LE MAG - Triple couronne : Go and Go, il faut y aller !

International / 04.03.2020

LE MAG - Triple couronne : Go and Go, il faut y aller !

Il y a trente ans en Europe, le sable était utilisé pour faire des châteaux sur la plage. Mais pas pour courir les chevaux, sauf les "mauvais" pendant l’hiver. Et pourtant : il y a trente ans, le 9 juin 1990 précisément, Go and Go (Be my Guest) a donné à l’Europe son seul et unique succès dans une course de la Triple couronne en remportant les Belmont Stakes. Battre les Américains sur le dirt ? Oui, c’est possible !

Par Franco Raimondi

Go and Go, le dirt par hasard. Pour offrir à l’Europe un premier succès dans la Triple couronne, il fallait un entraîneur sans frontière. Et Dermot Weld, fort des essais précédents de ses confrères européens, avait bien compris que la bonne course pour réaliser l’exploit était les Belmont Stakes, la troisième étape de la Triple couronne. Mais, pour cela, il faut aussi le cheval capable d’aller chatouiller les Américains. Cela tombe bien : Dermot Weld l’avait ! Go and Go avait montré des moyens à 2ans en ouvrant son palmarès lors du Festival de Galway, un meeting fétiche pour Weld, et s’était imposé ensuite dans les Tyros Stakes, une course qui est maintenant parée du label Gr3. Il était un peu barré face aux meilleurs en Europe et l’entraîneur avait décidé de l’envoyer aux États-Unis pour le Laurel Futurity (Gr1), une course de fin saison sur le gazon remportée deux ans plus tôt par Jonathan Pease avec Antiqua (Lypheor).

Mauvaise surprise : la course, suite à de fortes pluies qui avaient dégradé le gazon, fut transférée sur le dirt. Bonne surprise : Go and Go était heureux comme un poisson dans l’eau sur le dirt et il a gagné. Deux semaines, après Dermot Weld l’a couru dans la Breeders’ Cup Juvenile (Gr1). C’était trop lui demander, surtout parce que Gulfstream Park et sa chaleur ne sont pas un favorables aux européens.

Un trial raté et l’aventure. L’élève du Moyglare Stud est retourné en Irlande et son programme était d’aller sur le Derby d’Epsom. Go and Go a fait une rentrée dans une Listed, sur le mile, sur l’hippodrome désormais disparu de Phoenix Park. Il a été ensuite dirigé sur le Leopardstown Derby Trial (Gr2). Weld s’attendait une victoire pour décrocher le ticket pour Epsom mais Go and Go a couru mollement, en se classant quatrième bien battu. Il fallait changer d’objectif, et très vite. Go and Go avait montré bien se sortir du dirt : il a été engagé dans les Belmont Stakes.

Dermot Weld a attendu le tout dernier moment… Il a préparé le poulain en Irlande et l’a envoyé à Belmont Park trois jours avant la course. Il y avait un grandissime favori, le lauréat du Kentucky Derby Unbridled (Fappiano), mais il ne pouvait pas courir avec le Lasix à Belmont ! La course s’est déroulée à un train régulier et Mick Kinane a attendu patiemment derrière les animateurs, Thirty Six Red (Slew O’Gold) et Baron de Vaux (Val de l’Orne). Et lorsqu’il a constaté qu’Unbridled n’avançait pas, il a appuyé sur la touche… Go !

Le poulain irlandais est parti et a gagné par plus de huit longueurs. La presse de New York a tapé sur Unbridled, transformé de héros à cheval moyen par l’absence de Lasix. Mais quelques mois plus tard, sur le même hippodrome de Belmont et sans Lasix, il a pris sa revanche en remportant la Breeders’ Cup Classic.

Pour revoir les Belmont Stakes de Go and Go, cliquez ici.

Bold Arrangement, un miracle Brittain presque réussi. Avant Dermot Weld, les entraîneurs du Vieux Continent avaient déjà commencé à construire leurs châteaux de sable, bien avant l’arrivée des premières pistes en sable fibré. Battre les américains sur leur dirt bien aimé ? Cela s’annonçait possible… Mais il fallait avoir du courage !

