Édouard de Rothschild : « Je suis pessimiste »

Institution / Ventes / 15.03.2020

Édouard de Rothschild : « Je suis pessimiste »

Par Adeline Gombaud

Les courses ont bien eu lieu ce dimanche en France, premier jour de fermeture des restaurants, bars, commerces non alimentaires, établissement sportifs, musées… Combien de temps allons-nous résister ?

Contacté dimanche dans la journée, Édouard de Rothschild, président de France Galop, avait le ton grave. « Je suis devenu pessimiste au cours du week-end. Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour continuer de courir mais je crains que les restrictions de circulation qui risquent d’être imposées par le gouvernement soient telles qu’il ne soit plus possible de continuer à courir. Les courses sont en partenariat avec l’État. Nous avons beaucoup de sujets à négocier avec l’État au cours de cette mandature. Pouvons-nous être la seule activité sportive qui ne se plie pas aux demandes de l’État et à la discipline et solidarité collectives ?

Mon objectif est également de protéger les éleveurs. Il faut que les juments aillent à la saillie aussi tôt que possible car je crains encore une fois l’intensification des restrictions de circulation. » [Sur ce sujet, il faut garder confiance car l’exemple italien montre que le coronavirus ne conduit pas à l’interdiction du transport des chevaux pour la saillie. Voir plus loin.]

Un impact encore impossible à mesurer

Du côté du PMU, aucun chiffre n’a été dévoilé, moins de 24 heures après la mise en place des mesures restrictives. La communication officielle est la suivante : « Le PMU prend acte des déclarations du premier ministre du samedi 14 mars 2020. Nous sommes d’ores et déjà en contact avec nos partenaires des points de vente. Les bars représentent une grande partie du chiffre d’affaires généré par les points de vente, et leur fermeture va avoir un impact important sur notre activité. Il est encore trop tôt pour le mesurer. La priorité du PMU reste la santé de ses salariés, la limitation de la propagation du virus, et la gestion de la continuité de l’activité, dans la mesure du possible. »

Et l’élevage ?

Nous sommes en pleine saison de monte. Les camions circulent normalement, et les juments peuvent donc aller à la saillie des étalons. En Italie, où les habitants doivent justifier leur déplacement en présentant aux forces de l’ordre un formulaire d’auto-certification et, selon les exigences, un certificat médical, ou une lettre de leur employeur, le mouvement des chevaux n’est pas perturbé, pas plus que leur entraînement, si ce n’est que les employés sont contrôlés à l’entrée des centres d’entraînement. On peut donc se rassurer en se disant que si la France suit l’exemple italien, la saison de monte ne devrait pas être perturbée.

Et le sport ?

Dans le cas (fort probable) où les courses venaient à être stoppées plusieurs semaines, comment le programme sportif va-t-il s’articuler, et notamment les épreuves de sélection, raison d’être de la race du pur-sang ? Les Poules d’Essai vont arriver très vite, le 12 mai. On pense ensuite au Grand Steeple, au Jockey Club, au Diane… Édouard de Rothschild précise : « Nous allons étudier la question dès demain. Si l’on imagine que les courses puissent reprendre début mai, l’une des pistes serait l’organisation de préparatoires sans allocation, pour que les chevaux puissent quand même avoir une course dans les jambes avant l’objectif. »

Un scenario qui fait froid dans le dos

Replongez dans notre édition du 26 février, où nous évoquions le scenario catastrophe de l’annulation pure et simple des courses. À l’époque, c’était de la science-fiction. Moins de trois semaines plus tard, nous y sommes presque. Les conséquences de plusieurs semaines sans course sur l’économie de la filière seraient énormes. Combien d’entraîneurs pourront supporter un tel arrêt ? Il y a les pensions payées par les propriétaires, mais combien auront encore de quoi financer leur passion sans aucun gain ? Quid du personnel ? Des jockeys ? Des éleveurs ? Cela fait froid dans le dos, mais ce dimanche, la politique de l’autruche n’est pas (plus) possible.

À Saint-Cloud, une ambiance pesante

Nicolas Clément, président de l’Association des entraîneurs de galop, nous a donné son sentiment depuis Saint-Cloud, où il avait trois partants : « Il est important de respecter le huis-clos renforcé pour que les courses puissent continuer. Nous avons droit à une personne par cheval. C’est contraignant, puisqu’on a l’habitude, pour les chevaux difficiles, de mettre deux personnes, notamment pour aller au rond, mais il faut s’y soumettre. C’est d’ailleurs très surveillé : il y a un listing des personnes autorisées, et je peux vous dire que ça ne plaisante pas ! On nous encourage aussi à partir le plus vite, sitôt notre dernière course disputée. L’ambiance est bizarre. L’hippodrome est quasiment vide, on se croirait presque le matin à l’entraînement… » Comme tous ses collègues, son inquiétude est que les courses soient purement et simplement annulées. « Nous faisons confiance à nos dirigeants pour les négociations avec l’État. Il y a deux aspects : le fait que les hippodromes ne sont pas des lieux publics, mais des lieux de travail, où l’on vient pour gagner sa vie, tout simplement ; et le fait que nous sommes en plein air, sur des sites de plusieurs dizaines d’hectares, où les contacts entre individus sont très limités. Je pense que le risque de propagation du virus dans ces conditions est très faible. Sans courses, ce sont des milliers d’emplois qui seraient menacés. Sans les allocations, beaucoup d’entraîneurs, déjà dans une situation précaire, ne pourraient résister longtemps. C’est la logique santé face à la logique économique, mais je pense que dans notre cas, les deux sont conciliables en appliquant les mesures adéquates. »

Des salariés déjà sensibilisés

Installé à Chantilly, dans l’Oise, l’un des départements les plus touchés, Nicolas Clément a un peu de recul sur ce qui va toucher la France dès lundi, c’est-à-dire la fermeture des écoles, crèches, collèges, lycées… « Mes employés se sont montrés remarquables et ceux qui ont des enfants se sont arrangés pour trouver des moyens de garde. Il faut souligner aussi leur discipline dans l’application des gestes barrière. Depuis les épizooties que la filière équine a connues ces dernières années, les écuries en général sont très sensibilisées à l’hygiène, et se laver les mains, par exemple, est aussi un geste essentiel pour ne pas risquer de contaminer un cheval sain après avoir manipulé un cheval malade. Sur ce point, nous étions donc largement formés ! Pour ce qui est des apprentis, nous n'avons eu le droit de les accueillir, et seulement dans le cas des apprentis salariés et non des stagiaires, que dans le cas où nous nous engagions à les loger et les nourrir. C’est ce que j’ai fait avec le mien. »

La MSA met en place des mesures d’accompagnement

La MSA a annoncé la mise en place de mesures d’accompagnement afin de tenir compte de l’impact économique de la crise. Il est possible de reporter tout ou partie du paiement des cotisations, sans aucune pénalité. Pour les exploitants exposés ou touchés par le virus, le médecin-conseil de la MSA prescrit un arrêt de travail et la MSA verse l’indemnité journalière Amexa. Au même titre que les salariés, les indemnités journalières sont versées dans les conditions applicables aux arrêts maladie, et ce dès le premier jour d’arrêt (sans application du délai de carence et sans vérifier les conditions d’ouverture de droits).