EN RÉGIONS - Malgré le confinement, Wissembourg garde le moral

Courses / 18.03.2020

EN RÉGIONS - Malgré le confinement, Wissembourg garde le moral

Depuis quelques jours (et probablement pendant plusieurs semaines encore), le pays entier est prié de rester à la maison pour éviter la propagation du coronavirus. Les bénévoles des courses ne dérogent pas à cette règle et se réfugient chez eux.

C'est notamment le cas d’Alain Strasser, le président de la Société de courses de Wissembourg, une ville qui se situe dans le Grand Est, la région la plus touchée du pays.

Il tient d’abord à nous rassurer : « C’est plutôt le Haut-Rhin qui est concerné, Wissembourg se trouve dans le Bas-Rhin. Aucun bénévole de la Société de courses n’a été testé positif, ni nos deux salariés qui s’occupent des pistes, ni le personnel qui travaille au centre d’entraînement. Pour ma part, l’entreprise dans laquelle je travaille [il est chef des ventes et des pièces de rechange chez Renault, à Strasbourg, ndlr] a fermé ce matin et, comme tout le monde, je suis chez moi. Je regarde Equidia, qui diffuse en ce moment les courses en Afrique du Sud (rires) [l’interview a eu lieu mardi après-midi]. »

L’entraînement se poursuit. Alain Strasser a détaillé la manière avec laquelle la Société de courses poursuivait son activité : « Pour l’instant, les journées de travail avec les bénévoles sont suspendues, comme il est interdit de se réunir. En revanche, l’activité dans le centre d’entrainement se poursuit. Des consignes ont été données et sont suivies. Nous avons une cinquantaine de chevaux, dont une trentaine à l’entraînement chez Jess Parize. Le reste dépend de permis d’entraîner. » Face à l’arrêt complet des courses jusqu’au 15 avril, Alain Strasser estime : « Je suis avec attention les notes que nous envoie Pierre Préaud. Il nous a été demandé de leur remonter les frais fixes que nous avons tous les mois. Les chiffres seront envoyés mercredi matin, et nous attendons à marche à suivre. La première réunion de l’année a lieu le 1er mai, on part du principe que l’on va courir et j’appelle en ce sens les deux salariés de l’hippodrome tous les matins. »

Des investissements provisoirement gelés. Avant que la crise ne survienne, la Société avait prévu d’investir 100.000 €, et tout a été ajourné, comme nous l’explique Alain Strasser : « Je n’ai aucune visibilité financière pour les mois à venir, sachant que nous avons deux salariés et un emprunt qui court suite à l’aménagement d’une salle multifonctions. Nous ne possédons pas notre propre système d’arrosage et 30.000 € devaient notamment servir à le construire petit à petit. Il était question de faire un forage car nous avons de l’eau pas loin, ensuite nos devions installer une assez grande réserve, et l’année suivante, nous devions poursuivre cet investissement en irriguant l’hippodrome par un autre moyen que ce que nous faisons actuellement. Les autres investissements concernaient l’embellissement de l’hippodrome, pour la sécurité, refaire la lice autour du rond de présentation et d’autres. Tout cela mit bout à bout représentait 100.000 €. Tous les chantiers qui ne sont pas impératifs pour la sécurité des professionnels et du public ne seront malheureusement pas mis en œuvre cette année. »

Quid du sponsoring ? Comme la plupart des hippodromes, Wissembourg vit grâce à ses entrées, ses buvettes, son restaurant et son public. Le président nous explique : « Lors du 1er mai, nous servons jusqu’à 800 repas, le manque à gagner serait énorme pour nous si les courses n’avaient pas lieu. L’an passé, nous avions eu 2.800 entrées payantes, sur un total de 4.000 personnes, sur l’hippodrome lors de cette journée d’ouverture, et les enjeux P.M.H. s’élevaient à 80.000 €. Une journée comme le 1er mai représente 60.000 € de recettes, hors P.M.H.  » Mais il existe aussi un autre enjeu, celui du sponsoring : « Vingt-sept des 29 courses que nous organisons sont sponsorisées. Nous ne pouvons pas facturer le parrainage des courses pour le moment. Si les épreuves devaient se dérouler à huis-clos, nous associerions tout de même les sponsors aux noms des courses, par fidélité envers eux. Cela fait maintenant des années que nous avons de très bons rapports avec des entreprises des environs, ce serait naturel de faire ça. Nous sommes justement en train d’adresser un message à nos partenaires en ce sens. »

Le rêve d’une réunion premium. Souvent cité comme exemple par l’Institution, lorsqu’il est question de la réussite des petits hippodromes de province, la Société organise quatre réunions par an : le 1er mai donc, le jeudi de l’Ascension, le lundi de Pentecôte et une semi-nocturne fin juin. Dans nos colonnes du 16 janvier dernier Michel Contignon, nouveau président du Comité régional Est - Centre-Est, vantait d’ailleurs l’hippodrome de Wissembourg en ces termes : « C'est constamment la fête à chacune de leurs réunions, avec beaucoup de monde ! Il faut garder ce vivier-là. » Au sujet de ce dernier rendez-vous, Alain Strasser précise : « Nous terminerons la saison par une semi-nocturne car l’année dernière, nous avions dû, dans l’urgence, décaler les horaires de la réunion en raison de la canicule et cela s’était vraiment bien passé. Nous renouvelons l’expérience, du coup. » Par ailleurs, si le souhait d’Alain Strasser, et de l’ensemble de son Conseil d’administration, est de conserver ses quatre réunions annuelles, il aimerait bien accueillir des épreuves d’un autre standing : « Dans un contexte où France Galop et le PMU se porteraient bien, nous aimerions récupérer une mini-premium ou quelque chose comme ça, pour donner de la notoriété à notre hippodrome. Ce serait aussi une sacrée marque de reconnaissance pour le travail réalisé par les bénévoles. Wissembourg est connu un peu partout comme un hippodrome avec beaucoup de public, il faut miser là-dessus. La situation est ce qu’elle est, mais on doit faire en sorte que l’hippodrome soit agréable pour le public et soit attractif pour les professionnels. Je suis d’un naturel optimiste et j’espère que ce virus sera bientôt dernière nous, que nous pourrons courir et que les gens pourront sortir de chez eux ».