Cheltenham, une parenthèse enchantée

International / 17.03.2020

Cheltenham, une parenthèse enchantée

Les olympiades de l’obstacle sont déjà terminées. Et après un bilan de l’élevage publié dans l’édition du 15 mars, voici ce qu’il faut retenir sur le plan sportif de Cheltenham 2020 !

Par Christopher Galmiche

« Les enfants ont Noël, nous avons Cheltenham ! » Paddy Power est décidemment très fort et devrait être pris en exemple par tous les organismes de prise de paris. Ce slogan que vous venez de lire était affiché pendant la moitié du Festival de Cheltenham, juste au-dessus du rond de présentation. Et il est encore plus vrai maintenant que nous sommes pratiquement tous en confinement. Cheltenham a été une véritable parenthèse enchantée dans laquelle il est si agréable de se replonger !

John-Patrick McManus, le numéro 1 avec une majorité de "FR". Le grand propriétaire a réussi un Festival de toute beauté et a remporté le Bentley Leading Owner Award avec sept succès, une deuxième place et une troisième place. Cinq de ses sept succès ont été acquis avec des French breds et trois d’entre eux avec des AQPS : le Champion Hurdle (Gr1) avec Épatante (No Risk at All), le Glenfarclas Cross-Country Handicap Chase avec Easysland (Gentlewave) et le Coral Cup Handicap Hurdle (Gr3) avec Dame de Compagnie (Lucarno). Autre français défendant les couleurs "vert et or", Sire du Berlais (Poliglote) a conservé son titre dans le Pertemps Handicap Hurdle (Gr3) et Saint Roi (Coastal Path) a enlevé le County Handicap Hurdle (Gr3). À noter que Champ (King’s Theatre), lauréat du RSA Chase (Gr1), provient d’une souche française. "J.P."  et ses agents très spéciaux, Hubert Barbe et Charly Swan, entre autres, ne sont pas près d’arrêter de se balader dans nos élevages à la recherche de la perle rare.

"J.P.", la passion des chevaux et du jeu !

John Patrick McManus a tellement gagné lors de cette édition 2020 qu’il s’est retrouvé à enchaîner les podiums, déclarant à la presse locale : « Aujourd’hui, je n’ai même pas eu le temps de jouer ! » Cet Irlandais de naissance, qui réside en Suisse, a bâti sa fortune dans le trading sur le marché des changes. Sa première grande victoire a eu pour cadre le festival de Cheltenham 1982, avec Mister Donovan (Choral Society), dans le Sun Alliance Novices' Hurdle (Gr1). Celui qui fait partie des plus gros parieurs outre-Manche s’est construit un palmarès de prestige en tant que propriétaire sur les obstacles. Son audace en tant que parieur impressionne les bookmakers. Voici un extrait issu d’un entretien accordé par Barry Orr, le porte-parole de Betfair : « He's an absolute legend. He's got balls of steel when it comes to placing bets. » Les lecteurs anglophones sauront saisir toute l’intensité de cette prise de parole que nous pourrions traduire, de manière politiquement correcte, par : « C’est une véritable légende. Il fait preuve d’un courage hors normes quand il s’agit de parier. » Mais avant la gloire, ses premiers pas hippiques furent plus modestes.

Des débuts ratés en tant que bookmaker. En 2017, McManus a accordé une longue interview à Racing UK. Au sujet de l’origine de sa passion hippique, il a expliqué : « Mes parents aimaient bien miser une pièce de temps en temps. J’ai toujours été intéressé par le jeu. Pendant ma jeunesse, je jouais tous les samedis (…) J’ai commencé à mettre de l’argent de côté pour essayer de devenir bookmaker. J’ai décroché ma licence à l’âge de 21 ans. Au départ, je prenais des paris sur les courses de lévriers et les point-to-point, avant de me lancer sur les hippodromes. Je n’ai pas mis longtemps à mettre la clé sous la porte et il a fallu que je revienne travailler dans l’entreprise de mon père [location d’engins agricoles et de construction, ndlr]. J’avais naïvement pensé qu’il était facile d’être bookmaker. Ce fut une bonne leçon. J’ai appris à être patient et discipliné, mais je me sens rendu compte qu’il était bien plus facile de tirer son épingle du jeu en tant que parieur ! »

