Pourquoi la Triple couronne d’Ebraz est un véritable exploit

30.03.2020

Pourquoi la Triple couronne d’Ebraz est un véritable exploit

Le 22 février à Doha, Ebraz (Amer) est devenu le premier lauréat de la Triple couronne des pur-sang arabes. Cet événement a été relayé dans nos colonnes, mais quelques semaines plus tard, il semble intéressant de revenir sur cet exploit. C’est une performance exceptionnelle et nous allons vous expliquer pourquoi.

Pas moins de 35 pays à travers le monde proposent une Triple couronne chez les pur-sang anglais. C’est un concept important et fédérateur dans toutes les nations hippiques. Et la valeur d’une Triple couronne, c’est aussi sa difficulté. Les Anglais attendent depuis cinquante ans qu’un cheval remporte les trois manches de ce fameux triptyque ! La difficulté vient de deux aspects : le niveau de la compétition – il est plus difficile de remporter le challenge en Angleterre qu’en Pologne avec les pur-sang anglais –, mais aussi des conditions de course.

Les conditions de course. En ce qui concerne la Triple couronne des pur-sang arabes, qui fait étape en France, en Angleterre et à Doha, le fait de se dérouler dans trois pays différents rend le challenge encore plus ardu. Il faut multiplier les voyages, ce qui est un facteur de déstabilisation. Mais on demande à un champion de pouvoir s’adapter à toutes les situations. De plus, entre le 31 juillet 2019 à Goodwood et le 22 février 2020 à Doha, Ebraz a couru et gagné cinq courses d’affilée en sept mois. Or plus on court, sur une période longue qui plus est, plus on se met en danger, sur le plan moral et physique. À titre de comparaison, Camelot (Montjeu), le dernier cheval à avoir vraiment tenté la Triple couronne anglaise, avait couru quatre fois en cinq mois, avant d’échouer du minimum (et dans des conditions particulières) à Doncaster.

Le niveau de la compétition. Le deuxième élément d’importance dans une Triple couronne traditionnelle, c’est le niveau de la génération. Si la génération de 3ans est faible, un bon cheval aura plus de facilité à remporter les trois manches. Le fait d’être dans un grand pays d’élevage diminue la probabilité qu’une génération ne compte pas trois ou quatre très bons candidats. Actuellement, le meilleur 3ans américain est issu d’une base de 20.000 naissances. Et le meilleur 3ans anglais provient d’une base de 11.000 naissances, soit le cumul de la production anglaise et irlandaise de pur-sang anglais en enlevant les chevaux d’obstacle. Et chez les pur-sang arabes ? Étant donné que la Triple couronne rassemble des chevaux de 4ans, 5ans, 6ans, 7ans et 8ans, soit les meilleurs du cumul de cinq générations, il est pratiquement impossible d’avoir une compétition faible ou moyenne : le niveau est toujours très bon. En outre, Ebraz a dû battre, lors des trois étapes, les meilleurs chevaux d’un nombre important de pays d’élevage : France, Grande-Bretagne, Qatar, Italie… sans compter qu’il a aussi affronté et dominé dans sa carrière certains des meilleurs chevaux russes, marocains, tunisiens, polonais… Il est très difficile de savoir combien de pur-sang arabes naissent spécifiquement pour la course dans cette dizaine de pays. Nous avons donc procédé à une estimation. Lorsque ce chiffre était disponible, nous avons estimé que le nombre de 4ans ayant couru dans chaque pays représentait les trois quarts des naissances d’une génération. En l’absence de cette donnée, nous avons extrapolé à partir du nombre d’épreuves de la nation concernée. Et ces calculs, forcément très imprécis, nous permettent d’estimer qu’Ebraz a battu les meilleurs chevaux issus d’un total d’environ 7.500 naissances réparties sur cinq générations. Si l’on ajoute des conditions de course particulièrement difficiles évoquées au paragraphe précédent, on mesure à quel point Ebraz a réalisé une performance inouïe. Rappelons tout de même que de très grands chevaux comme Al Mourtajez (Dahess) ou Gazwan (Amer) n’y sont pas parvenus.

En Angleterre, cinquante ans de disette. Historiquement, une Triple couronne est "classique" et se compose des Guinées (1.600m) et du Derby (2.400m) au printemps, puis du Saint-Leger (3.000m) à l’automne. Et elle est réservée aux 3ans uniquement. La Triple couronne britannique possède une grande valeur historique en Europe. On lit souvent que Nijinsky (Northern Dancer) est le dernier titulaire de la Triple couronne anglaise (Guinées, Derby & Saint-Leger), en 1970. C’est à la fois vrai et faux. Si l’on prend en compte les mâles seulement, c’est exact : en effet, aucun poulain n’a réussi cet exploit depuis Nijinsky en 1970, soit cinq décennies.

Mais il ne faut pas oublier qu’en 1985, il y a 35 ans donc, Oh So Sharp (Kris) avait décroché la Triple couronne des femelles en gagnant les 1.000 Guinées, les Oaks et le Saint-Leger de Doncaster.

