Malgré la crise, le personnel d’écurie garde le moral

Courses / 30.03.2020

Malgré la crise, le personnel d’écurie garde le moral

Le milieu des courses hippiques est une chaîne où chaque maillon est indispensable. Le personnel d’écurie, qui prend soin des chevaux tous les jours, joue un rôle essentiel. En ces temps de crise, plusieurs salariés nous ont expliqué les difficultés qu’ils rencontrent.

Émilie Seigle : « En tant que maman, cela demande beaucoup d’organisation »

Premier garçon chez Stéphanie Nigge, Émilie Seigle, 32 ans, travaille dans le milieu des courses depuis dix-huit ans. Elle est maman d’une petite fille de 4 ans : « Malgré la crise, il y a une bonne ambiance à l’écurie, et le travail se déroule tout à fait normalement. L’effectif est resté au complet, et nous prenons davantage notre temps avec les chevaux plus tardifs. Néanmoins, je suis tout à fait consciente qu’il faut que les courses reprennent au plus vite, car nous ne sommes à l’abri de rien. Pour moi non plus, ce n’est pas facile ; je suis une maman célibataire, et cela demande beaucoup d’organisation. Tous les jours, j’emmène ma fille à 5 h 15 chez la nounou avant de foncer à l’écurie pour nourrir les chevaux. D’ordinaire, je vais la récupérer à l’école après l’écurie du soir ; depuis la fermeture des écoles, je suis obligée de l’emmener avec moi au travail le soir. J’ai beaucoup de chance d’avoir une patronne compréhensive. Financièrement, ce n’est pas toujours évident de joindre les deux bouts, surtout quand on est parent ! Ni de trouver un logement abordable sur Deauville… Mais pour moi, ce métier est un sacerdoce, qui exige une assiduité sans faille. Pour rester sous la pluie de 6 h à 13 h sans broncher, par exemple, il faut être passionné ! De temps en temps, ce serait bien que les propriétaires, petits ou grands, s’intéressent un petit peu à la personne qui se lève tôt tous les matins pour monter leurs chevaux. De manière générale, j’aimerais qu’il y ait une plus grande reconnaissance envers le personnel, au sens large du terme. Lorsque les courses reprendront, ce serait bien qu’Equidia filme de temps en temps la réaction du cavalier d’entraînement qui assiste à la victoire de son cheval, après l’avoir emmené aux courses. Le personnel d’écurie se fait de plus en plus rare ; si on ne transmet pas ces émotions, au lieu de miser uniquement sur l’aspect financier, on ne créera pas de vocations ! »

Laura Delage : « Nous sommes tous animés par la même conscience professionnelle »

Installée elle aussi à Deauville, Laura Delage occupe le poste de garçon de voyage chez Yann Barberot depuis neuf ans. Malgré l’arrêt des courses, elle continue de travailler : « À l’écurie, rien n’a rien changé au niveau du travail quotidien. Nous sortons quatre lots, comme d’habitude, et les chevaux font canter. En temps normal, j’emmène les chevaux aux courses ou à la clinique, par exemple ; là, du coup, je suis à cheval tous les matins. Mon patron nous a tous bien briefés sur le respect des mesures sanitaires, et nous faisons très attention. Malgré la progression du Covid-19, je n’ai pas peur d’aller au travail. Forcément, tous mes collègues parlent un peu du Coronavirus, mais il n’y a pas un climat de psychose pour autant. Je suis davantage vigilante quand je fais mes courses ! Le fait de travailler en plein air me rassure, d’autant qu’il n’y a pas de public. Nous sommes tous animés par la même conscience professionnelle, ce qui fait qu’on en oublie presque le risque de contracter le virus. On ne peut pas laisser les chevaux comme ça… Les médecins sont obligés de travailler, mais nous aussi ! Et en dehors de mes heures de travail, je respecte le confinement à la lettre. »

Roxane Valence : « Sans les frais de déplacements, il va falloir que je me serre un peu la ceinture »

Garçon de voyage chez Hector de Lageneste depuis cinq ans, Roxane Valence est maman d’une petite fille de trois ans. La jeune femme est actuellement au chômage partiel : « Mon patron a dû envoyer une vingtaine de chevaux au repos, et m’a mise au chômage partiel pour cause de réduction d’activité. L’arrêt des courses représente un gros manque à gagner pour moi aussi ; sans les frais de déplacement et les pourcentages, ça fait un trou dans la trésorerie ! Il va falloir que je me serre un peu la ceinture, en espérant que cette situation ne dure pas trop longtemps. Je me dis qu’au moins, j’économise de l’essence et la cantine de ma fille… Tout est relatif, et je vis plutôt bien le confinement. J’ai la chance d’être bien isolée ; j’habite à la campagne, et j’ai davantage de temps pour ma fille. J’ai aussi des chevaux à la maison, donc ça m’occupe. Le plus compliqué, c’est pour trouver de quoi occuper ma fille ! »

Benoît Livis : « Quand on est père de famille, il faut redoubler de vigilance »

Après avoir commencé chez Patricia Butel et Jean-Luc Beaunez comme garçon de voyage, il y a deux ans et demi, Benoît Livis occupe désormais le poste de premier garçon depuis le mois de novembre. Depuis la propagation du Covid-19 en France, il redouble de vigilance, d’autant qu’il est asthmatique et père de famille : « Peu de choses ont changé dans mon quotidien, si ce n’est que je fais attention à tout. Je suis asthmatique, donc il ne faudrait pas que je tombe malade, mais bon… Il faut bien s’occuper des chevaux ! Nous ne sommes pas les seuls à prendre des risques ; il y a les médecins, les caissiers… Comme je suis passionné par mon métier, je n’y pense pas. De toute façon, je représente le seul revenu de la famille, donc je dois bien continuer à travailler. Comme je vis en appartement avec ma femme et nos trois enfants, je fais attention à bien respecter les gestes barrière au travail. Je ne vais pas prendre le risque de contaminer mes proches, qui sont eux confinés toute la journée à la maison ! Ma femme ne travaille pas, et je peux compter sur elle pour s’occuper de nos enfants. J’ai une fille en 4ème, un fils en 6ème, et un autre en CM1. Ils suivent tous les trois des cours par correspondance ou par le logiciel Pronote. Quand on a une famille, il faut être encore plus vigilant… »