LE MAGAZINE - Anne-Sophie Pacault : « À l’image de Nicolas de Lageneste, j’aime travailler avec des hommes de chevaux »

Courses / 19.03.2020

LE MAGAZINE - Anne-Sophie Pacault : « À l’image de Nicolas de Lageneste, j’aime travailler avec des hommes de chevaux »

Samedi dernier, Anne-Sophie Pacault s’est imposée pour la première fois au niveau Groupe en obstacle grâce à Grand Messe (Network), lauréate du Prix d’Indy (Gr3). Grâce à un effectif de qualité, la professionnelle mansonnienne peut espérer monter encore plus haut d’ici la fin de l’année.

Par Alice Baudrelle

Jour de Galop. – Comment Grand Messe est-elle rentrée de sa course ?

Anne-Sophie Pacault. – Elle est très bien rentrée. Aujourd’hui, il est difficile d’établir un programme avec l’arrêt des courses, mais elle aurait certainement couru le Prix de Pépinvast (Gr3), qui était prévu le 4 avril.

Comment est-elle arrivée dans votre écurie ?

Je l’avais vue en début d’année lorsqu’elle avait 2ans, chez son éleveur-propriétaire, Nicolas de Lageneste. J’avais eu un vrai coup de cœur pour elle. Elle a un truc en plus, qui est difficile à expliquer. Sa tête, son physique, sa prestance… Elle dégage quelque chose de spécial. Nicolas, qui est un grand homme de cheval, m’avait emmenée voir tous ses chevaux dans les prés ce jour-là. Il a observé mes réactions, et quand il m’a vue craquer pour Grand Messe, il m’a fait un sourire et m’a dit qu’elle m’était réservée !

Vous semblez avoir établi une remarquable relation de confiance avec Nicolas de Lageneste. Comment l’avez-vous connu ?

Je connais Nicolas depuis près de 20 ans. J’ai eu la chance de monter pour lui, lorsque j’étais cavalière. En 2008, j’ai notamment gagné pour lui en selle sur Rien de Plus (Vidéo Rock), qui était une jument particulière. Cette victoire a eu une saveur spéciale. J’aime bien les chevaux particuliers ! J’ai ensuite eu la chance d’entraîner une fille de Rien de Plus, Carte sur Table (Poliglote), qui m’a offert mon premier Groupe en 2017 dans le Prix Glorieuse (Gr2 AQPS), à Saint-Cloud. Avec Nicolas, nous avons établi une vraie relation de confiance : il est plus qu’un propriétaire, il fait partie de la famille ! Nous sommes très proches.

Outre Grand Messe, il vous a aussi confié Fidèle au Poste et Bosseur, qui devraient faire parler d’eux cette année dans les bonnes courses…

J’aime les challenges, les choses un peu atypiques. M’occuper de Bosseur (Coastal Path) était un vrai challenge car il fallait réussir à le ramener à la compétition, et ce n’était pas gagné. Le deuxième challenge était de réussir à le faire gagner à nouveau, ce qu’il a fait en s’imposant à Fontainebleau, le mois dernier. Le cheval s’est ensuite classé quatrième du Prix Hubert d’Aillières (L), et je suis sûre qu’il peut faire encore mieux. Quant à Fidèle au Poste (Saint des Saints), c’est un bon cheval. Il avait eu une tendinite après sa victoire dans le Prix Univers II (L), en 2019, et a fait une bonne rentrée à Auteuil il y a deux semaines, bien qu’il se soit montré un peu fougueux. Ce jour-là, il s’est classé troisième du Prix Cousin Pons, pour ses débuts en steeple. Il fait partie de mes espoirs pour les bonnes courses.

Autre propriétaire important, Philippe Michenot, du haras de Beauvoir, vous a confié six chevaux. Notamment Spirit Sun, lauréat du Prix Air Landais (L) en 2019, qui est revenu à l’entraînement récemment…

Spirit Sun (Zambezi Sun) est revenu mi-janvier. Il s’était fait mal aux cervicales lors de sa chute, dans le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1). Il a d’abord fait trois semaines de marcheur, et récemment, il a repris les canters. Il est bien, il est beau. J’ai également reçu Middle (Smadoun) dans mes boxes, ce qui représente un autre défi ! Il a prouvé sa qualité en gagnant notamment le Prix Wild Monarch (L), mais il a eu une tendinite. Là, il revient après deux ans d’absence. C’est un cheval assez compliqué, et allant.

