Mathieu Boutin : « La trésorerie du PMU permettrait de débloquer des fonds rapidement »

Courses / 25.03.2020

Mathieu Boutin : « La trésorerie du PMU permettrait de débloquer des fonds rapidement »

Mathieu Boutin est le président de l’AEP (entraîneurs propriétaires).

« Cette mesure a été demandée par les associations d’entraîneurs. Depuis des années, ce fonds est utilisé pour venir en aide aux professionnels en difficulté. Dans le contexte actuel, qui est exceptionnel, nous nous sommes adressés au directeur général et au président de France Galop pour débloquer cette somme. Même si cette aide est de petite envergure, elle est appréciable et sera équitablement distribuée. C’est une bouffée d’oxygène, tout en sachant que ceux qui n’ont pas forcément besoin de cette somme ne vont probablement pas la demander. Et dès lors, le montant distribué par entraîneur sera peut-être un peu revu à la hausse.

L’Institution est réceptive à l’idée de chercher d’autres fonds pour soutenir les professionnels. Mais je ne sais pas ce qu’elle a vraiment la capacité de faire… car les caisses des sociétés-mères ne sont pas vraiment pleines et le chiffre d’affaires du PMU est à l’arrêt. Les réunions étrangères permettent de financer des frais de fonctionnement réduits.

À notre connaissance, la trésorerie du PMU permettrait de débloquer des fonds rapidement.

Il est de notre devoir de solliciter aussi une aide de l’État, en sachant que la puissance publique est déjà sollicitée de toutes parts. Il faut le faire, en espérant fermement obtenir quelque chose. L’État aura sans doute conscience des difficultés de notre filière et éventuellement les moyens de nous aider… 

Malheureusement, dans un système où les charges sociales assomment les entraîneurs, beaucoup étaient déjà en difficulté avant la crise sanitaire. Le risque est réel de voir un certain nombre arrêter leur activité. Notre rôle, en tant qu’élus, c’est de les défendre du mieux que nous le pouvons.

Je n’ai pas constaté, en dialoguant avec mes collègues, une augmentation particulière de l’absentéisme au sein de leurs effectifs. Le personnel fait preuve d’un professionnalisme remarquable. Il y a une réelle solidarité au moment où il faut éviter les drames.

Il est très compliqué de se projeter sur une date de reprise des courses. Le plus tôt sera le mieux. Le gouvernement vient de durcir le confinement qui devrait porter jusqu’à fin avril. Je doute fort que les courses puissent reprendre avant le début du mois de mai. C’est à espérer mais c’est peu probable. Tout en sachant que nous sommes aussi dépendants de la réouverture des lieux où les parieurs jouent. L’État n’autorisera pas les courses à repartir, même à huis-clos, si ce n’est pas le cas pour les autres lieux publics. »

Cédric Boutin : « C’est une bonne chose, mais ce n’est pas de la générosité : c’est de la logique »

Cédric Boutin est l’un des quatre entraîneurs présent au Comité de France Galop.

« Je ne peux que saluer cette première mesure du président Rothschild, qui répond à la demande des associations d’entraîneurs. C’est une décision logique, dans le sens où cette somme est le fruit d’années de thésaurisation d’un fonds de solidarité, lui-même alimenté par les amendes infligées par les commissaires des courses et de France Galop aux entraîneurs.

Habituellement, ce fonds est utilisé pour des actions sociales, en fonction de dossiers que l’Institution soumet à validation selon ses propres critères. Avec la décision annoncée ce matin, en cette période difficile, on voit que l’argent des entraîneurs leur revient. C’est une bonne chose, mais ce n’est pas de la générosité : c’est de la logique. Tout en sachant que la somme distribuée à chaque professionnel est d’un montant finalement assez symbolique. À l’échelle d’une écurie de course, 1.500 € ne permet pas de régler beaucoup de factures. En ce qui concerne mon entreprise, comme vous le savez, je suis propriétaire d’une part importante de mon effectif. Plus de 80 % de mon chiffre d’affaires provient des allocations glanées en compétition.

Entre les chevaux en location et ceux qui m’appartiennent, j’ai l’équivalent de 26 chevaux sous mon nom à l’entraînement actuellement, sans aucune rentrée d’argent. D’autre part, j’ai l’équivalent de 22 chevaux à l’entraînement sur lesquels je suis sensé percevoir des pensions et appartenant à une petite trentaine de clients, souvent associés avec moi.

J’ai la chance d’avoir six chevaux en pleine pension pour monsieur Pariente, car cela me donne un vrai bol d’air. Au niveau de l’ensemble de la filière, on peut s’attendre à ce que certains propriétaires aient des problèmes à payer leurs factures.

Actuellement, j’ai l’équivalent de cinq poulinières, leurs produits et cinq chevaux au repos, cela représente encore des frais supplémentaires.

Si vous additionnez l’ensemble de cet effectif, 1.500 € représente vraiment très peu !

Il faudrait donc parvenir à s’aligner sur les propositions formulées par l’ensemble des associations d’entraîneurs et de propriétaires du trot et du galop. C’est-à-dire donner une somme, tous les mois, pour chaque cheval à l’entraînement. À l’entraîneur de déduire cette somme de la facture de pension du propriétaire. On parle de 500 €, voilà une aide qui serait fort appréciée. Mais selon moi, ce n’est qu’un minimum indispensable et vital pour beaucoup, en attendant d’autres aides spécifiques de la part de la filière, de l’État et surtout d’un fort soutien de nos établissements bancaires.

La semaine passée, j’ai ouvert un dossier à la BPI (banque publique d’investissement) et auprès de ma banque pour constituer une trésorerie qui me permettrait de faire face aux deux prochains mois de vaches maigres. Je croise les doigts pour que les annonces du président soient suivies d’effets, et cela rapidement. Nous verrons... Sinon, comme bien souvent, ça sera : « Aide-toi, le ciel t’aidera. » Je n’ai pas réduit mon effectif, les chevaux qui sont au repos actuellement l’étaient déjà avant le confinement. J’ai la chance d’avoir une super équipe, des gens motivés qui répondent tous les jours à l’appel malgré cette période certes compliquée pour nous, mais dramatique pour d’autres. »