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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Les transporteurs tentent de tracer la route… tant bien que mal

Élevage / 24.03.2020

Les transporteurs tentent de tracer la route… tant bien que mal

Les courses hippiques de galop sont à l’arrêt quasiment partout en Europe, le commerce aussi… Les transporteurs continuent malgré tout de tracer la route pour l’élevage, même si certains d’entre eux ont vu leur activité s’arrêter brusquement, d’autant plus que le monde de l’équestre est lui aussi en suspens.

S.T.H. Hipavia

Basé à Lamorlaye

Vincent Gastebois : « Sur Lamorlaye, nous tournons avec un tiers de nos effectifs. Notre activité se concentre désormais sur les transferts pour l’élevage, de la Normandie vers le Royaume-Uni ou l’Irlande. Il y a encore un peu de chevaux que nous arrivons à faire partir en avion vers d’autres destinations d’Europe. C’est fini en ce qui concerne les États-Unis ou le Moyen-Orient.

Nous essayons de laisser à nos chauffeurs le même camion, ce que nous faisons moins d’habitude. Le chauffeur doit toujours désinfecter son camion en temps normal et ils le font toujours avec attention, que ce soit dans la cabine chevaux ou la cabine conducteur et passager. Les règles sont de ne plus avoir de contact extérieur : plus de passagers dans la cabine chauffeur, d’autant que ceux qui accompagnent les chevaux ont un espace réservé, plus de contact avec le personnel des haras qui charge et décharge les chevaux. Nous avons fourni gants et masques, mais nous sommes en pénurie de ces derniers à Lamorlaye, ainsi que du gel hydroalcoolique. Évidemment, c’est un peu frustrant car l’attrait du métier vient aussi des interactions sociales mais tous les gestes barrière sont respectés. La situation sur les routes n’est pas facile, avec beaucoup de stations-services fermées et l’ensemble de la corporation des transporteurs subit malheureusement cela. Dans l’ensemble, la majorité de nos conducteurs souhaitaient poursuivre le travail mais nous avons dû choisir, au cas par cas, et en comprenant parfaitement ceux qui souhaitaient arrêter. »

S.T.H. Hipavia - Sud-Ouest

Basé à Pau

Claude Vidal : « Il y a évidemment un grand manque à gagner avec l’absence de courses. Au niveau de l’élevage, l’activité se poursuit mais elle est tout de même réduite par rapport à l’an dernier. En 2019, nous avions transporté 280 juments du Sud-Ouest vers la Normandie et je pense que nous serons autour de 150 cette année. Environ 50 % de nos équipes sont en chômage partiel : certains préféraient ne pas continuer et nous le comprenons totalement, d’autres étaient volontaires. Ce n’est pas simple pour les chauffeurs : ils sont sur la route et la plupart des stations-services étant fermées, les endroits manquent pour prendre des douches ou trouver de l’alimentation. Les clients jouent le jeu et nos chauffeurs ne sortent pas du camion. Le travail administratif est fait en amont. Ils sont équipés de gants, de masques, mais qu’ils ne changent pas toutes les quatre heures, ou encore de gel hydroalcoolique, même si nous n’en avons plus beaucoup désormais. Nos chauffeurs n’ont pas de camion attitré mais utilisent souvent le même. Ils font extrêmement attention à la propreté des véhicules : ils désinfectent tout l’intérieur après chaque utilisation, du volant au levier de vitesse. Nos camions étaient déjà propres mais ils ne l’ont jamais été autant ! »

S.T.C. Horse France - S.T.C. Sud Ouest

Basé à Chantilly et à Pau

Fathi Rojbani : « Nous continuons les transports pour l’élevage vers l’Angleterre et l’Irlande. Les camions circulent encore. Nous avons aussi un peu de transports du Sud-Ouest vers la Normandie. J’ai cependant mis deux ou trois personnes en chômage partiel, ainsi que le salarié qui s’occupe de notre écurie de transit : j’y suis au moment où vous m’appelez et je m’en occupe, nous n’avons que trois chevaux actuellement. Évidemment, notre activité est impactée puisque, en dehors de l’élevage, il n’y a rien. Nous n’avons plus de chevaux à transporter liés au commerce. Je n’ai pas encore fait le calcul du chiffre d’affaires du mois mais, évidemment, il sera en baisse.