Dans votre effectif, on note également la présence de plusieurs nouveaux clients, comme Franck Deliberos…

Oui, Franck Deliberos m’a envoyé Hohice (Montmartre), une sœur de Fou Délice (Poliglote), qui vient de se classer cinquième du Prix Troytown (Gr3). Je travaille aussi avec des clients irlandais, à l’image de Walter Connors, Carolyn Hyde ou encore John Halley. Ils m’ont été présentés par Seamus Murphy, qui fait également partie de mes clients. Ils me confient de jeunes chevaux dans le but d’optimiser leur première course, afin de pouvoir les vendre ensuite. Il y a un an, j’ai commencé une association avec le haras des Sablonnets, et ça me plaît bien. Ce sont des gens avec qui j’adore travailler. En 2019, j’ai obtenu de bons résultats avec leur ancienne représentante, Tombée du Ciel (Zanzibari), qui s’est notamment classée troisième du Prix Girofla (L). La jument a ensuite été vendue et exportée en Angleterre. Cette année, je vais pouvoir compter sur son frère, Ciel en Fête (Red Dubawi).

Parmi vos jeunes chevaux, avez-vous des espoirs ?

Outre Ciel en Fête, j’ai plusieurs jeunes sur lesquels je fonde des espoirs. Halifax (Saddler Maker) et Arctic Warrior (Pastorius) sont des chevaux sympathiques, qui appartiennent tous les deux à Walter Connors. L’écurie de groupe Performer’s & AS vient de s’associer avec moi sur One Story (Spirit One), qui a été coélevée par Valentin Bérouard, le responsable du haras des Sablonnets : il s’agit d’une pouliche prometteuse. Hurdle Work (Network), que je détiens en association avec le haras des Sablonnets, est une AQPS bien née, puisqu’elle est issue d’une sœur de Vieux Morvan (Voix du Nord), double gagnant de Listed à Auteuil et deuxième des Prix Murat et Georges Courtois (Grs2). En termes de qualité, mon effectif s’est bien amélioré.

Actuellement, vous avez un effectif de 27 pensionnaires. Aimeriez-vous vous agrandir ?

Mon écurie est pleine, puisque je dispose de 27 boxes. J’aurais dû recevoir de nouveaux arrivants, mais bon, au vu de la crise actuelle… Je pourrais m’agrandir un tout petit peu, mais je n’ai pas envie d’avoir une grosse écurie. Je veux pouvoir continuer à monter à cheval, et être proche de mes chevaux. Une trentaine de pensionnaires, c’est suffisant pour moi. J’ai eu l’opportunité d’acheter mon écurie à Maisons-Laffitte, en mars 2017, après avoir dû changer d’écurie à plusieurs reprises ; il n’y avait pas de possibilité de location de boxes auprès de France Galop, qui ne voulait pas délivrer de bail aux nouveaux entraîneurs. Je pense que j’ai fait un investissement immobilier intéressant, car nous sommes situés tout près de Paris ! Et je dispose d’un vrai outil de travail, avec un marcheur.

Vous êtes installée entraîneur public depuis mars 2015. Quel bilan tirez-vous de ces cinq années d’activité ?

Financièrement parlant, c’est de mieux en mieux, année après année. Aujourd’hui, je suis contente d’avoir trouvé des clients avec lesquels je fonctionne bien. Cela n’a pas été évident de me faire ma place, mais il y a désormais un climat de confiance. C’est sympa de travailler aussi avec des propriétaires qui font de l’élevage, et de suivre les produits des chevaux qu’on a entraînés… De manière générale, j’aime travailler avec des hommes et des femmes de chevaux.

Quel impact l’arrêt des courses, qui a été prononcé lundi dernier, a-t-il eu sur votre écurie ?

Je pense mettre l’un de mes salariés au chômage technique, mais pour le reste, tout va continuer comme avant. Je vais peut-être y perdre, mais je veux que mes chevaux soient prêts pour la reprise des courses. J’ai la chance d’avoir pas mal de clients, et de ne pas tout assumer toute seule. Je les ai tous appelés lundi, et je leur ai laissé le choix de récupérer leurs chevaux, ou non. Ils ont confiance en moi et ont décidé de me les laisser. Au niveau de l’entraînement, ça ne change pas grand-chose. On fait plus de fond et moins de vitesse, mais on continue afin de préparer un retour à la normale.