Le 29 février, le monde des courses avait les yeux rivés sur Riyad

30.03.2020

Le 29 février, le monde des courses avait les yeux rivés sur Riyad

Une première édition d’un meeting international, c’est toujours une expérience à part. Adeline Gombaud et Debbie Burt sont parties à la découverte de ce qui constitue la grande nouveauté du sport hippique à l’international.

La première édition du meeting de la Saudi Cup a été très bien reçue par les professionnels et les médias. En dehors de la destination, ceux qui ont toujours connu le format de la Dubai World Cup n’ont pas été dépaysés. Ce dernier a clairement été utilisé comme modèle. Les travaux du matin où la presse peut dialoguer avec les entourages et voir les chevaux en action étaient au rendez-vous. Les courses en elles-mêmes, d’une grande qualité, ont été à la hauteur des allocations. La participation internationale fut forte dans toutes les courses. Mais Adrian Beaumont, qui dirige l’International Racing Bureau, précise : « L'Obaiya Cup était particulièrement relevée. Et beaucoup d’entourages de pur-sang arabes possédant des ratings élevés ont contacté l’International Racing Bureau des semaines à l’avance, en espérant obtenir une invitation. » Parmi les 14 partants, on trouvait deux chevaux venus de France, deux des Émirats Arabes Unis, trois d’Oman, ainsi que deux préparés sur place par le Britannique Phil Collington.

Un vrai rendez-vous international… L’absence d’une épreuve pour pur-sang arabes aurait été un grand manque lors de cette réunion de la Saudi Cup. Dès lors, la présence de l’Obaiya Cup (Arabian Classic) sur 2.000m faisait aussi écho à la Kahayla Classic, la grande course des pur-sang arabes lors de la réunion de la Dubai World Cup. Malgré la proximité avec le festival qatari de H.H. The Amir’s Sword, le champ de partants rassemblait des chevaux de premier plan. La présence de ces sujets confirmés au niveau Gr1 PA a donné une ampleur internationale à cette compétition. Tallaab Al Khaleidah (Jalnood Al Khalediah), pour sa rentrée, a réalisé une grande performance. Il n’avait pas été revu en compétition depuis sa victoire dans la Dubai Kahayla. Dans l’Obaiya Cup, il devançait (dans l’ordre) Hajres (Nizam) et Mashhur Al Khalediah (Jalnar Al Khalediah). L’Obaiya Cup, avec son allocation d’1,9 million de dollars, est à ce jour la plus richement dotée des courses pour pur-sang arabes. Mais pour l’instant, elle n’a pas le label Gr1 PA, compte tenu du fait qu’il s’agit de la première édition.

… mais une victoire locale. Lauréat de la première édition de l’Obaiya Cup (Arabian Classic), Tallaab Al Khalediah (Jallod Alkhalidiah) est l'un des meilleurs pur-sang arabes d'Arabie Saoudite – il a gagné trois fois la Prince Sultan Cup –, et son talent avait éclaté au grand jour quand il avait terrassé l'opposition dans la Dubai Kahayla Classic (Gr1 PA) en 2018. Cinquième de cette course l'an passé, il n'avait pas couru depuis. Son jockey, le Panaméen Roberto Perez, l'a pourtant monté de façon offensive, prenant ses responsabilités dès la sortie des stalles. Et Tallaab Al Khalediah s'est imposé en patron. Hajres (Nizam), entraîné par Élisabeth Bernard, s'est remarquablement défendu pour prendre une nette deuxième place. Jean-Bernard Eyquem, en selle sur Masshur Al Khalediah (Jalnar Alkhalidiah), est parvenu à conserver la troisième place. Aoun (Mahabb), autre représentant de l’entraînement français, a marqué le pas dans la ligne droite après avoir été vu aux avant-postes.

La grande performance d’Hajres. La présence de Christophe Soumillon et d’Hajres sur la deuxième marche du podium a la valeur d’une victoire internationale pour son entourage. Ce représentant d’Emadadein Alhtoushi est entraîné par Élisabeth Bernard. Christophe Soumillon était visiblement très fier de son partenaire et a déclaré : « Il est vraiment bien sorti des boîtes. Dans le virage, le cheval était sur le frein. J’ai eu peur d’avoir du mal à finir les 400 derniers mètres. Mais il n’a jamais arrêté d’avancer, jusqu’au bout. Il a été très dur aujourd’hui. C’est vraiment un cheval sympa. » Élisabeth Bernard était elle aussi enchantée. Elle a déclaré : « Ce cheval, c’est un véritable globetrotter, avec un très bon tempérament. Dans le camion, il dort, dans l’avion, il dort. Il est aussi très calme à la piste, très facile à entraîner. Hajres a été malchanceux après sa victoire dans le Prix Dormane (Gr3 PA), sa première sortie française, à l’âge de 4ans. Il est en effet tombé malade et n’a pas été bien pendant toute l'année après cela. »

Cette satisfaction était aussi partagée par Emadadein Alhtoushi, lequel est associé à Mohamed Essaied, l’éleveur d’Hajres. Mohamed Essaied était visiblement ému lorsqu’il a déclaré : « C’est quelque chose d’incroyable. Une expérience fantastique. Nous travaillons depuis 10 ans ensemble et, chaque jour, nous sommes plus performants que le précédent. Ce cheval ne fait que commencer son ascension. Les pur-sang arabes arrivent à maturité sur le tard, ils peuvent courir à 6ans, 7ans ou 8ans à ce niveau. »

