PANDÉMIE/CORONAVIRUS - Gestion de crise : semaine 1

Institution / Ventes / 21.03.2020

PANDÉMIE/CORONAVIRUS - Gestion de crise : semaine 1

En période de crise, une société a deux ennemis : la démagogie et les fake news. Pour tenter de combattre l’une et les autres, voici un point sur la situation des courses, une semaine après l’annonce du confinement.

Les sociétés mères avaient-elles d’autre choix que d’arrêter ? La question pourra être posée plus tard par ceux qui le souhaitent. Mais quelle autre option aurait-elle été viable ? À l’heure où nous écrivons, la situation donne raison au Trot et à France Galop : tous les sports et tous les spectacles sont à l’arrêt ; les points de vente PMU sont en majorité fermés ; et le civisme impose de limiter au maximum les contacts entre concitoyens. Dans ces conditions, comment aurions-nous pu continuer ?

Par voie de conséquence, France Galop, LeTrot et le PMU ont organisé le chômage technique d’une majorité de leurs collaborateurs. Pour ne pas tomber en cessation de paiement, ce qui aurait rendu impossible un redémarrage le moment venu, elles n’avaient pas d’alternative.

Olivier Delloye, directeur général de France Galop, l’a expliqué par courrier à ses salariés : « Après avoir pris la décision difficile mais incontournable d’arrêter les courses lundi dernier, la semaine a été entièrement consacrée à préparer “le jour d’après”. Grâce à une équipe de direction totalement mobilisée, nous avons pu, en relativement peu de temps, élaborer un plan de continuité d’activité (PCA) pour les semaines à venir.

Celui-ci a été bâti en prenant en compte deux paramètres structurants : les mesures de confinement, qui ont un impact sur notre activité et l’arrêt des courses (combinés à la fermeture du réseau de points de vente du PMU). Nous sommes entrés dans une phase d’absence quasi totale de recettes depuis quelques jours. C’est du jamais-vu, c’était imprévisible il y a encore quelque temps et c’est un choc violent.

Le PCA, comme son nom l’indique, est là pour assurer la continuité d’activité… mais avec un service minimum. À la fois parce que, sans courses, beaucoup de nos missions sont à l’arrêt mais aussi parce que nous devons sérieusement réduire la voilure afin d’absorber une partie de cet énorme manque à gagner que représente la suspension de la prise de paris hippiques en France. (…)

Tout ceci constitue un cadre qui nous permet d’atteindre les différents objectifs : ne pas mettre France Galop en sommeil complet, alléger notre structure de coûts, accompagner au mieux nos salariés… et être capable de préparer la reprise des courses et de nos activités dès que nous aurons plus de visibilité. »

Même son de cloche au PMU, où Cyril Linette a mis au chômage technique la très grande majorité de ses collaborateurs, en conservant principalement des salariés pour maintenir les ventes sur Internet.

Une mini-polémique, liée à une incompréhension, est née samedi matin. Parce que le PMU annonçait une période de chômage allant jusqu’au 1er juillet, certains ont cru que cela voulait dire qu’il avait renoncé à toute activité jusqu’à l’été. Il n’en est rien. La date du 1er juillet n’indique pas une date de reprise d’activité. C’est une date butoir proposée par le gouvernement. Toutes les entreprises l’appliquent. Elle couvre une période maximale. Et le dispositif est évidemment actionnable en sens inverse à n’importe quel moment, dès que la situation le permettra.

Dans toute l’Institution, ce dispositif de chômage technique est utilisé pour limiter l’impact financier de la crise, et permettre un redémarrage dans de bonnes conditions une fois la crise terminée.

On dit que les crises révèlent les hommes. Celui à qui la filière peut tirer son chapeau, c’est Loïc Malivet. Connu pour être un homme de dossiers et pour savoir travailler avec l’Administration, le président de la Fédération des éleveurs s’est battu en coulisses et il a gagné.

Après son élection, Édouard de Rothschild lui avait confié la présidence de la "Gouvernance de la Filière Cheval". Sur le moment, cette instance, qui rassemble toutes les sociétés mères du cheval en France*, pouvait être considérée comme une coquille vide et sa présidence comme un bâton de maréchal… pour ne pas dire un bâton affublé d’un adjectif cher à Cambronne !

