La continuité de l’entraînement, la préoccupation majeure

Courses / 16.03.2020

La continuité de l’entraînement, la préoccupation majeure

Comment va s’organiser leur quotidien avec l’arrêt des courses ? Nous avons interrogé – avant les annonces du président de la République – des entraîneurs de plat et d’obstacle (de trot aussi !), installés sur des centres d’entraînement publics ou privés, en région parisienne ou en régions. Une même inquiétude : pourra-t-on continuer à entraîner les chevaux ?

Nicolas Clément : « Va-t-on nous laisser entraîner les chevaux ? »

« Nous sommes dans le flou en attendant les annonces du président de la République. La grande question est la suivante : va-t-on nous laisser entraîner les chevaux ? J’espère que le bon sens va primer et que l’on prendra en compte notre dimension agricole, la nécessité de soins que requièrent les animaux… Je sais que nos instances sont en lien avec le ministère de l’Agriculture. L’autre question, c’est combien de temps va-t-on pouvoir tenir financièrement sans rentrée d’argent autre que les pensions ? On connaît la précarité de nombre d’entraîneurs… Quelles mesures de soutien vont-être mises en place ? Il faut espérer que le PMU puisse proposer une offre de paris à l’étranger pour ne pas couper le lien avec les joueurs… Et que les courses puissent reprendre dans les meilleurs délais. »

François Nicolle : « Les dommages collatéraux vont être énormes »

« Il faut se plier à la décision de l’arrêt des courses, qui était la seule issue possible. À présent, notre souci, c’est de pouvoir continuer à sortir les chevaux. Je ne sais pas quelles mesures seront annoncées ce soir, mais il est évident qu’on ne laissera pas les chevaux mourir de faim ! Ce qui me fait peur, c’est dans l’hypothèse d’un cas positif au sein du personnel. Toute l’équipe sera-t-elle mise en quarantaine ? D’un point de vue économique, j’ai la chance d’avoir des clients aux reins solides, mais tout le monde n’est pas dans ce cas. Les dommages collatéraux vont être énormes et il est évident que certains ne s’en relèveront pas. D’un point de vue sportif, je vais laisser décompresser les chevaux qui ont déjà couru, comme Bipolaire. Les paddocks dont je dispose vont m’enlever une grosse épine du pied. Nous allons travailler sérieusement ceux qui sont plus en retard, préparer les 3ans pour Clairefontaine… La reprise des courses risque en revanche d’être compliquée, avec une tonne d’éliminés, des courses qu’il va falloir dédoubler… Tout le monde voudra courir au plus vite pour rattraper le temps perdu… Cela va être un drôle de bazar ! Se posera ensuite la question de l’organisation des grands événements, à quelle date, avec quelles préparatoires ? »

Julien Phelippon : « Je veux garder espoir »

« J’attends les annonces du président de la République pour connaître l’ampleur des mesures de confinement qui seront appliquées. J’espère que les spécificités des filières agricoles, et de la nôtre en particulier, seront prises en compte pour que nous puissions continuer à nous occuper des chevaux, et de les sortir notamment. Je suis inquiet pour mes salariés, et j’espère que personne ne sera laissé de côté. Je pense à mes collègues qui ont beaucoup de chevaux en propriété (ce qui est mon cas, mais c’est une situation choisie, donc je ne peux pas me plaindre !) : l’impact économique va être énorme. Il va falloir beaucoup d’entraide et d’écoute et négocier, non pas un report des charges, qui ne fera que repousser le problème, mais une annulation des charges et de la T.V.A… Je veux quand même garder espoir. L’activité du PMU était bien repartie ces dernières semaines. Il n’y a pas de raison que cela ne soit pas le cas quand les courses vont reprendre. »

Jérôme Reynier : « Nos amis quadrupèdes demandent une attention de tous les jours »

« Cela va évidemment être très compliqué à gérer. Le programme pour les chevaux avait été établi, nous avions des objectifs. Un mois sans course va bouleverser tout cela et c’est aussi un manque à gagner. Un mois, cela va déjà être compliqué. Et si cela peut durer encore plus longtemps… Cela va aussi mettre un coup d’arrêt au commerce. Nous travaillons avec du vivant et une des principales inquiétudes est de savoir si nous pourrons encore sortir les chevaux, si les employés pourront venir travailler. L’arrêt des courses, étant donné la situation, était prévisible : l’épidémie a pris une telle ampleur ! Il était déjà inespéré que nous puissions courir ce lundi soir à Marseille-Vivaux et les jours précédents. Et ce ne sera pas simple pour nous, mais aussi pour plein d’autres secteurs d’activité. La différence est que nos amis quadrupèdes demandent une attention de tous les jours. Il faut les sortir, sinon ils vont devenir fous ! Ce ne sont pas des trotteurs, que l’on peut plus facilement laisser au paddock. Ce sera le point le plus important pour nous : qu’on nous laisse les moyens de les travailler et de les maintenir en forme.

