Antonio Somma, Connexion en Face Time avec le galop

Courses / 05.03.2020

Antonio Somma, Connexion en Face Time avec le galop

La casaque Bivans, celle d’Antonio Somma et ses amis, a gagné le Prix d’Amérique (Gr1) avec Face Time Bourbon (Ready Cash) qui a terminé son meeting d’hiver en remportant le Prix de Sélection (Gr1). Mais il faut savoir que le propriétaire napolitain avait remporté son premier Groupe… au galop ! C’était le Premio Federico Tesio (Gr3), le samedi 2 octobre 2004, avec Without Connexion (Rainbow Quest), entraîné par Pascal Bary.

Le cheval, passé ensuite chez Maurizio Guarnieri, a continué sa carrière en Italie en décrochant notamment la deuxième place dans le Premio Roma (Gr1). Le cœur d’Antonio Somma a toujours battu au rythme du trot mais il a gardé une petite place pour les pur-sang. Après quelques années d’absence, il a acheté pour 116.000 €, à la vente SGA, la pouliche Al Siq (Acclamation) qui est maintenant à l’entraînement chez Bruno Grizzetti. L’entraîneur est confiant : « Elle était, d’après plusieurs juges, la plus belle pouliche de la vente et a pris de bonne façon son métier. Elle est vraiment très plaisante ».

Amérique et International Trot. Antonio Somma a beaucoup investi dans le trot. Au début en Italie, mais ensuite en France, en Scandinavie et aux États-Unis. En plus de Face Time Bourbon, il est propriétaire de Follow You (Ready Cash), lui aussi lauréat de Groupe et étalon, et des italiens Vivid Wise As (Yankee Glide) et de Tony Gio (Varenne), deuxième du Prix de Paris (Gr1). Tony Gio est un fils de sa première championne, Ilaria Jet (Pine Chip). Elle lui a aussi donné Victor Gio (Ready Cash), qui a couru l’Hambletonian – la course mythique des trotteurs de 3ans américains – et qui officie comme étalon en Italie. Mais il est aussi l’éleveur de Zacon Gio (Ruty Grif)… qui a battu Face Time Bourbon dans le Premio Unione Europea (Gr1) avant de remporter l’International Trot ! Pour vous donner une idée de l’exploit : c’est comme s’il avait gagné le Prix de l’Arc de Triomphe avec la casquette propriétaire et la Breeders’ Cup Classic (Grs1) avec celle d’éleveur…

La différence en millions. Antonio Somma est un napolitain très branché "business". Il explique franchement la différence entre les deux sports : « Il y a une chose qui résume tout : les courses de trot les plus riches offrent un million, et samedi dernier à Riyad, ils ont couru pour vingt millions de dollars. Le rapport entre les investissements dans l’élevage et l’achat des chevaux n’est pas forcement de "fois vingt" mais la différence est très importante. L’approche est aussi différente : au trot, on pense avant tout à trouver le bon cheval. C’est impossible de monter une vraie entreprise capable de produire des étalons comme c’est le cas de Coolmore. J’ai eu la chance, avec mes associés, de tomber sur un crack comme Face Time Bourbon. Il a sailli 150 juments lors de sa première saison et il arrivera, en comptabilisant les étrangères, à plus de 200 cette année. Il s’agit d’un coup de chance, même s’il est là grâce à beaucoup de travail et d’investissements. »

La concurrence est énorme. Et avec les pur-sang ? Est-il possible à tout un chacun, même avec de la chance, de rêver d’un gagnant d’Arc de Triomphe ? Antonio Somma a les idées très claires : « La concurrence est énorme et le niveau des investissements aussi. Il ne faut pas que de la chance : on est dans le domaine des miracles… Pour les gros lots aux ventes, cela se chiffre en millions et les grands élevages ont un cheptel de poulinières avec lequel il est impossible de rivaliser. »

Un projet de longue haleine. À l’écouter, c’est une guerre perdue d’avance. Alors pourquoi se battre ? Antonio Somma a son petit projet : « Je ne pense pas à un autre coup de chance mais à un petit travail de longue haleine, en amateur et pour se faire plaisir. Je me suis dit : pour avoir un bon pur-sang il faut mettre des millions, soit le prix d’un top-yearling. Et même pour élever : une poulinière de haut niveau, qui sera acceptée à la cour d’un grand étalon, coûte très cher. J’ai donc décidé de partir avec mes moyens, en achetant une yearling avec de bonnes origines afin qu’elle puisse étoffer son C.V. avec les performances en course et devenir une bonne poulinière, une de celles qui ont le droit aux top-étalons. C’est long… mais jouable. »