Thierry Thulliez : « Les jockeys ne vieillissent pas »

Courses / 10.02.2020

Thierry Thulliez : « Les jockeys ne vieillissent pas »

Par Franco Raimondi

La première Listed de l’année, elle est pour lui ! Thierry Thulliez a remporté le Grand Prix de la Riviera Côte d’Azur - Jacques Bouchara (L), en selle sur Harmless (Anodin). Une première pour son entraîneur, Ludovic Rovisse. Pour le jockey aux yeux assortis à la Méditerranée qui longe l’hippodrome cagnois… on n’a pas compté !

Il attaque sa trentième saison de courses ! Et à 46 ans passés, Thierry Thulliez démarre fort, avec un succès de Listed, qui le fuyait depuis le 22 novembre 2016. Pas de nostalgie dans son discours. Mais un regard lucide sur une profession qui a bien changé depuis ses débuts, au tout début des années 90. Il est désormais quasiment le vétéran du vestiaire et s’en amuse : « Maintenant que Gérald Mossé est devenu italien, le seul plus âgé que moi est Olivier Peslier. Ce dimanche, j’ai remporté mon énième succès black type… Mais c’était le premier pour le jeune entraîneur de Harmless. Pour lui, c’est plus important que pour moi et j’en suis heureux. Ludovic Rovisse a fait un travail remarquable avec Harmless et cette victoire m’a apporté beaucoup de plaisir. »

Un métier qui a changé. Plus de 1.500 victoires, seize Grs1, 88 Groupes… C’est avec beaucoup de sagesse qu’il analyse les changements de sa profession : « Il y a vingt ans, il était très rare qu’un jockey monte 1.000 courses dans une saison. Cela arrivait quand l’un de mes confrères voulait à tout prix décrocher la Cravache d’or. Aujourd’hui, c’est la règle ou presque… C’est le système qui impose cela. Il faut se déplacer en région pour monter un cheval, sinon quand il vient courir à Paris, il sera associé à un autre jockey. C’est très dur à gérer pour les top-jockeys et c’est dur aussi pour les jockeys qui exercent leur profession en région. Thierry Gillet, président de l’Association de jockeys, m’a dit que beaucoup de confrères n’ont pas renouvelé leur licence. Bref, ce n’est plus le même métier. »

Les vétérans du vestiaire… Le rôle des agents a aussi beaucoup fait évoluer l’approche que les jockeys ont de leur métier. Thierry Thulliez explique : « Je travaille avec Hervé Naggar depuis 2004. Avoir un bon agent est très important pour la réussite d’un jockey. Autrefois, il fallait travailler la confiance avec les entraîneurs. Aujourd’hui, c’est le job de l’agent. Je me suis adapté mais on a assisté à un vrai changement de générations dans le vestiaire. En France, on a beaucoup de très bons jeunes jockeys, qui se sont formés selon cette nouvelle façon de faire. Et cela fonctionne… Cela dit, même Olivier Peslier a beaucoup réduit ses montes… Mais il est toujours Peslier. »

Le mélange jeunesse et expérience. En Angleterre, les jeunes entraîneurs cherchent souvent des jockeys d’expérience pour leurs meilleurs chevaux. En France… c’est un peu différent ! Thierry Thulliez est bien placé pour donner son avis : « La France est bien différente de l’Angleterre. Ici les jeunes entraîneurs font confiance aux jeunes jockeys. C’est peut-être une question de génération. Ils se sentent plus proches d’eux. Pourtant, je trouve que le mélange jeunesse et expérience fonctionne bien. Un jockey de mon âge peut donner son avis et aider un jeune entraîneur, surtout dans le travail du matin, sur les aptitudes d’un cheval par exemple. Je pense que cette différence de culture explique qu’en Angleterre, les jockeys d’expérience ont toujours plus de clients que chez nous. »

Les bons jockeys ne vieillissent pas. Les jeunes grimpent… Mais les quadras se défendent… et même mieux que ça ! Thierry Thulliez ajoute : « Lanfranco Dettori est le premier jockey chez John Gosden et il vient de faire la meilleure année de sa carrière. Olivier Peslier est toujours là. Gérald Mossé a gagné beaucoup de Groupes l’année dernière et il a signé un contrat important en Italie. Les jockeys ne vieillissent pas. Ce qu’ils perdent en force pure, ils le compensent avec l’expérience. L’autre avantage que nous avons, c’est l’amour du travail fait à l’ancienne. On monte encore car on a toujours cet esprit de compétition. Et avec l’âge, on cherche à profiter au mieux des bonnes choses ! »

Les bottes et le micro… "Tutu" est bien décidé à encore profiter de ces bonnes choses. « Il ne faut jamais se poser de limites. Je continuerai à monter tant que j’y prendrai du plaisir et que des entraîneurs et des propriétaires me feront confiance. Avec Harmless, on pense déjà au prochain engagement, fort probablement dans la finale des All Weather Championships en Angleterre. Il faut se concentrer sur cela. Ma deuxième carrière ? Devenir entraîneur n’est pas au programme. Je m’amuse beaucoup avec mon job de consultant pour Equidia. Pour le moment, je suis pigiste. J’aime bien commenter les courses, donner mon avis sur les tactiques et le travail du jockey. Les pronostics, ce n’est pas vraiment mon truc, mais je peux apporter quelque chose aux turfistes, un peu comme c’est déjà le cas dans d’autres sports. »