Mais ça, c’était avant le coronavirus. Dans la crise que nous traversons, la Gouvernance Cheval – chère à l’État – a trouvé son sens et sa raison d’être. Loïc Malivet a créé un groupe de travail élargi autour d’elle et c’est ce groupe qui a obtenu de la Direction générale de l’alimentation (DGAL) deux prises de position décisives : l’autorisation de déplacer les juments dans le cadre de la saison de monte et le feu vert donné aux vétérinaires pour pratiquer le suivi gynécologique des juments malgré la pandémie.

C’est un peu tôt pour le dire, mais ce poids nouveau accordé aux éleveurs par le ministère de l’Agriculture est peut-être un tournant dans l’histoire de leurs relations avec la puissance publique.

Comment cela a-t-il été possible ? D’abord par l’union de toutes les familles du cheval, bien sûr. Ensuite parce que celles-ci se sont focalisées sur la défense des acteurs professionnels. Et cela a convaincu l’État.

Prenons l’exemple des déplacements. La demande des éleveurs a reçu un accueil positif car ils se sont engagés à ce que seuls les professionnels soient autorisés à prendre la route, avec attestation MSA et/ou Kbis à produire aux gendarmes qui voudraient leur interdire de circuler.

Les membres de la gouvernance cheval ont compris que, s’ils voulaient pouvoir continuer à faire rouler leurs troupes, il fallait limiter ce droit dérogatoire à ceux dont c’est le métier. Cela n’a sans doute pas été facile, surtout à la FFE, qui compte un très grand nombre de pratiquants amateurs… Mais le jeu en valait la chandelle !

Dans les courses, cette ligne de séparation entre amateurs et professionnels sera aussi une clé de lecture de la crise. Certains envisagent déjà des mécanismes de réparation financière pour amortir les manques à gagner, notamment chez les propriétaires. Mais il faut probablement se faire à l’idée que seuls les acteurs professionnels auront matière à être indemnisés. C’est très rude, mais c’est logique. Imaginerait-on que l’on indemnise les détenteurs de yachts qui n’ont pas pu partir en croisière, ou les détentrices de bijoux de luxe qui n’ont pas pu les porter parce que les soirées mondaines sont annulées ? Non. Eh bien, qu’on le veuille ou non, et cela vous blesse autant que nous, qui sommes attachés au propriétariat amateur comme à un élément constitutif de notre ADN, la détention de chevaux de course à titre de loisirs tombe elle aussi dans la case des signes extérieurs de richesse… et non d’activité économique, pour ceux qui ne font pas cela à titre professionnel.

Voilà qui n’est pas sans rappeler l’affaire de la TVA, qui incitait fortement tous les propriétaires à passer sous un régime professionnel pour effacer la hausse de cette taxe.

Là encore, une partie de notre avenir s’écrit, qui verra peut-être une professionnalisation généralisée de notre activité – même de la part d’ex-amateurs.

Reste la question de l’emploi des finances de France Galop. Certains aimeraient que les 30 ou 35 millions d’euros versés mensuellement par le PMU à France Galop servent à indemniser les uns et les autres. Le problème, c’est que cet argent est une trésorerie à flux tendu. En d’autres termes, le PMU verse cette somme au fil de l’eau. Avec la chute puis l’arrêt quasi total de la prise de paris, plus un euro ne rentre. Pendant ce temps-là, France Galop a toujours des frais (22 millions sont consacrés mensuellement aux allocations et un peu plus d’une dizaine aux charges de fonctionnement). Ce qui veut dire que sa trésorerie est dans le rouge. Dans ces conditions, il n’y a pas d’argent susceptible d’être versé ici ou là, même en suspendant les versements au Fonds éperon et au Fonds commun.

Répétons-le : tant que la saison de monte pourra continuer, nous défendrons notre avenir. Car les Anglais et les Irlandais continuent à saillir. On vous laisse imaginer ce que représenterait la France dans le concert mondial si elle était la seule à ne plus avoir de yearlings à vendre dans deux ans, ni de chevaux à l’entraînement dans trois ans…

* France Galop, LeTrot, la Fédération française d’équitation (FFE), la Société hippique française (SHF) et la Société française des équidés de travail (SFET).