L’ÉDITORIAL - Taboo*

Courses / 04.03.2020

L’ÉDITORIAL - Taboo*

Par Mayeul CAIRE

Édouard de Rothschild aime à dire qu’il étudie chaque dossier sans tabou. Alors battons en brèche un vrai, un bon gros dossier tabou : la fusion Trot-Galop. On nous présente volontiers ce rapprochement comme une évidence. Pour moi, c’est loin d’être le cas. Il y a même, à mon sens, une autre voie possible : une grande alliance européenne avec nos voisins anglais et irlandais.

Pourquoi ?

On parle là de stratégie, de là où nous voulons aller et où nous serons ; de qui nous serons.

La compétition est déjà européenne au galop. Se rapprocher des autres pays ne demandera aucun effort. Cette croissance serait organique, elle sera interne et non pas externe. Or on sait que la croissance organique est plus facile à réaliser et plus sûre.

Cette alliance franco-anglo-irlandaise ne fera que nous renforcer. Alors que le contraire – fusionner avec le Trot – n’est pas vrai : gros effort (c’est comme si on rapprochait le football et le rugby) et importation des faiblesses mutuelles.  

Cela n’empêchera évidemment pas les passerelles positives entre Trot et Galop : la passion n’a pas de frontières. C’est vrai pour Pierre Pilarski quand il achète des galopeurs ou pour Franck Leblanc lorsqu’il développe son élevage de sauteurs.

Pour mesurer la dimension organique que je viens d’évoquer, pour mesurer la dimension naturelle de ce que je propose, il suffit de se reporter au tableau ci-joint. Sur chacun des points, nous sommes plus proches des Anglais et des Irlandais que des trotteurs…

En créant une alliance européenne du Galop, faudra-t-il par exemple changer notre programme ? Non. Il est déjà largement européen. Changer nos règles ? Non. Changer de races ? Non.

J’en reviens au rapprochement avec le Trot.

Quel est l’objectif ? Les économies d’échelle ? Certes. Mais le plus important des deux, quand on parle de relance et de croissance, ce n’est pas la colonne des charges mais celle des recettes. Or avec notre alliance européenne, les recettes sont certaines de croître car les parieurs britanniques jouent plus, la culture des courses y est plus forte et les investissements y sont plus élevés (Tattersalls le prouve chaque année). C’est pour nous un vrai intérêt que d’importer/fusionner la culture des courses beaucoup plus vivace de nos amis britanniques et irlandais.

À part les économies de charges, que quelqu’un me cite un autre avantage ? Il n’y en a pas. Si ce n’est la dimension politique, dans la relation avec l’État – mais doit-on miser notre avenir sur la relation avec l’État, lequel ne cherche depuis des années qu’à se dégager de tout ce qui n’est pas régalien (Justice, Police, Finances…) ?

L’autre argument qui plaide en faveur d’un grand pôle européen du Galop, c’est que dans une économie mondialisée, nous sommes devenus trop petits. D’ailleurs, les grands investisseurs extra-européens en ont déjà fait le constat, eux qui pensent leurs opérations au niveau européen et non français ou anglais. Khaled Abdullah, Goldolphin ou Coolmore élèvent, achètent, font entraîner et courent indifféremment en France, en Irlande et en Angleterre.

Et les primes aux "FR" dans tout ça ? Rien n’empêche de les garder. Non seulement l’Union européenne n’a pas gommé les avantages locaux, mais elle les a renforcés : voir la PAC en France.

Le PMU ne peut lui aussi qu’en être ragaillardi. Avec les masses d’enjeux britanniques. Avec le grand Quinté+ européen et ses rapports multimillionnaires (plus sûr, même, que de lancer un nouveau pari en France).

Le PMU ferait d’ailleurs, lui aussi, des économies de charges, car l’argent rentrerait avec peu d’investissements comme le PMU l’a prouvé de longue date dans le cadre des courses premium étrangères. D’autant que notre opérateur, leader du pari mutuel européen, aurait vocation à jouer un rôle dominant dans le futur ensemble.

Là encore, tout est naturel, puisque c’est ce que le PMU sait déjà faire et fait déjà quand il mène des actions de masse commune avec Hongkong et avec le Japon.

Voilà ce qui s’impose à nous comme une possible évidence. Il est encore temps de choisir. Et si France Galop tient absolument à son rapprochement avec LeTrot, eh bien que cela ne l’empêche pas de faire aussi la grande alliance européenne porteuse de croissance !

En français : Tabou

Points communs/divergents

Galop France UK/IE Trot
Race(s) majoritaire(s) PS/AQPS/AA PS/AQPS TF
Poids du marché dans le modèle éco. Fort Fort Faible
Poids des allocs dans le modèle éco. Moyen Faible Fort
Dimension internationale de l’activité Forte Forte Moyenne
Modèle économique Vertical Vertical Horizontal
Surface Gazon Gazon Cendrée
Personnage central  Propriétaire Propriétaire Entraîneur-driver