Malgré les contraintes, les juments ont été saillies ce mercredi

Élevage / 19.03.2020

Malgré les contraintes, les juments ont été saillies ce mercredi

 Ce mardi, l’Ordre des vétérinaires a demandé aux praticiens d’arrêter le suivi gynécologique. La reproduction va-t-elle se poursuivre ? À l’heure actuelle, aucune certitude n’existe. Les éleveurs sont dans l’expectative et ce mercredi, dans les haras, la monte s’est poursuivie.

Cette situation touche tous les éleveurs, y compris ceux ayant recours aux techniques modernes de reproduction. De nombreux centres d’insémination ont par exemple déjà fermé leurs portes, ou envisagent de le faire sous peu. Même si nous attendons tous une annonce officielle, il est probable que la monte cesse pendant les 15 jours à venir.

Mais n’oublions pas que le cycle naturel des juments leur permet d’être saillie jusqu’au mois de septembre… aux acheteurs des yearlings 2022 de faire preuve d’un peu de souplesse sur les dates de naissance de leurs achats ! Tangi Saliou, du haras de la Haie Neuve, attend lui aussi avec impatience le décret d’application du ministère de l’Agriculture : « Étant donné qu’on ne sait rien, on l’attend tous ! Certains disent qu’on va pouvoir continuer à saillir, d’autres disent le contraire… Ici, on fait saillir les juments. Comme à l’ancienne, on voit si elles sont prêtes grâce au souffleur. Mais s’il faut arrêter les saillies durant quinze jours, on va arrêter ! On va perdre une chaleur, mais ce n’est pas dramatique non plus… La Fédération des éleveurs est très active et Loïc Malivet est vraiment dévoué à notre cause, mais il ne peut pas non plus communiquer tous les jours. Il faut que nous soyons patients. »

Faire preuve de patience. Sophie Rousselle, du haras de la Barbottière, nous a dit : « Honnêtement, je redoute l’après crise. À mon avis, beaucoup de juments françaises sont parties à la saillie en Angleterre ou en Irlande… Nous n’avons plus d’obstétrique, nous risquons de ne plus avoir de prélèvements, et j’ai peur qu’on ne nous aide pas. Nous continuons à prendre en charge toutes les juments qui arrivent au haras. En ce qui concerne les juments stationnées au haras, on fait à l’ancienne, et on les amène au souffleur ! Pour le moment, nous n’avons pas eu d’annulation de saillies, mais la situation s’annonce catastrophique. Une saison de monte où l’on va beaucoup moins saillir durant deux mois signifie que beaucoup de poulains vont naître tard l’année suivante, et que deux saisons de monte vont être bouleversées. Nous sommes comme tout le monde : nous attendons… »

Des mesures sanitaires drastiques. Dans l’espoir que la saison de monte se poursuive, il est très important de mettre en place des mesures sanitaires drastiques. Larissa Kneip, du haras de Saint Arnoult, nous a confié : « Dès lundi, j’ai mis en place des mesures d’urgence pour que mes salariés continuent de venir au travail, en leur fournissant les documents nécessaires, car il y a beaucoup de contrôles près de chez nous. Il a fallu également les rassurer, car plusieurs d’entre eux pensaient qu’ils ne pouvaient plus venir travailler. Aussi longtemps que les chevaux sont là, il n’y a pas de raison pour qu’ils soient au chômage partiel. L’entraînement continue, tout comme les saillies. À la base, je suis une grande adepte de la désinfection, donc rien n’a changé pour moi de ce côté-là ! Je fais partie de la commission des étalonniers, et nous avions prévu le coup dimanche dernier pour assurer la monte dans de bonnes conditions. Dès que la jument qui doit être saillie arrive au haras, nous demandons au chauffeur du camion de rester sur le parking et de ne pas descendre. Nous ouvrons le camion et sortons la jument nous-mêmes, nous la lavons, nous la faisons saillir, et nous la remettons dans le camion. De cette manière, nous ne sommes pas en contact avec les gens qui viennent à la saillie. Nous nous sommes dit que si nous ne faisions pas cela, on allait nous interdire la monte, ce qui peut encore arriver… En attendant, nous prenons toutes les précautions sanitaires nécessaires. Par ailleurs, je ne comprends pas qu’on laisse les gens entrer en masse au supermarché, au lieu de mettre en place un système virtuel pour commander les courses, et les amener aux clients sur le parking ! Comme nous avons nos étalons sur place, et que nous avons très peu de juments qui sont saillies à l’extérieur, nous sommes probablement mieux lotis que d’autres… »