Sean Tiernan : « J’ai acheté un gagnant de Gr1 sur un terrain de football ! »

International / 11.02.2020

Sean Tiernan : « J’ai acheté un gagnant de Gr1 sur un terrain de football ! »

Outre-Manche, la casaque d’Andrew Brooks connaît une période de forme exceptionnelle avec les "FR" : cinq victoires depuis début février, dont deux Groupes, et en particulier le Betway Scilly Isles Novices' Chase (Gr1) grâce à Itchy Feet ! Sean Tiernan, son racing manager, nous a confié les secrets de cette réussite.

Par Adrien Cugnasse

Ce lundi, Sean Tiernan nous a confié : « Même si je suis aussi actif en Irlande, j’aime tout particulièrement acheter des chevaux d’obstacle âgés de 2ans en France. Ils sont déjà débourrés et bien au travail. Nous les ramenons ensuite en Irlande pendant l’hiver de 2ans à 3ans. Ils sont alors confiés à Tom Cooper qui a toute ma confiance. C’est un très bon entraîneur, qui a gagné deux courses à Cheltenham, et c’est lui qui gère l’ensemble du préentraînement de nos achats français. Ces derniers étant déjà très mécanisés, nous ralentissons leur rythme de travail pour les laisser mûrir tranquillement. »

Ses liens avec la famille Dubois. Sean Tiernan poursuit : « Il y a longtemps, lorsque j’ai commencé à venir en France, on trouvait des chevaux pour 5.000 €. À présent, ils valent tous 100.000 € ! J’achète dans l’Hexagone grâce aux bons contacts que j’ai sur place. En particulier avec Jean-Pierre Dubois et Louis Baudron. C’est chez eux que j’ai déniché Rouge Vif (Sageburg), qui va courir dans l’Arkle Challenge Trophy (Gr1) à Cheltenham, ou encore Saint Calvados (Saint des Saints). C’est Bernard Stoffel qui fait le contact avec la famille Dubois. Jean-Pierre Dubois est une personne extraordinaire. Un très bon juge. La semaine dernière, il était avec Bernard Stoffel et moi-même en Angleterre. C’est une personne hors du commun et nous lui devons beaucoup. Avec le temps, il est même devenu ami avec Andrew Brooks. Jean-Pierre ne parle pas vraiment anglais. Andrew ne parle pas vraiment français. Mais ils aiment boire le bon calvados, les vins fins et faire bonne chère ! Nous avons passé quelques bonnes soirées, très festives, dans sa ferme en France… »

Savoir (parfois) faire abstraction du pedigree. La plupart des bons sauteurs achetés par Sean Tiernan et Bernard Stoffel sont bien nés. Mais pas tous et il explique : « Tout est important quand on achète un cheval et notamment le pedigree. Mais quand vous trouvez un très beau poulain, il faut être capable de faire abstraction de son manque de pedigree. Ou du moins s’ouvrir à des origines qui sortent des sentiers battus. C’est la leçon que m’avait transmise le légendaire Jack Doyle. Bernard Stoffel et moi-même avons déniché Solwhit (Solon) dont le père était pratiquement un inconnu en Irlande. Ce "FR" a gagné sept Grs1 sur les obstacles ! Au moment où nous avons acheté Ch'tibello (Sageburg), futur double lauréat de Groupe, son père ne disait rien à personne outre-Manche ! Et c’est aussi le cas du géniteur d’Itchy Feet (Cima de Triomphe), qui vient de gagner un Gr1, ou encore de celui de Dominateur (Désir d’un Soir), troisième du William Hill Towton Novices' Chase (Gr2) au début du mois. »

Un courtier tout terrain. C’est parfois en parcourant des régions moins courues de la France rurale que Sean Tiernan a trouvé son bonheur. Il se souvient : « J’ai acheté Ch'tibello chez son éleveur, Élisabeth Cucheval, dans le Pas-de-Calais. Par manque d’installations, afin de l’examiner, nous avons dû le faire trotter sur la route… en arrêtant la circulation ! Peu m’importe le luxe des installations si la terre est bonne… Et dans cette région, j’ai aussi acheté deux gagnants à Cheltenham. Étant donné que j’étais sur place, j’ai demandé si on pouvait voir d’autres chevaux à vendre localement. On m’a signalé un autre élevage à 20 minutes de trajet. Et c’est comme ça que j’ai découvert Itchy Feet dont le pedigree m’était totalement étranger. Mais selon moi, c’était un poulain exceptionnel. Pendant 24 heures, il n’a pas quitté mon esprit et je suis donc retourné chez son éleveur pour l’acheter. Itchy Feet pourrait bien être le troisième ! En tout cas, il va courir lors du festival. Chez son éleveur, monsieur Cordonnier, il n’y avait pas de place pour le faire trotter, là non plus. Nous sommes donc allés sur le terrain de football le plus proche et le cheval a trotté autour des buts ! De même, Georges Lacombe est installé dans le Cher où il élève des chèvres. Moi, ça ne me dérange pas. Car ses chevaux sont magnifiques d’état, avec de bons pieds, de l’os, pas trop lourds, en bonne santé, de bonnes têtes… C’est lui a élevé Dominateur. »

Ses étalons favoris. Parmi les sires français qu’il affectionne, Sean Tiernan nous a cité deux noms, Sageburg (Johannesburg) et Brave Mansonnien (Mansonnien), qui sont selon lui sous-estimés. Il nous a expliqué : « Les Sageburg, il faut leur laisser du temps, mais avec simplement un peu de patience, ils deviennent de très bons chevaux de course. Ses produits sont généreux et il faut éviter qu’ils aillent trop loin dans l’effort à l’entraînement. Rouge Vif aurait pu courir à 3ans. Mais il était trop allant. Nous avons fait redescendre la pression tranquillement en Irlande. À présent, il n’a même plus besoin de bonnet. Nous allons aussi courir Skandiburg (Sageburg) à Cheltenham. Brave Mansonnien produit des chevaux calmes, froids et faciles à entraîner. Ce sont des chevaux solides, avec de l’os, de bons pieds. Son fils Bravemansgame, acheté 370.000 £ en mars dernier, lors de la vente de Cheltenham, correspond bien à ce portrait-robot. C’est une splendeur avec un mental exceptionnel. »