Pour mes chauffeurs, nous avions des masques et du gel hydro-alcoolique, mais nous en manquons désormais et il n’est pas possible d’en trouver. J’aurais aussi aimé qu’ils puissent bénéficier de combinaisons jetables : il n’y en a pas et nous avons vu que les hôpitaux ont malheureusement ce problème de pénurie aussi. Mes employés jouent le jeu, avec toutes les précautions nécessaires. Nous leur avons demandé ce qu’ils souhaitaient faire et si certains ne veulent pas poursuivre car ils ont peur, alors c’est totalement compréhensible. Les employés sont volontaires : j’en ai un qui a la grippe, pas le coronavirus, et qui va mieux et souhaitait reprendre le travail par exemple, mais je lui ai imposé quatorze jours chez lui. C’est déjà assez compliqué, il faut être le plus prudent possible. Le gouvernement a demandé à ce que les employeurs versent une prime aux salariés : S.T.C. fera ce geste.

Nos clients jouent le jeu aussi et il est clair que s’ils ne le faisaient pas, alors nous n’irions pas chez eux. Nous sommes en diapason avec les autres transporteurs sur les règles à respecter, et ce dès le premier jour. Pour le reste, j’ai des contrats avec un marchand de pneus et mon garagiste reste disponible en cas d’urgence. Nous vivons au jour le jour, selon les annonces. »

A.T.C. Location

Basé dans les Yvelines

Kevin Morizé : « La situation est simple : nous avons tout arrêté. J’ai placé l’équipe au chômage partiel et un chauffeur vérifie les camions. Cela ne servait à rien de continuer : il n’y a plus de courses. Nous travaillons aussi beaucoup pour l’équestre et, de ce côté-là également, tout est à l’arrêt. La semaine dernière, nous avons donc transporté les chevaux parisiens pour les envoyer au pré et, vendredi, nous avons fermé. Je n’ai quasiment pas de client dans l’élevage et, avec une possible fermeture des frontières à venir, je ne veux pas envoyer des camions qui pourraient être bloqués avec des juments en Irlande ou en Angleterre. La situation est donc compliquée mais je pense aussi aux propriétaires ou aux entraîneurs propriétaires qui, sans course, n’ont pas de rentrées d’argent. »

Jean-Michel Véran

Basé à Hyères

« Quatre-vingts pour cent de mon activité se fait avec France Galop… Lorsque les courses reprendront, mon activité va redémarrer. Mais d’ici là, nous avons des échéances qu’il faut bien payer. Mon entreprise a été créée en 1962 par mon père et j’ai repris l’affaire en 1992. Et voilà où nous en sommes aujourd’hui ! Mes camions sont à l’arrêt, tout mon personnel est au chômage partiel et la situation me dépasse. Nous avons fait des investissements dans du matériel qui coûte extrêmement cher et j’espère que les courses vont rapidement reprendre pour notre activité. Nos véhicules sont stationnés dans un centre d’entraînement et nous ne savons pas ce qui peut se passer. Je crains de me faire voler mon carburant… On peut s’attendre à tout ! Le secteur économique des chevaux fait vivre beaucoup de monde et nous ne devons pas baisser les bras. Depuis mon plus jeune âge, je suis dans le monde hippique et aujourd’hui, je me retrouve cloisonné, à ne plus pouvoir circuler, je ne vois plus les chevaux et mon moral n’est pas au mieux. Je suis de tout cœur avec les dirigeants de France Galop et dans cette crise, tous mes confrères, entraîneurs, propriétaires, éleveurs et cavaliers doivent être solidaires. Il est aussi très important de souligner le travail remarquable des professeurs, médecins, aide-soignants et tout le corps médical qui sauvent les personnes malades et qui font en sorte d'éradiquer le virus. Nous devons les aider en retour en restant à la maison. »

T.H.R.P.

Basé à Maisons-Laffitte

Romain Perruchot : « Nous sommes encore en activité et nous avons besoin d’une attestation de travail pour circuler librement en France avec les camions. L’entreprise est basée à Maisons-Laffitte et pour l’instant, nous évitons de nous rendre dans la zone est de Paris. Nous travaillons avec beaucoup de professionnels des écuries de course et également des propriétaires de chevaux de loisir. Avec le confinement, ils se retrouvent bloqués et ne peuvent plus accéder aux écuries. De ce fait, il y a des demandes pour mettre les chevaux au repos. Nous sommes là pour assurer leurs transferts. »

Taxi Chevaux

Basé dans l’Orne

Michel Hernibinière : « Mon activité continue, mais au ralenti, seulement pour des déplacements un peu urgents. Les gens ont du mal à soigner leurs chevaux en région parisienne en ce moment et veulent les rapatrier en Normandie. J’interviens donc dans ce cadre ces jours-ci, uniquement pour du bien-être animal. La situation est compliquée ; je reste un maximum confiné. Je suis entrepreneur individuel, donc je ne perçois pas de revenus si je ne travaille pas. C’est pour tout le monde pareil, donc je ne peux pas me plaindre. »