Willie Mullins nous a encore une fois prouvé qu’il était le meilleur. Mercredi soir, on pouvait légitimement se demander comment ferait Willie Mullins pour finir dans le trio de tête du Festival. Il avait simplement gagné le Champion Bumper (Gr1) avec Ferny Hollow (Westerner)… Mais si au football, ce sont toujours les Allemands qui gagnent, sur les obstacles britanniques, c’est toujours Willie Mullins le boss. En deux jours, il a inversé complètement la tendance. Jeudi, il a enlevé deux courses, le Ryanair Chase (Gr1) avec Min (Walk in the Park) et le Mares’ Novices’ Hurdle (Gr2) avec Concertista (Nathaniel). Et vendredi, Cheltenham est devenu une annexe de Closutton avec quatre victoires sur sept courses pour l’Irlandais. Il a enlevé les trois Grs1 au programme, la Gold Cup avec Al Boum Photo (Buck’s Boum), qui a conservé son titre, le Triumph Hurdle avec Burning Victory (Nathaniel) et l'Albert Barlett Novices’ Hurdle (Gr1) avec Monkfish (Stowaway). Cinq des sept succès de Mullins lors du Festival ont été acquis avec des French breds. Si les têtes de liste des entraîneurs et des propriétaires lors de ce grand meeting ont brillé grâce à l’élevage français, ce n’est pas dû au hasard.

Paul Townend, oui mais… Logiquement en tête puisque premier jockey de Willie Mullins, Paul Townend a été associé aux principaux vainqueurs du maître irlandais, dont Al Boum Photo évidemment. Le fait qu’il ait pris plus de places que Barry Geraghty a fait la différence, car tous deux ont obtenu cinq victoires. Mais si l’on ne devait retenir qu’un seul jockey du Festival 2020, ce serait Barry Geraghty. Le premier pilote de McManus n’a pas fait une erreur de la semaine, il a toujours pris les bonnes décisions quand il le fallait. Plusieurs exemples sont là pour le prouver. Avec Épatante dans le Champion Hurdle, il a repiqué en dedans dans le tournant pour offrir un dos à sa partenaire ce qui lui a permis de gagner facilement. Avec Champ, il a fait preuve de ténacité et a toujours cru en son cheval, ce qui a fini par payer. Avec Sire du Berlais et Dame de Compagnie, dans des lots touffus, il a fait preuve d’un grand sens tactique pour venir au bon moment après avoir longtemps filé. Si vous ne me croyez pas, faites vous un petit plaisir en revisionnant les vidéos de ses montes à Cheltenham. C’était vraiment un régal.

Cheveley Park Stud s’affirme sur la scène de l’obstacle. Grande casaque et haras reconnu en plat, Cheveley Park Stud développe avec justesse ses investissements dans le monde de l’obstacle. Pas de barrières en Angleterre entre les deux disciplines. Le prestige de ce sport est très fort et ils sont nombreux désormais à sauter le pas. Cheveley a investi parfois de fortes sommes pour des chevaux qui sont hongres et qui n’ont d’autres retours sur investissement que la compétition. Et encore, en espérant gagner lors de Cheltenham, Aintree ou Punchestown. À titre d’exemple, 400.000 £, c’est ce qu’il a fallu débourser pour Envoi Allen (Muhtathir). Après coup, l’élève de Bruno Vagne les valait largement puisqu’il est invaincu et il a survolé le Ballymore Novices’ Hurdle (Gr1). Mais même avec quatre Grs1 à son palmarès, il n’a que 283.129 £ de gains. Ferny Hollow (Westerner) a permis à Cheveley Park de conserver son titre dans le Champion Bumper. Ils ont aussi pris des places au niveau Gr1, avec À Plus Tard (Kapgarde) par exemple. Tous les achats en obstacle de cette entité ont été judicieux. Et ce n’est que le début.

Et pour 2021 ? Cheltenham à peine fini, les books et journalistes anglais se projettent déjà vers le Festival 2021. Et chers amis éleveurs, vous pouvez déjà réserver vos billets car il y a affluence chez les French breds étant annoncés comme des coups sûrs pour l’année prochaine ! Easysland est déjà à 2/1 pour conserver son titre dans le cross. Frank Berry, racing manager de McManus, a expliqué qu’il viserait à nouveau ce cross. Envoi Allen est à 6/1 pour le RSA Chase (Gr1). Abacadabras (Davidoff) est à un succulent 10/1 pour le Champion Hurdle (Gr1). Un Champion Hurdle qui est aussi l’objectif du malheureux Goshen (Authorized), qui a fait tomber son jockey dans le Triumph Hurdle alors qu’il gambadait. Il est lui aussi offert à 10/1. C’est l’avantage de l’ante-post, ça permet de se projeter, de rêver un peu, de garder espoir et d’occuper les passionnés lorsqu’il n’y a pas courses…