On peut se poser des questions pour la reprise des courses. Avec tous les chevaux n’ayant pas couru depuis un mois, il risque d’y avoir un embouteillage au niveau du programme. Il faut comprendre que le programme est très bien fait, pour donner une chance à tout le monde : les chevaux de tous les niveaux ont des options partout. Nous avons vu, dans le passé, des embouteillages lors du meeting d’hiver de Deauville, par exemple, avec beaucoup d’éliminés. On peut s’attendre à une situation similaire lorsque les courses reprendront. Il y a peut-être l’option de redensifier le programme à ce moment-là mais, encore une fois, il est très bien fait, dans la continuité, pour que les chevaux montent ou redescendent de catégorie. Le redessiner à la reprise sera un énorme casse-tête ! Ce ne sera pas facile pour les chevaux de terrains souples ou lourds, qui vont pouvoir recourir alors que les pistes vont commencer à se raffermir. Ce ne sera pas facile pour les chevaux moyens niveau programme et ces chevaux doivent courir pour faire rentrer des allocations. Pour les bons chevaux, ce sera peut-être encore plus difficile car cela arrive au redémarrage de la saison parisienne et la montée en puissance en vue des belles épreuves est mise à l’arrêt. »

Gabriel Leenders : « Économiquement, cela va faire mal mais la santé est prioritaire »

« La première chose est que tout le monde doit suivre les conseils donnés pour le bien-être général. La priorité est de gérer cette épidémie. Me concernant, il faudra être solide. Je suis installé depuis peu, je n’ai pas la trésorerie des grosses structures et je ne peux donc pas durer pendant des mois. De plus, mon centre est en pleine expansion : j’ai investi, pas économisé. Mais je reste pour cette décision de ne pas courir, pour l’intérêt général de tous. Alors oui, économiquement, cela va faire mal. La santé reste prioritaire. Je fais confiance aux institutions pour nous aider. Et je vais voir avec mes clients comment gérer l’effectif : par exemple, nous avons des 3ans dont nous savons qu’ils ne débuteront pas avant l’automne. Ils peuvent partir au repos. Toute la filière va être impactée et je crois que la force des courses, c’est d’être capable d’aller de l’avant. Mais nous aurons besoin de réponses pour les jours à venir. »

Édouard Montfort : « Un mois… Mais il ne faut pas plus »

« Un mois, pour un jeune entraîneur comme moi, va déjà être difficile… Il ne faudrait pas que cela dure plus longtemps. Mais ma principale hantise reste que mes employés ne puissent plus venir travailler les chevaux. Je peux en monter quelques-uns, mais pas tous ! J’attends donc d’en savoir plus sur ce point. Nous sommes tous dans le même bateau : c’est une claque pour les professionnels, une claque pour les agences de vente, une claque pour le PMU… J’ai peur que certains entraîneurs ne s’en remettent pas… Du point de vue de l’entraîneur de galop, cela arrive au pire moment, à la reprise de la saison : en novembre, cela aurait été plus facile pour nous, mais pas pour les trotteurs, c’est vrai. Nous sommes tous dans le même bateau. Nous allons attendre les différentes décisions des institutions. En attendant, il ne faut pas paniquer, rester optimiste… Et se laver les mains ! »

Jean-Marie Plassan : « Les chevaux doivent pouvoir continuer à sortir »

« Pour l’hippodrome, c’est simple, il est fermé. Pour le centre d’entraînement, on attend les annonces du président ce soir, mais il faut absolument que les chevaux puissent sortir et être nourris. L’accès du centre sera limité aux entraîneurs et à leur personnel, avec contrôle à l’entrée. Les entraîneurs sont très inquiets, mais nous irons dans leur sens et nos équipes seront à pied d’œuvre pour l’entretien des pistes. Les équipes fonctionneront peut-être en décalé pour limiter les contacts, mais l’outil de travail sera entretenu. »

Pierre Belloche : « Beaucoup d’entraîneurs de trot attendaient les meetings estivaux »

« Il est probable que nous mettions à l’arrêt certains chevaux pour les reprendre quinze jours avant la reprise. D’autres sont en période de repos d’après meeting. Je suppose qu’il est plus facile de mettre les trotteurs que les galopeurs au paddock. Ceux qui sont basés en province peuvent le faire mais ce sera plus compliqué pour ceux installés à Grosbois, par exemple. Il faudra aussi attendre les éventuelles restrictions sur un centre d’entraînement public : faudra-t-il adapter le personnel ? Les tarifs ? Il est vrai que notre gros morceau, le meeting d’hiver de Vincennes, est passé, mais il ne faut pas oublier que beaucoup d’entraîneurs n’ont pas de chevaux qui peuvent aller à Vincennes et ont donc attendu la reprise des meetings de printemps et d’été. Pour eux, la situation peut être difficile à gérer. En ce qui me concerne, je suis aussi éleveur : y aura-t-il un impact sur la saison de monte ? Au trot, nous cumulons davantage les casquettes que les galopeurs, donc moins de pension. Cela va être très impactant et il nous faudra faire le dos rond.