Trans’Horses

Basé dans les Yvelines

Christophe Austry : « Nous continuons de transporter des chevaux pour le moment. Comme il n’y a plus de courses, de concours ni de spectacles, l’activité est réduite. Malgré tout, nous avons de la demande pour transporter des chevaux à soigner ou des chevaux qui viennent d’être achetés. En ce moment, il y en a encore qui arrivent par avion à Amsterdam. Nous avançons au jour le jour. La semaine prochaine, nous avons des voyages d’exportation prévus. Pour l’instant, c’est maintenu mais jusqu’à quand … J’ai quelques collaborateurs qui souhaitent rester chez eux et je ne vous cache pas que les chauffeurs ont l’habitude de bouger énormément. Se retrouver entre quatre murs est assez compliqué pour eux. En ce qui concerne nos clients, ils nous préviennent d'avance, par téléphone ou par mail, et nous n’avons aucun autre contact avec eux. »

Travel Horse

Basé dans la région lyonnaise

Hervé Viallon : « Je suis sur du - 50 % sur mars. Là où je suis installé, dans la région lyonnaise, la situation est un peu particulière car à cette période de l’année, on transporte essentiellement des juments qui vont à la saillie en Normandie. Pour moi, l’activité tourne vraiment au ralenti car généralement, j’emmène les poulinières dans des structures de petite taille, où elles sont stationnées, avant d’être envoyées à la saillie dans les grands haras. Le problème est que les propriétaires ne savent pas si oui ou non, les juments pourront quitter ces petites structures pour aller à la saillie, donc beaucoup hésitent à les faire monter en Normandie. D’autre part, en tant que transporteur, on roule la peur au ventre. J’ai été contrôlé à trois reprises hier et le discours des policiers était différent à chaque fois. On entend tout et n’importe quoi, beaucoup de rumeurs, donc c’est un peu la panique. Avant de travailler dans ce milieu, j’étais infirmier et disons que ça m’aide à prendre un peu de recul. On rencontre des difficultés, certes, mais cela pourrait être pire. Ce qui me dérange le plus, c’est que nous ne savons vraiment pas sur quel pied danser. »

Sky Horse

Basé à Chantilly

Thomas Blangy : « Je fais beaucoup d’importations et d’exportions de galopeurs ou de chevaux de selle, mais aucun transport en relation avec l’élevage. Mon activité est donc au point mort depuis le 15 mars. Avec la fermeture des frontières, tout a été annulé ou reporté. Les clients préfèrent ne pas prendre le risque d’avoir leurs chevaux bloqués dans un pays étranger et préfèrent reporter, sans pour autant fixer de dates. C’est vraiment l’incertitude et faire voyager les chevaux sur de longues distances devient problématique. Quand les États-Unis ont fermé leurs frontières, ils n’acceptaient pas le personnel européen. Il fallait que ce soient des grooms américains qui accompagnent les chevaux. Et trouver des grooms américains en Europe, c’est plutôt difficile… Heureusement pour moi, le mois de mars est l’un des mois les plus calmes de l’année. Mon activité ne démarre réellement qu’au printemps, avec le début des belles courses »

Quesny Transports Équins

Basé dans l’Allier

Rafaël Gourmaux : « Mon activité n’a pas baissé ces derniers jours, car beaucoup d’éleveurs veulent absolument envoyer leurs juments à la saillie en Normandie. En tant que transporteurs, les autorités nous laissent travailler, là-dessus il n’y a aucun problème. Le seul problème est sanitaire, en réalité. Personne ne sait si l’on doit descendre du camion, on se regarde tous en chien de faïence, mais on évite tout contact. On suit les protocoles de France Galop, du Trot, … Mais tout le monde n’est pas au courant. Je n’ai pas moins de travail, je travaille juste différemment. Pour l’instant, on ne sait pas si l’on pourra récupérer dans l’immédiat les juments qui viennent d’être saillies, là aussi c’est compliqué. Le mois dernier, par exemple, j’ai accompagné des poulinières en Irlande. Personne ne m’empêche de travailler donc je travaille, et, évidemment, ça me gêne de savoir que je peux éventuellement être porteur de la maladie et la transmettre. Ce n’est pas que je ne respecte pas le confinement : c’est que rien ne m’interdit d’exercer mon activité. Je vais réduire mon activité de mon plein gré, prendre un peu de recul en attendant d’y voir plus clair, de savoir où l’on va et de ne pas faire n’importe quoi. Tous les quarts d’heure, mon téléphone sonne, et je ne sais pas ce qu’il va en être dans les jours qui viennent. Il vaut donc mieux un peu lever le pied. Ce qui est sûr, c’est que cette crise va certainement nous amener, et je parle de la filière en général, à travailler différemment. »