroo Shimizu, s’est classée troisième du Prix Miesque (Gr3). Elle en était à sa huitième sortie. Vendredi à Chantilly, elle a effectué sa rentrée. Favorite, elle s’est classée quatrième. Ellerslie Lace (Siyouni) n’est pas passée loin d’ouvrir son palmarès lors de sa troisième sortie  dans le Prix Herod (L). Mais la pensionnaire de Mikel Delzangles est tombée sur l’anglais Milltown Star (Roderic O’Connor). Elle possède les trois engagements.

L’escadron de Ballydoyle. Aidan O’Brien entraîne 32 maidens de notre liste, dont 24 sont par Galileo (Sadler’s Wells). Les frères et sœurs célèbres sont nombreux parmi ces derniers. Heaven of Heavens (Galileo), sœur de Magical (Galileo), n’a pas montré grand-chose lors de ses deux sorties. Dawn Rising (Galileo), frère de Sovereign (Galileo), un lauréat de l’Irish Derby (Gr1), s’est classé cinquième sur cinq lors de ses débuts. Paradiso (Galileo), frère de Churchill (Galileo), compte une troisième place. Amhran Na Bhfiann (Galileo), acheté 1,3 million de Gns (1,62 M€) a battu seulement quatre de ses 15 rivaux dans un maiden au Curragh. John Gosden n’a pas encore trouvé la bonne course pour six de ses engagés, dont Sun Bear (Dubawi et la gagnante des Irish Oaks Great Heavens), deuxième dans un maiden très prisé en fin de saison à Nottingham.

Des origines à couper le souffle. En France c’est bien sûr André Fabre qui possède le plus de maidens aux origines de rêve. Cat Kate (Invincible Spirit) est une demi-sœur du double Derby winner Harzand (Sea the Stars). Ashgabat (Dubawi et Zagora, lauréate du Breeders’ Cup Filly & Mare Turf) a découvert les courses avec une deuxième place à ParisLongchamp. Miss Lara (Galileo) est le premier produit de la gagnante des 1.000 Guinées Miss France (Dansili) et elle n’a pas été revue après ses débuts en juillet à Deauville. Les amoureux de l’élevage japonais vont suivre Mystical Land (Heart’s Cry). Et il y a aussi un autre cheval doté de l’affixe JPN dans la liste : il s’agit du poulain Mystery Road (Victoire Pisa). Acheté 50 millions de yens (416.000 €) par Gerry Ryan et ses associés, il a été confié à Stéphanie Nigge. Deux produits d’American Pharoah (Pioneerof the Nile) sont engagés : la pouliche Land of Maybe (Niarchos - Bary) et le poulain Ridwaan (Aga Khan - Delzangles). Nous avons beaucoup de 3ans à découvrir. Vivement le printemps !