À LA UNE - Chantilly sauvé par le huis clos, mais pour combien de temps ?

Courses / 03.03.2020

À LA UNE - Chantilly sauvé par le huis clos, mais pour combien de temps ?

Par Alice Baudrelle

À quoi ressemble une réunion à huis clos en raison de coronavirus ? Alice Baudrelle a pris tous les risques et a enquêté, sans masque !

11 h  50, j’arrive sur le parking de l’hippodrome de Chantilly. Comme attendu, il est désert. Je prépare ma carte professionnelle en me dirigeant vers l’entrée principale. Une employée du G.T.H.P. m’indique que la porte est fermée, et que je dois entrer par une petite porte un peu plus loin. Dans la salle de presse, seulement quatre personnes. L’inoxydable Gilles Barbarin, alias Pépé Gilles, a répondu présent à l’appel. On ne manque pas de saluer sa bravoure : « Dis donc, t’es courageux d’être venu malgré le foyer de coronavirus tout proche ! Fais gaffe, ce sont les vieux qui en meurent… » L’ancien maugrée dans un coin. À 13 h 35, les jockeys pénètrent dans le rond de présentation pour la première course de la réunion. Christophe Soumillon porte un masque chirurgical sous une cagoule. Il a récemment voyagé en Asie et au Moyen-Orient et doit aller à Dubaï pour le Super Saturday. Ce n’est pas le moment d’être contaminé ! Tony Piccone, qui revient de Hongkong, fait aussi partie des masqués.

Another Sky, la révélation du jour. Une course école est prévue à 13 h 15. Personne dans le rond. Course annulée. Explications du directeur de la réunion, Matthieu Vincent : « L’annulation de la course école a été décidée par l’Afasec, conjointement avec France Galop. » Pas grave, le plus beau est à venir. Frère du champion Almanzor ** (Wootton Bassett), Another Sky (Le Havre) laisse une très belle impression en triomphant de bout en bout et décroche une ** JDG Rising Star **. Cela valait le coup de faire le déplacement ! Une demi-heure plus tard, c’est le très attendu Ziyad (Rock of Gibraltar) qui a effectué une rentrée victorieuse dans le Prix Darshaan (Classe 1), gagnant en même temps son ticket pour la Dubai Sheema Classic (Gr1).

Une réunion sauvée de justesse. Un peu plus tard, je rencontre de nouveau Matthieu Vincent, qui précise : « Il faut rappeler que l’arrêté préfectoral ne nous donnait pas forcément l’autorisation de courir aujourd’hui. Localement, nous avons pris contact avec le sous-préfet de Senlis, qui nous a autorisés à préserver la réunion de ce mardi, à condition qu’il n’y ait pas de public. Nous avons placé des agents de sécurité aux entrées, que nous avions fermées au préalable. Nous avons également posé des affiches partout, en précisant que la réunion se déroulait à huis clos. Nous n’acceptons que les professionnels munis d’une carte, qui ont un partant dans la journée à Chantilly. Nous avons placé du gel hydroalcoolique aux entrées. Il n’y a aucune restriction en ce qui concerne les allées et venues du personnel d’écurie. »

Ce n'est pas gagné pour la suite. En ce qui concerne l’entraînement des chevaux à Chantilly, il n’y a aucun bouleversement pour le moment : « Au niveau de l’entraînement à Chantilly, il n’y a aucune restriction non plus. Le centre d’entraînement ne fait pas partie des endroits confinés ; à cheval, les gens sont plutôt à distance les uns des autres. » Plus inquiétant : rien n’est sûr par rapport au maintien des prochaines réunions cantiliennes : « Nous avons fait une demande à la préfecture, de manière à ce que les prochaines réunions à Chantilly aient bien lieu la semaine prochaine, mais l’autorisation n’est pas encore gagnée. Cela va dépendre de la progression du virus. C’est pour ça que la réunion de vendredi, qui devait avoir lieu à Saint-Cloud, n’a pas été transférée à Chantilly ; on ne sait pas ce qui peut se passer ici, et on peut nous interdire de courir à tout moment. »

Peu de monde refoulé. En fin de réunion, j’ai croisé le responsable du G.T.H.P., Laurent Moutard, qui m’a fait part des règles à suivre dans son service : « Nous avons été informés en amont du fait que la réunion aurait lieu à huis clos. Nous avons reçu une note détaillée en provenance de France Galop, qui stipule que l’accès est autorisé aux professionnels ayant un partant sur présentation de leur carte, ainsi qu’aux médias hippiques. Le personnel a respecté les consignes. Je viens de faire le tour des entrées, et il y a eu peu de monde refoulé : les gens étaient au courant des mesures exceptionnelles. En termes de mesures de précaution, nous avons reçu une autre note qui rappelle les principes de base à respecter : se laver les mains régulièrement, ne pas serrer les mains, ne pas embrasser les gens… En ce qui concerne le personnel des écuries, il n’y a eu aucune restriction en termes de nombre. »