La ferveur

05.03.2020

La ferveur

Voyager, c’est se confronter à la découverte. Y compris dans les courses. Mon métier de journaliste hippique m’a donné l’occasion de découvrir un certain nombre d’hippodromes et de grandes épreuves à travers le monde. J’ai eu la chance d’assister à plusieurs éditions de H.H. The Amir Sword Festival. Et à chaque visite sur le sol qatari, je mesure encore un peu plus la singularité de la filière hippique locale. Dans un monde qui s’uniformise, on ne peut que saluer les efforts de ceux qui veulent conserver une identité, un mode de vie et une langue qui leur est propre. Avec plusieurs décennies, les courses font partie de la culture locale. Et ce d’autant plus qu’il ne s’agit pas d’un simple copier coller du sport hippique tel qu’il est envisagé en Europe et aux États-Unis. Les gens de l’Émirat ont orientalisé le galop.

L’hippodrome de Doha est lui aussi assez différent de ce que nous connaissons en Europe. Il n’est pas immense et, dès l’aube, un nombre impressionnant de chevaux fréquente ses pistes. Le jour des grandes courses, l’ambiance y est électrique. Elle est même impressionnante. Et d’ailleurs, par manque de maturité sans doute, plusieurs concurrents européens du samedi de H.H. The Amir Sword Festival avaient perdu leurs moyens au paddock. Face à eux, une tribune pleine à craquer, avec un public chauffé à blanc par les duels entre jeunes cavaliers qui rythment chaque temps d’attente entre les huit courses officielles. Vers 16 h 30, la tension monte encore d’un cran. C’est l’heure de l’épreuve reine du programme local : H.H. The Amir Sword (Gr1 PA). La présence de l’émir et d’un impressionnant dispositif de sécurité y participe. Mais surtout, on peut ressentir, presque toucher du doigt, l’immense pression qui pèse sur les épaules des 10 partants. La foule, compacte, change elle aussi de comportement. Chacun mesure l’ampleur du défi face auquel Ebraz (Amer) se présente, dans le grand test de tenue des pur-sang arabes. S’il gagne, il rentre doublement dans l’histoire : en devenant le premier triple lauréat de H.H. The Amir Sword et le premier cheval à réussir une Triple couronne qui apparaît presque impossible sur le papier. Pendant le parcours, je me suis surpris à taper des pieds, à pousser ce cheval qui n’était pas le mien. Et il a gagné. L’équipe d’Al Shahania a exulté. Était-ce de la joie ? Du soulagement ? Ou les deux ? Je ne sais pas. Dans tous les cas, l’intensité de leurs effusions était incroyable. À la hauteur de l’exploit hippique et des milliers d’heures de travail qu’il représente. Celui qui aime les courses, celui qui aime les pur-sang arabes doit au moins une fois dans sa vie assister à H.H. The Amir Sword Festival !