Je reste très inquiet sur ces trente jours de suspension car je crains que cela se poursuive plus longtemps : si vous écoutez les différentes annonces, on nous dit que le pic de l’épidémie sera dans cinquante jours. Il y a l’aspect économique sur notre activité, mais je crois que nous avons du mal à réaliser ce qu’il se passe : ce n’est pas encore entré dans toutes les têtes que nous avons une pandémie qui circule. J’avais une vidéo-conférence ce dimanche où, avec des collègues, nous parlions de cet éventuel arrêt des courses. L’un a dit que cela risquait d’être difficile, l’autre qu’il faudra être prêt pour la reprise… Et un autre a dit : il faudrait que nous soyons encore là pour la reprise. Et nous n’avions pas pensé à cela : la santé, c’est le plus important. Oui, les gens seront impactés financièrement, mais ils peuvent aussi tomber malades… »

Arqana Trot suspend sa prochaine vente

La prochaine vente d’Arqana Trot était prévue le 31 mars. Compte tenu des circonstances, la vente est suspendue et reportée à une date ultérieure. Pour le moment aucune date de report n’a été fixée.

La saison de monte se poursuit

Toujours dans l’attente des annonces du président de la République, nous avons aussi contacté deux éleveurs et étalonniers, membres de la Fédération des éleveurs du galop. Pour le moment, la saison de monte n’est pas impactée.

Julian Ince : « À cette heure, aucune directive ne s’exprime en défaveur de la poursuite des saillies. »

Président de la Commission des étalonniers de la Fédération des éleveurs du galop, Julian Ince a répondu à nos questions ce lundi après-midi : « Selon les éléments disponibles à cette heure, aucune directive ne s’exprime en défaveur de la poursuite des saillies. Nous attendons un message spécifique de l’État et, pour l’instant, l’activité de reproduction se poursuit. En Italie, où le confinement des populations est total, la saison de monte continue également. »  La poursuite de l’activité de reproduction en France est aussi liée à l’activité des laboratoires d’analyses qui fournissent des services sanitaires aux éleveurs. À ce sujet, Julian Ince précise : « Le service des prélèvements est pour l’instant actif. Certains laboratoires nous ont confirmé qu’ils assureraient un service minimum. La situation peut évoluer et, là aussi, nous sommes dans l’attente. Néanmoins, cela fonctionne encore. »

Certains éleveurs souhaitent faire saillir hors de France et des étrangers veulent envoyer des juments à des étalons français. Julian Ince détaille : « Comme pour les autres points évoqués, rien ne s’oppose à ces activités. Nous n’avons, à cette heure, aucun élément s’opposant au transport des chevaux et à la saillie des juments étrangères. Cela peut changer à tout moment, nous sommes dans le flou, mais l’activité est encore possible. »

Ce lundi, la Commission des étalonniers de la Fédération des éleveurs du galop a publié les recommandations suivantes :

"Afin de permettre la poursuite de la saison de monte, la Commission étalonniers de la Fédération des éleveurs du galop appelle l’ensemble des acteurs à respecter les mesures suivantes :

- Avant de se déplacer pour une saillie, prendre contact avec le haras et adresser par email toutes les informations sanitaires nécessaires (pas de remise de documents papiers sur place).

- À l’arrivée dans le haras, le chauffeur doit rester dans son véhicule et limiter au maximum le contact avec le personnel du haras. 

Concernant, ces recommandations Julian Ince explique : « Il faut éviter au maximum les contacts entre le personnel des haras et les personnes extérieures. Après chaque saillie, dans tous les haras français, la barre vétérinaire et la salle de monte feront l’objet d’une désinfection. L’envoi par email des documents nécessaires à la reproduction est un autre point important : il n’y aucune nécessité de voir du papier circuler de main en main. Tous les membres de Commission des étalonniers de la Fédération des éleveurs du galop s’accordent sur ces mesures qui apparaissent comme la meilleure manière d’assurer la sécurité sanitaire de notre activité. Dans ce contexte, il vaut mieux un excès qu’un déficit de précautions. »

Nicolas de Chambure : « Plus nous respecterons les directives des pouvoirs publics, plus rapidement cette crise se terminera »

Membre du Bureau de la Fédération des éleveurs du galop, Nicolas de Chambure nous a expliqué : « À cette date, les juments qui doivent être saillies à l’étranger sont en général déjà parties. Et les juments étrangères venant à la saillie en France sont déjà sur le territoire. En ce qui concerne les mouvements en France, nous sommes dans l’attente des annonces. Ce lundi, les saillies ont eu lieu et la Commission des étalonniers de la Fédération des éleveurs du galop a mis en place un protocole pour pouvoir continuer dans les meilleures conditions sur le plan sanitaire. Nous devons réduire au maximum le risque de transmission du virus dans notre activité. Mais à cette heure, nous sommes comme tout le monde en attente d’informations supplémentaires. » L’élu à France Galop poursuit : « Tout en essayant de maintenir une certaine continuité dans nos élevages, il est important que les professionnels prennent la pleine conscience de la gravité de la situation. Plus nous respecterons les directives des pouvoirs publics, plus rapidement nous verrons la fin de cette crise et le retour à la normale. »