Une compétition qui booste les infrastructures locales. La première édition du meeting de la Saudi Cup a fait l’unanimité parmi les entourages qui sont montés sur le podium. Le but est de participer au développement et à l’ouverture du pays, comme ce fut le cas avec la Dubai World Cup aux Émirats Arabes Unis. Adrian Beaumont a déclaré : « La mise en bouche du meeting fut le Kingdom Day, avec une compétition internationale de jockeys. Lisa Allpress et Sibylle Vogt ont passé le poteau en tête, et c’est Mike Smith qui a remporté le challenge. Ce fut un lancement parfait pour les compétitions du week-end. Le comité d’organisation de la Saudi Cup a fait un effort pour encourager la participation internationale. Aucun frais n’était facturé à l’entourage des participants. Les propriétaires, entraîneurs et jockeys ont volé en business class, avant de se voir offrir l’hébergement. De même, le transport des chevaux et des grooms a été pris en charge. » Concernant les installations, il a déclaré : « Les participants ont été logés dans des barns de quarantaine sécurisés et aérés, où ils avaient accès à des paddocks de gazon. Mais aussi à une piste d’entraînement dédiée. La piste en dirt et celle en gazon étaient à leur disposition. Les grooms ont été logés sur site, dans un complexe élégant et moderne, où ils avaient accès au club house", avec restaurant et salle de sport. » Phil Collington, installé à Newmarket, avait engagé deux concurrents pour Athbah Stud : Medhaaf Athbah (Amer) et Mashhur Al Khalediah. C’est un habitué des pays du Golfe, ayant travaillé par le passé à Dubaï avec Gill Duffield, alors tête de liste des entraîneurs de pur-sang arabes en Grande-Bretagne, et à présent de manière régulière en Arabie Saoudite. Phil Collington explique : « Le climat est très proche et nous ne sommes qu’à une heure de Dubaï. Les installations étaient assez limitées lors de mon premier séjour à Riyadh, mais elles ne cessent de s’améliorer. Bien sûr, la Saudi Cup a fait progresser les choses à grande vitesse. C’est mon troisième hiver ici : je sais ce qu’il faut emporter pour les chevaux et ce que je peux trouver sur place. Au départ, nous sommes venus pour la Prince Sultan Cup à Al Khalediah. Mes pensionnaires ont été deux fois troisièmes de cette course, notamment Mehdaaf Athbah l’année dernière. Mais cette année, notre objectif était l’Obaiya Cup. » 

L’avis de Jean Bernard Eyquem. Ces deux chevaux sont des voyageurs aguerris. Mehdaaf Athbah a gagné sur le sable en Belgique. Mashhur Al Khalediah a remporté la Jewel Crown à Abu Dhabi, offrant un premier Gr1 PA à son entraîneur. Les six dernières semaines de préparation ont été supervisées par Jean Bernard Eyquem, l’entraîneur a été amené à effectuer de nombreux déplacements entre Riyadh et Newmarket. Le jockey a déclaré : « Je montais les deux le matin. Pour sa première course ici, [la Prince Sultan Cup, ndlr], Mashhur Al Khalediah n’était pas complétement prêt. Il a fallu changer son programme pour qu’il soit à 100 % le jour J. Nous n’avons eu qu’à maintenir Mehdaaf Athbah dans son état de forme, c’est-à-dire en bonne condition. Je pense que Mashhur Al Khalediah est le meilleur pur-sang arabe au monde sur le mile en ce moment. Il a parfaitement bien couru aujourd’hui, mais c’était trop long pour lui. C’est ma première expérience en Arabie Saoudite. J’ai monté dans de nombreux pays et je pense qu’ici, les courses sont similaires à celles des États-Unis. Le train de course impose des épreuves plus tactiques en France. Ce n’est pas la même chose ici. J’avais l’avantage de monter à l’entraînement ici tous les matins pendant des semaines. Je connais donc bien la piste en dirt. J’apprécie ce pays, même si la transition entre l’Europe et ici peut être brutale. Il faut mettre de côté ses habitudes, comme le fait de sortir boire un verre avec ses amis. Mais après six semaines, on s’adapte à ce qui devient la norme. À présent, l’Arabie Saoudite, c’est ma deuxième maison. Habituellement, il n’y pas de grandes courses ici, en dehors de la Sultan Cup. Peut-être les gens vont-ils s’arrêter au niveau des allocations pour l’instant. Mais j’espère que, comme ce fut le cas à Dubaï avec la World Cup, leur point de vue va évoluer. »

Les courses saoudiennes en chiffres. Les courses en Arabie Saoudite existent depuis la nuit des temps, mais elles se sont réellement structurées à l'après-guerre, avec des pur-sang arabes. Depuis 1987, les membres dirigeants ont décidé de passer aux pur-sang anglais : en 2017, le pays comptait 5.445 juments, 595 étalons, et enregistrait 1.993 naissances.  Le propriétariat se divise en deux catégories. La première regroupe les membres de la famille royale, qui sont une petite douzaine à s'intéresser aux courses, et quelques hommes d'affaires très importants. La seconde est constituée par les Bédouins, qui sont aussi entraîneurs et éleveurs de chevaux. C'est leur outil de travail et ils vivent de la vente, soit de yearlings, soit d’amiables à l’entraînement.  Parallèlement, des courses d'arabes ont lieu sur l'hippodrome d'Al Khalidiah, réservées aux chevaux élevés sur place. Le prince Khaled bin Sultan bin Abdulaziz, propriétaire d'Al Khalidiah, a voulu redévelopper les courses de pur-sang arabes. Il est à la tête d'un élevage très important, avec plus de 800 chevaux et beaucoup d'origines françaises au départ. Depuis une demi-douzaine d'années, il organise des ventes aux enchères. Et cette année, le roi et le prince MBS ont décidé de relancer les courses d'arabes à Janadriyah.