Clive Brittain en avait plein et, en 1986, il n’avait pas hésité au moment de choisir le programme de son meilleur 3ans, Bold Arrangement (Persian Bold). Il était bon, mais pas assez pour rivaliser avec un certain Dancing Brave (Lyphard)… Alors, pourquoi ne pas aller aux États-Unis ? L’entraîneur a préparé son poulain pendant l’hiver en le galopant sur une piste de Newmarket composée par un mélange de coquilles et sable qui, selon l’entraîneur, était proche du dirt. Bold Arrangement, après une course de rentrée dans la première réunion anglaise sur le gazon, est monté dans un avion pour le Kentucky. Il a fait ses débuts sur le dirt avec une troisième place dans les Blue Grass Stakes (Gr1) à Keeneland et il s’est aligné au départ du Kentucky Derby. Bold Arrangement était le premier européen à oser relever un tel défi et, pendant un instant, à la fin du dernier tournant, il faisait figure de gagnant. C’était sans compter sur les deux vieux diables Charlie Whittingham et Bill Shoemaker, avec Ferdinand (Nijinsky).

Avec les règles de quarantaine, Bold Arrangement a dû retourner en Angleterre et il a continué sa campagne classique en passant par Epsom, puis les Eclipse, les Sussex, les International Stakes et le Prix du Moulin de Longchamp. Il a tout de même fini par retourner aux États-Unis pour la Breeders’ Cup Classic à Santa Anita il fut accompagné par deux français : la championne Triptych (Riverman), entraînée par Patrick Biancone, et Iades (Shirley Heights), qui portait la casaque de la Razza Dormello Olgiata et était entraîné par François Boutin.

Pour revoir le Kentucky Derby 1986, cliquez ici.

Biancone, Le Voyageur. Il fallait choisir la bonne course – celle dans laquelle les américains étaient plus vulnérables –, et le bon cheval. En 1989, Patrick Biancone avait sous ses ordres Le Voyageur, un fils du lauréat de la Triple couronne Seattle Slew et de la championne Davona Dale, qui avait gagné les Kentucky Oaks et toutes les grandes courses pour les pouliches de 3ans. En France, le poulain ne s’amusait pas trop sur le terrain lourd de début de saison. Voilà alors le coup de génie : tenter sa chance dans les Belmont Stakes ! Car les deux monstres Sunday Silence (Halo) et Easy Goer (Alydar) s’étaient donnés à fond dans le Kentucky Derby et les Preakness Stakes, deux courses très dures. Et les Belmont pouvaient se transformer en la course de trop pour les deux poulains. Les 2.400m sont toujours un long voyage pour les américains, surtout que le Lasix était interdit à l’époque dans l’État de New York.

C’était bien joué… Mais malheureusement pour Le Voyageur, Sunday Silence et Easy Goer étaient deux cracks. Ce dernier a enfin pris sa revanche sur son meilleur ennemi et Le Voyageur a décroché la troisième place, à une longueur de Sunday Silence, celui qui a changé ensuite l’histoire de l’élevage japonais. Patrick Biancone avait sorti un lapin de son chapeau et Le Voyageur a couru la meilleure course de sa vie ce jour-là. Avant de prendre le chemin du Venezuela pour sa carrière d’étalon.

Pour revoir les Belmont Stakes 1989, cliquez ici.

Arazi, Sheikh Albadou, Arcangues… C’est lors de la Breeders’ Cup 1991 que François Boutin, avec Arazi (Blushing Groom), et Alex Scott, avec Sheikh Albadou (Green Desert), ont montré qu’un 2ans ou un sprinter européen pouvait battre les américains sur leur terrain. En 1993, André Fabre avait envoyé Arcangues (Sagace) à Santa Anita pour remporter la Breeders’ Cup Classic. C’était le 6 novembre, quatre jours après le succès historique de Dermot Weld avec Vintage Crop (Rousillon) dans la Melbourne Cup (Gr1)…

Les courses sont devenues un sport sans frontières au fil des trente dernières années et plusieurs européens ont joué leur chance dans les courses de la Triple couronne. Mais il faut remonter à ce 9 juin 1990 pour trouver une victoire, celle de Go and Go. Une incitation plus qu’un nom !