Le monde des courses fait face à la pandémie

Courses / 13.03.2020

Le monde des courses fait face à la pandémie

Un même virus paralyse la planète et ses courses. Mais chaque pays réagit à sa manière. Nous vous proposons un tour d’horizon des solutions choisies par chaque nation hippique.

Par Franco Raimondi

La solution du huis clos, avec des restrictions plus ou moins sévères, est la plus courante des solutions à travers le monde… sauf en Angleterre. Outre-Manche, en attendant une rencontre avec les élus ce vendredi, la politique choisie, c’est business as usual. Néanmoins, la Premier League de football a décidé d’arrêter son championnat jusqu’au 3 avril et la grande machine à sous que constitue l’UEFA a suspendu les coupes en attente d’un miracle. En France, en Irlande et en Allemagne, on court donc à huis clos. Mais aussi en Argentine, où ce samedi le Gran Premio LatinoAmericano (Gr1), avec à la clé 500.000 $ (445.000 €), une fortune là-bas, sera couru sans personne dans les tribunes.

Blocage total en Italie. Mes vieux professeurs m’ont toujours dit : « Même pendant la guerre, San Siro n’a jamais fermé. » Cette fois, c’est une guerre bien différente que nous menons, face à un ennemi bien caché… La première réunion – ce dimanche à Milan – était programmée pour la fête du printemps. Verdict ? Pas de courses, comme dans tout le pays, et jusqu’au vendredi 3 avril, dans le meilleur des cas. L’Italie est le seul pays majeur du galop qui est forcé de bloquer toute l’activité hippique. C’est logique puisque c’est le premier affecté en Europe par le coronavirus. Les dégâts d’un mois sans courses, et donc sans paris, pèseront lourd au moment de boucler le budget. Si l’on veut être optimiste, on peut se consoler en pensant que l’Italie sera peut-être aussi le premier pays à sortir de la tempête… où elle est entrée en premier. Ainsi, la saison classique ne serait pas trop affectée.

World Cup à huis clos… mais avec qui ? Il est sûr et certain que la Dubai World Cup sera courue à huis clos. Mais avec quels chevaux et quels jockeys ? Les chevaux peuvent voyager mais les hommes ? L’autorité sanitaire de Dubaï aurait décidé d’imposer une quarantaine de 14 jours à tous les voyageurs en provenance de Hongkong, du Japon et de la France ayant des partants dans la grande réunion. Le Hong Kong Jockey Club a déjà posé la question à l’Emirates Racing Authority. Mickaël Barzalona s’est envolé pour Dubaï ce mercredi, sur demande de Godolphin et par précaution. Les autres professionnels français attendent d’en savoir plus et Christophe-Patrice Lemaire, qui doit monter la championne Almond Eye (Lord Kanaloa), a été déclaré partant sur plusieurs chevaux au Japon ce week-end.

Osarus décale, Arqana temporise. Keeneland a déjà annoncé l’annulation de la vente breeze up et chevaux à l’entraînement, à l’affiche le 7 avril. Il s’agissait d’une petite séance avec 191 sujets au catalogue. Aux Etats-Unis, la première grande breeze up est celle d’Ocala, les 17 et 18 mars, avec une offre de 681 lots. Ce jeudi, les premiers ont breezé, mais le problème est que l’année dernière les acheteurs étrangers ont investi presque 6,5 millions (5,78 M€), c’est-à-dire 15 % du chiffre d’affaires. Osarus a décidé de décaler sa breeze up d’un peu plus d’un mois, les 12 et 13 mai. Arqana de son côté est au travail. La breeze up de Deauville est programmée les 8 et 9 mai. Éric Hoyeau nous a dit : « Le catalogue sera en ligne le 25 mars. Cela donne le temps de suivre l’évolution des choses. Cette vente est très importante. D’ici huit semaines, nous avons du temps. » C’est plus serré pour Tattersalls et sa Craven breeze up, du 13 au 15 avril. Tattersalls Ascot propose un catalogue de 95 sujets le mercredi 1er avril. Goffs UK a fixé sa breeze up avec 165 sujets le 22 avril.

Les restrictions sanitaires font courir un grand risque à la vente de yearlings d’Inglis Easter. L’année dernière, les investisseurs étrangers ont dépensé 24,22 millions de dollars australiens (13,75 M€), soit 21 % du chiffre d’affaires… Plusieurs propriétaires de Hongkong avaient acheté avec des courtiers australiens, mais sur ce sujet il faut aussi considérer l’impact psychologique du virus. Un manque de confiance peut ralentir les investissements. C’est un état de guerre, sans bombes mais avec un ennemi masqué qu’on ne connaît pas.     

Hongkong assouplit (très peu) ses règles. C’est le premier pays qui a choisi de courir à huis clos. Et Hongkong a quelque peu assoupli ses règles cette semaine. Les agences course par course restent fermées tout comme les guichets des hippodromes. Quelques propriétaires avec des tables déjà réservées seront admis à Sha Tin mais en respectant les procédures (masques, distance de sécurité). Pour le grand public, il ne reste qu’à regarder les courses à la télé et à parier sur Internet. Même si l’addition sera lourde, l’éternel optimiste que je suis vous dira que 75 % des enjeux sont digitaux. Et lors des deux dernières réunions on a enregistré une reprise.

L’Australie est divisée en deux. Le gouvernement australien a annoncé qu’à partir du lundi 16 mars tous les rassemblements de plus de 500 personnes seront interdits. Ce week-end, deux grandes courses sont à l’affiche : l’All Star Mile à Melbourne et le Coolmore Classic (Gr1) à Sydney. Les autorités hippiques des deux régions ont réagi de façon bien différente. La réunion de samedi à Caulfield, celle de l’All Star Mile, et la nocturne du vendredi à Moonee Valley se tiendront à huis clos. La règle du business as usual sera appliquée à Rosehill et les dirigeants de Racing New South Wales ont déclaré : « Les rassemblements de plus de 500 personnes sont interdits à partir de lundi. Donc aucune restriction ne sera appliquée aux courses de ce week-end. »

Le Kentucky Derby pourrait être décalé. Les États-Unis se sont résolus à la politique du huis clos. Les spectateurs ne seront pas admis à Santa Anita, Golden Gate, Aqueduct et – décision de ce vendredi – à Gulfstream Park. Le meeting de printemps de Keeneland, dont le coup d’envoi est prévu le 2 avril, se tiendra sans spectateurs avec l’option d’ouvrir aux turfistes à partir du 15 avril si la situation s’améliore. Le risque est que le coronavirus puisse affecter aussi le Kentucky Derby. L’hippodrome de Churchill Downs a déclaré : « La course est dans sept semaines et une décision sera prise à l’approche de la date (samedi 2 mai NDLR) avec la possibilité de décaler l’évènement plus tard dans la saison. » Le poids économique du Kentucky Derby, avec ses plus de 150.000 spectateurs, est très important pour Louisville.