Un de Sceaux quitte la scène

Courses / 28.02.2020

Un de Sceaux quitte la scène

Par Christopher Galmiche

La nouvelle est tombée ce vendredi midi et elle a attristé tous les passionnés d’obstacle. Le champion Un de Sceaux (Denham Red) ne courra plus. Son entraîneur, Willie Mullins, a expliqué qu’il a eu un problème ligamentaire à un suspenseur et qu’il prendrait donc sa retraite, à l’âge de 12ans. Un de Sceaux se préparait à une nouvelle sortie au Festival de Cheltenham, puisqu’il était engagé dans le Ryanair Chase (Gr1) et le Queen Mother Champion Chase (Gr1). Mais, à la place de la grande plaine de Cheltenham, ce sont les prés d’Irlande qui l’attendent pour une retraite méritée et peut-être qu’il aura le droit, lors de la parade des champions, de défiler lors du Festival de Cheltenham, dans le futur.

Une carrière remarquable. Un de Sceaux aura marqué une époque. Le petit mais costaud cheval d’Edward O’Connell a démarré sa carrière en France avant de rejoindre les boxes de Willie Mullins par l’intermédiaire de Pierre Boulard. Il a aligné neuf victoires consécutives en début de carrière et aura remporté vingt-trois de ses trente-quatre courses pour 1.583.124 £ de gains, soit 1.853.774 €. Au total, dix Grs1 ornent son palmarès, dont l’Arkle Chase (Gr1) et le Ryanair Chase (Gr1) lors du Festival de Cheltenham. Un Festival où il a aussi pris les deuxièmes places du Ryanair Chase et du Queen Mother Champion Chase (Grs1). Chez lui, en Irlande, il a été le roi de Punchestown, gagnant deux Champion Chase (Gr1) et un Ryanair Novice Chase (Gr1). Sa deuxième place dans le Clarence House Chase (Gr1), à Ascot, le 18 janvier, restera comme sa dernière sortie. Mais si Un de Sceaux a été aussi populaire, ce n’est pas seulement à cause de son palmarès. Malgré sa petite taille, il a démontré une agilité et une puissance hors du commun. De plus, l’élève de la famille de la Guillonnière et de Monique Choveau animait les courses auxquelles il participait et il faisait le spectacle, contrant les attaques grâce à un courage exceptionnel. Pas si simple à gérer, il était monté à l’entraînement par une Française, Virginie Bascop, qui a fait un travail remarquable pour permettre à Un de Sceaux de devenir celui qu’il est devenu.

Auteuil, honoré de sa présence. Comme de nombreux champions entraînés par Willie Mullins, Un de Sceaux s’était déplacé à Auteuil. Chez nous, on se souviendra particulièrement de ses victoires dans les Prix La Barka, Léon Rambaud (Grs3) et Hypothèse (Gr3), dans lequel il a battu de peu le champion Gémix (Carlotamix).

Un cheval fantastique. C’est un Willie Mullins ému qui a déclaré : « Malheureusement, Un de Sceaux va prendre sa retraite. Ce jeudi, il a très bien travaillé mais, après, il n’était pas très bien. Ce vendredi matin, notre vétérinaire l’a ausculté et il nous a confirmé qu’Un de Sceaux souffrait d’un suspenseur. Il a été un cheval fantastique, d’abord sur les claies puis sur les fences. Il nous a donné, à nous et à ses propriétaires, de très beaux moments. Il a 12ans, mais il nous montrait toujours le même enthousiasme dont il a fait preuve tout au long de sa carrière. Il a été une immense star dans notre écurie et il va beaucoup nous manquer. Vous ne pouvez pas remplacer un tel cheval. C’est le cheval d’une vie. Nous avons été très chanceux de l’avoir. Tous les jours, il donnait le meilleur de lui, en course comme à l’entraînement. Il était très dur. »

La genèse d’un champion

En mars 2014, nous avions retracé l’histoire d’Un de Sceaux au travers de trois hommes qui ont marqué son début de carrière. Nous vous proposons de découvrir ou redécouvrir les témoignages de ces derniers sur l’un des chevaux les plus marquants de son époque.

Pierre de la Guillonnière : « Un de Sceaux nous procure un immense plaisir. »

