Avec ou sans suivi gynécologique, la saison de monte continue… mais pas partout

Élevage / 19.03.2020

Avec ou sans suivi gynécologique, la saison de monte continue… mais pas partout

Toute la matinée de jeudi, et jusqu’à l’envoi d’un communiqué de la Fédération des éleveurs à la mi-journée, les informations contradictoires ont circulé sur la saison de monte. Au point que nous vous envoyions deux Flash Infos, l’un disant blanc, l’autre noir, ce dont nous vous prions de nous excuser. La situation est très compliquée, comme nous allons tenter de vous l’expliquer ici.

Commençons par la monte. Celle-ci continue à être pratiquée, à l’heure où nous écrivons. Les chevaux (et donc les poulinières) sont toujours autorisés à être transportés, et tant que les haras sont ouverts et les étalons présents, la saillie peut avoir lieu. Sur ce point, la Fédération des éleveurs est sans appel : « En l’absence d’annonce officielle du ministère de l’Agriculture, la situation reste inchangée à cette heure quant à la poursuite des activités d’élevage par rapport à notre communiqué du 17 mars 2020, les juments pouvant continuer à être transportées et saillies. Un groupe de travail représentant l'ensemble de la filière cheval concernée par les activités de reproduction a été créé, avec l'appui technique de l'Ifce. Sa mission est de formaliser un protocole sanitaire et de protection des individus strict et sans faille, concernant les diverses étapes du transport des chevaux et de la saillie, afin d'éliminer tout risque de propagation du covid 19. Ce groupe est actif, avec comme objectif l'envoi d'une proposition de protocole au ministère de l'Agriculture dès le vendredi 20 mars. »

Poursuivons par le suivi gynécologique. C’est ce sujet qui crée le plus de tensions. La position de l’Ordre national des vétérinaires est claire : le suivi gynécologique des juments doit être suspendu jusqu’au 1er avril. Certaines cliniques appliquent cette injonction, d’autres pas. Selon les régions, la proportion des vétérinaires acceptant de pratiquer cet acte et ceux respectant les directives du Conseil de l’Ordre est variable.

Disons que logiquement, dans les grandes régions d’élevage équin où la "gynéco" représente une part importante de l’activité des cabinets, les vétérinaires sont plus enclins à continuer ce suivi (surtout s’ils sont indépendants). Et ce, même si le Conseil de l’Ordre s’est dit prêt à prendre des mesures de sanction à l’issue de la crise si des comportements anormaux devaient être relevés.

Santé vs économie. Au-delà de ces possibles sanctions, c’est à sa conscience que le vétérinaire fait appel. Estime-t-il qu’en se déplaçant et en allant à la rencontre d’autres hommes, il contribue à la propagation du virus ? Du côté de ceux ayant arrêté ces actes, c’est cet argument qui est mis en avant. Le vétérinaire, qui a l’habitude de gérer des épizooties, sait que le confinement est indispensable pour juguler de tels épisodes. Alors qu’il va recommander le box strict à un cheval atteint de rhinopneumonie, il devrait, lui, continuer de se déplacer pour des actes non vitaux ?

De l’autre côté, ceux qui ont choisi la poursuite du suivi avancent l’urgence "économique", et les dégâts à court et à long terme. Quelles seraient les conséquences de la suspension de la monte pendant deux semaines ? Si le délai est limité à deux semaines (peu probable…), des poulains naîtront plus tardivement. Si le délai venait à se prolonger, ça serait un vrai tsunami économique pour les éleveurs… et pour toute la filière : quid du cheptel aux ventes et aux courses dans les années qui viennent ?

Chacun se fera son idée : mais on peut comprendre les arguments des deux camps.

La monte, même sans "gynéco". Dans tous les cas, certains haras font appel à des vétérinaires d’accord pour pratiquer les actes de suivi de l’évolution et de la gestation de la jument. D’autres haras emploient des salariés dont le diplôme les autorise à réaliser l’acte échographique sur les juments du haras (mais pas sur celles des clients extérieurs, ce qui pénalise donc en priorité les éleveurs sans sol). D’autres encore ont sous la main un souffleur. Reste le cas de petits haras, qui n’ont pas de souffleur, ni de personnel habilité à pratiquer les échographies, et qui éprouvent des difficultés à trouver des vétérinaires enclins à réaliser le suivi de leurs juments.

Mais, techniquement, même si aucun vétérinaire ne pratiquait le suivi gynécologique, la monte ne s’arrêterait jamais à 100 % – grâce aux juments "internes" et aux souffleurs.

#Restezchevous et #Restonscalmes. Nous avons pu consulter des courriers échangés entre les différentes parties. Le ton monte. Là encore, on peut le comprendre car tout le monde est très tendu. Mais sincèrement, en cette période de crise sans précédent, l’important est de rester soudés et de trouver des solutions collectives.