L’exploit d’Oh So Sharp est souvent éclipsé, à tort, car la génération des femelles de 3ans en piste en 1985 était tout simplement exceptionnelle. Dans les "Guinées", elle a battu Al Bahathri (1.000 Guinées d’Irlande & Coronation Stakes), qui possède une piste d’entraînement à son nom à Newmarket, et Bella Colora (Prix de l’Opéra). Puis, dans les "Oaks", elle a réussi à dominer la grande Triptych (Riverman) qui venait de battre les mâles dans les 2.000 Guinées d’Irlande et gagnera au cours de sa carrière neuf Grs1. Bien que moins en forme en fin de saison, Oh So Sharp enlèvera le Saint-Leger devant les mâles, tout en étant maintenue à la première place après enquête. La Triple couronne d’Oh So Sharp a autant de valeur que celle de Nijinsky, puisque les épreuves qu’elle a remportées sont les équivalents des classiques pour mâles. Depuis tout ce temps, le cheval le plus proche de décrocher la Triple couronne anglaise fut Camelot (Montjeu), en 2012. Il a gagné les "Guinées", puis le Derby, avant de terminer deuxième du Saint-Leger derrière Encke (Kingmambo).

Le plus grand des défis offerts par le sport hippique. Aux États-Unis, en quatre décennies, seulement trois chevaux ont décrochés la Triple couronne, dont American Pharaoh (Pioneroof the Nile), en 2015, et Justify (Scat Daddy), en 2018. La production américaine est actuellement d’environ 20.000 foals pur-sang anglais, très loin des plus de 30.000 naissances annuelles des années 1990. Entre la Triple couronne d’Affirmed (Exclusive Native), en 1978, et celle de Justify, 40 générations de 3ans américains se sont présentées en piste. Si on fait une approximation simpliste, en prenant une moyenne volontairement basse de 25.000 foals par an, on arrive à un total d’un million de foals américains qui sont tombés dans la paille pour finalement trois gagnants de la Triple couronne… C’est vertigineux ! Surtout que le nombre réel est forcément très supérieur à ce million.

Ailleurs dans le monde. La France ne dispose pas à proprement parler d’une Triple couronne pour les pur-sang anglais. Historiquement, la Triple couronne française fut constituée de la Poule d’Essai, du Jockey Club et du Prix Royal-Oak. Perth (War Dance), en 1899, est le dernier cheval à avoir gagné la même année ces trois courses. Le Japon propose une Triple couronne calquée sur le modèle anglais (Guinées, Derby & Saint-Leger) et elle a été décrochée deux fois, depuis 2005, par de véritables champions : Deep Impact (2005) et Orfèvre (2011). Dans l’histoire japonaise, la Triple couronne des mâles a été gagnée sept fois. Quasiment chaque pays dispose de sa Triple couronne. Certaines résistent aux différentes générations, en particulier celles d’Irlande et d’Italie. Voici quelques exemples, par continent, des Triples couronnes reconnues comme telles et l’année où elles ont été décrochées pour la dernière fois. Une simple lecture des dates du dernier vainqueur permet de comprendre pourquoi il est aussi difficile de remporter n’importe quelle Triple couronne !

AMÉRIQUE
Pays Lauréat Saison
Chili Wolf 1991
Argentine Refinado Tom 1996
Canada Sealy (femelle) 2007
États-Unis  Justify 2018
ASIE
Pays Lauréat Saison
Hongkong River Verdon 1994
Japon Orfèvre 2011
EUROPE
Pays Lauréat Saison
Irlande Windsor Slipper 1942
Italie Botticelli 1954
Allemagne Königsstuhl 1979
Angleterre Nijinsky 1970
OCÉANIE
Pays Lauréat Année
Australie It’s a Dundeel 2013

La saison est terminée au Qatar

Le Qatar Racing and Equestrian Club a annoncé le 15 mars la fin de la saison de courses 2019/2020, et la fermeture de l'hippodrome d'Al Rayyan Park. Même si les grands rendez-vous sont passés, il restait une réunion d'importance, qui se dispute habituellement début avril, avec les Qatar Gold Sword (Gr1 PA) et Qatar Gold Trophy (Gr1 local), les consolantes des grandes courses internationales de l'Amir's Sword Festival.

Le titre pour Son Altesse le cheikh Mohammed bin Khalifa Al Thani. Les statistiques sont désormais figées. Les trois jockeys ayant amassé le plus de gains sont français : Ronan Thomas, Olivier Peslier et Soufiane Saadi. Ils ont monté en priorité pour Umm Qarn, qui arrive en deuxième position du classement des propriétaires, juste derrière le cheikh Mohammed bin Khalifa Al Thani. Mais si on ajoute aux gains d'Umm Qarn (avec 143 partants), ceux de Son Altesse le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani (sous le nom duquel a couru French King, puisqu'entraîné en France), les casaques grenat passent devant les bleues (qui ont pu compter sur 94 partants).

Chez les entraîneurs, Alban de Mieulle (649.267 QAR avec 232 courses), remporte un nouveau titre, devant Gassim Ghazali (621.011 QAR avec 515 courses) et Ibrahim Al Malki (364 .416 QAR avec 298 courses). Julian Smart est quatrième (356.129 QAR avec 82 courses).

Photo : S.A. le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani, Maxime Guyon et S.A. le cheikh Mohammed bin Khalifa Al Thani