Un de Sceaux a été élevé au haras de la Rousselière par Pierre et Nelly de la Guillonnière, associés avec Monique Choveau. Après deux courses victorieuses à Machecoul et Saint-Brieuc, il a été vendu en Irlande, où il est longtemps resté invaincu. Sa première sortie française, dans le Prix Hypothèse (Gr3), a été vécu avec émotion par ses éleveurs : « Nous étions à Auteuil ce samedi avec les enfants de Mme Choveau, nous avait dit Pierre de la Guillonnière, à la tête de la Rousselière. Nous étions carrément tendus. Nous avions déjà été à Cheltenham il y a trois semaines, mais il n’avait pas couru. D’où nous étions placés dans les tribunes, nous avons pensé qu’Un de Sceaux s’était fait manger par Gémix. En revenant dans le rond et en voyant les propriétaires du cheval, hystériques, nous avons compris que le cheval avait gagné. Ils avaient les écharpes aux couleurs du cheval, c’est quelque chose de très britannique. » Un de Sceaux a quitté la France en fin d’année de ses 4ans : « La dernière fois que je l’avais vu, avant Auteuil, c’était à Machecoul [Un de Sceaux s’y était imposé le 19 février 2012, ndlr]. Depuis, il a grandi un peu. Nous l’avions débourré à la maison, il a fait quelques allers-retours chez Fabrice [Foucher, premier entraîneur du cheval, ndlr]. C’était un poulain adorable. D’ailleurs, à Auteuil, nous avons été le voir au box, il avait la tête en bas, il attendait et semblait savoir pourquoi il venait là. Une fois que son jockey s’est mis en selle, il était un peu tendu, mais sinon, dans le rond près des écuries, on aurait dit un cheval de club. » La mère d’Un de Sceaux, Hôtesse de Sceaux (April Night), est morte deux ans après avoir donné Un de Sceaux. « Elle était chez un voisin et nous l’avons récupérée pour la faire saillir puis la faire pouliner d’Un de Sceaux. » À 3ans, Un de Sceaux a été placé chez Fabrice Foucher, pour lequel il a enlevé ses deux premières courses. Mais, bien avant cela, le poulain séduisait déjà son entraîneur : « La première fois que Fabrice l’a galopé, il nous a dit : "Je crois qu’il avance, ça va aller." Il a ensuite couru deux fois pour deux victoires, avant d’être vendu. Un de Sceaux nous procure un immense plaisir, surtout pour sa coéleveur madame Choveau. Et puis, c’est un fils de Denham Red, qui est étalon à la maison. »

Fabrice Foucher : « Un de Sceaux est hors normes. »

Installé à proximité de la mer, dans l’Ouest, à Saint-Michel-Chef-Chef, Fabrice Foucher a été le premier entraîneur d’Un de Sceaux : « C’était un cheval gentil, pas facile quand nous voulions le poser. Il lui est arrivé plusieurs fois de couper les pistes en diagonale. Il était surtout compliqué quand on voulait le reprendre. En course, il n’est pas fou, il attend une fois devant. Lors de ses débuts à Machecoul, j’étais très confiant, le cheval était très calme. Il a gagné aisément. Ensuite, il a répété à Saint-Brieuc. Ce jour-là, son jockey, Alex Roussel, m’a dit : "J’ai fait 1.600m plus vite qu’en plat avec des pur-sang." Il a un rythme de course impressionnant. » Fabrice Foucher était présent à Auteuil lors du déplacement d’Un de Sceaux. « Il n’est pas facile à se mettre en main, mais qu’il fasse quatre kilomètres à cette vitesse… On a rarement vu un cheval capable de faire cela. Il est impossible de le suivre. Si vous le faites, vous êtes dans le rouge et, si vous le laissez faire, il va au bout. C’est un cheval généreux, qui ne s’économise pas, et c’est ce qui me fait peur pour le futur. Les temps de samedi sont canon. Si le terrain avait été très lourd, ça aurait été plus dur mais, sur une piste légère, rien ne le gêne pour exprimer sa vitesse. Il est impressionnant, hors normes. Samedi, c’est la première fois qu’il a été sollicité dans sa carrière. À côté des courses, il est très calme, il pourrait faire un cheval de promenade. Nous sommes installés à côté de la plage et il allait souvent là-bas faire des galops sur deux kilomètres à la même vitesse, sans tirer. À l’époque, j’avais Quiful Tercah (Useful), un bon AQPS qui allait devant lui aussi. Il était plus fort. Nous alternions la plage et les pistes. Il travaillait toujours tout seul, il déroulait devant avec sa vitesse de base. À la maison, il avait aussi sauté et il montrait qu’il était doué sur l’obstacle. Il est capable de s’adapter à tout. Il a aussi une force musculaire extraordinaire. Quand il se déplace, on sent quelque chose, il y a quelque chose qui se passe. »

Un achat de Pierre Boulard. C’est Pierre Boulard, qui travaille en équipe avec Willie Mullins et son assistant Harold Kirk, qui a acheté Un de Sceaux, après ses deux premières victoires en plat, à Machecoul et Saint-Brieuc. « Je regardais les résultats des courses et j’avais vu qu’Un de Sceaux avait gagné de vingt longueurs. Je m’étais dit que c’était sûrement un très bon cheval. Je m’y suis intéressé et il a gagné sa deuxième sortie de huit longueurs. Il ne pouvait pas gagner de cette façon sans avoir de la qualité. Cela faisait deux courses et deux victoires. J’ai dit à Harold Kirk qu’il y avait un cheval intéressant. De ce fait, je me suis rendu à Nantes puis à Machecoul pour aller voir le cheval. Il n’était pas très important physiquement et ça n’allait pas être évident pour le steeple. Nous nous sommes dit : "Allez, on y va." Nous l’avons acheté. Depuis, il a pris de la force. C’est un cheval qui a beaucoup d’abattage. Il est très calme jusqu’au moment où le jockey se met en selle. »