Saison de monte : la très grande majorité des haras continue

Élevage / 20.03.2020

Saison de monte : la très grande majorité des haras continue

Saison de monte : la très grande majorité des haras continue

Durant toute l’après-midi de ce vendredi, les journalistes de JDG ont pris leur téléphone et appelé le maximum de haras possible (*). Avec une question simple : « Continuez-vous la saison de monte ou pas ? » À l’exception d’Al Shaqab, du haras du Mazet et de Sud Manche Haras, qui annoncent suspendre leur activité d’étalonnage, l’immense majorité des haras continue.

Logique, puisque le ministère de l’Agriculture ne s’y oppose pas (lire page 1).

(*) Si les haras non cités dans cet article souhaitent nous faire parvenir leur décision, ils peuvent le faire en nous envoyant un mail à jdg@jourdegalop.com. Nous publierons leurs informations.

Ils continuent…

Haras de Bonneval

Georges Rimaud : « Nous continuons, avec des mesures de biosécurité très astreignantes. Nous avons une équipe allégée, que je remercie tous les jours d’accepter de venir travailler ! Nous n’avons aucun contact avec le chauffeur qui amène la jument, aucune transmission de papiers administratifs autre que par voie numérique. Je suis aussi intransigeant sur le fait que les juments doivent venir sans leur foal, comme je l’ai toujours fait, car un foal nécessite l’intervention d’une personne supplémentaire. Le monde de l’élevage et des courses est déjà très sensibilisé sur les normes d’hygiène. Concernant les actes vétérinaires, nous les avons réduits, en concertation avec les praticiens avec qui nous travaillons, au strict nécessaire. Tant que nous pouvons faire saillir les juments, il est dommage d’arrêter ! »

Haras des Granges

Mathieu Daguzan-Garros : « Nous continuons, en prenant les précautions nécessaires. Nous n’avons que très peu de juments qui viennent sur évolution, donc il y a moins de turnover que dans certains gros haras… Le personnel est muni de masques, ils font attention à garder une distance de sécurité, n’ont pas de contact entre eux, etc. Le suivi gynécologique est toujours assuré, mais au pire, je dispose d’un souffleur. Nous accueillons toujours de nouvelles juments avec, là encore, les mesures sanitaires qui s’imposent. »

Haras de Grandcamp

Éric Lhermite : « Nous continuons notre activité d’étalonnage, mais avec les restrictions qui nous ont été conseillées. Toutes les informations sur la jument doivent être envoyées en amont par mail, afin qu’il n’y ait pas d’échanges de papier. Le chauffeur reste dans le camion, notre personnel se désinfecte les mains, respecte les distances de sécurité… Il faut être vigilant bien entendu, mais je pense que la monte peut continuer en respectant des instructions strictes. Nous accueillons toujours des juments, et certaines sont même arrivées en avance, de peur de blocage. »

Haras de la Hêtraie

Pascal Noue : « Nous continuons. Nous respectons les procédures en nous conformant aux textes du ministère. Nous mettons en place le protocole dicté par la Fédération des éleveurs ; le chauffeur ne descend pas du camion, et mon personnel respecte à la lettre les mesures de désinfection. Il n’y a pas d’échange de documents par contact humain, et nous respectons les gestes barrière. Ce que je ne comprends pas, c’est l’attitude de l’Ordre des vétérinaires, qui se prononce pour l’arrêt de la saison de monte. C’est au ministère de l’Agriculture par exemple de décider, pas à l’Ordre des vétérinaires. »

Haras du Quesnay

Vincent Rimaud : « Nous continuons, en étant extrêmement vigilants. Fini le café d’accueil pour la personne qui accompagnait la jument ! Elle reste dans son camion, et nous demandons que les juments viennent sans leur foal. La majorité de nos clients venant de Normandie, c’est possible, car la jument n’est séparée de son poulain que 3 heures maximum. »

Haras de Montaigu

Aliette Forien : « Nous avons décidé de continuer pour nos clients, qui risquent déjà de beaucoup souffrir de l’arrêt des courses. On se doit de continuer, pour eux, tant que cela est permis. Nous prenons toutes les précautions pour éviter la propagation du virus et pour protéger nos salariés. Notre unité d’étalonnage est complètement isolée et déconnectée du haras en lui-même. »

Haras du Hoguenet

Anthony Baudoin : « Pour le moment, nous continuons, en suivant les mesures sanitaires qui ont été déterminées par la Fédération des éleveurs. De cette manière, je pense qu’il n’y a pas trop de risques, mais il n’est pas impossible que je songe à arrêter. Franchement, je trouve inadmissible que le ministère ne statue pas sur une poursuite ou non de la saison de monte. Cette situation insoutenable monte tous les vétérinaires les uns contre les autres. Certains clients sont capables d’en appeler d’autres, même pour des soins bénins… Ma femme étant elle-même vétérinaire, je suis bien placé pour le savoir, et c’est très compliqué à gérer. Le ministère doit prendre ses responsabilités : quand Emmanuel Macron dit aux Français de rester chez eux, c’est pour tout le monde ! »

Haras de la Barbottière

Sophie Rousselle : « Nous continuons les saillies. Il est important qu’il n’y ait pas d’échange de livret d’une main à l’autre. Tous nos clients sont obligés de nous envoyer une copie du carnet signalétique de la jument par mail. Ici, nous avons la chance de nous occuper de l’étalonnage nous-même, sans personnel. Pour ce qui est des mesures de désinfection, rien n’a changé, car nous les avons toujours appliquées au haras. Il faut absolument que toute la profession soit solidaire. Dans le cas où la saison de monte devait s’arrêter, j’espère vraiment que France Galop prévoira quelque chose pour supprimer les primes des poulains issus d’étalons étrangers dans les années à venir. Il faut protéger nos élevages ! »

Haras de Montfort & Préaux

Matthieu Alex : « Nous continuons les saillies et nous suivons ce que dit le ministère de l’Agriculture. Si, dans les prochaines heures, demain ou la semaine prochaine, il est dit qu’on ne peut plus déplacer les chevaux et que la saison de monte doit stopper, nous arrêterons.

Nous ne sommes pas dans le même cas que le haras de Bouquetot qui a beaucoup d’étalons, donc j’imagine que cela peut être plus compliqué à gérer. J’ai un étalon qui fait la monte à 50.000 € et les éleveurs vont certainement voir un vétérinaire avant, tout nous est envoyé en amont. Pour l’autre, nous avons notre souffleur. Je pense que, étant donné les conditions dans lesquelles sont pratiquées les saillies, avec nombre de précautions, il y a moins de risque que de se rendre dans un supermarché. Il n’y a pas de contact entre mon équipe et ceux qui amènent les juments, qui doivent rester dans le camion. Concernant les juments en pension, nous n’en prenons plus… Pour la simple raison que nous n’avons plus de place ! »

Haras d’Étreham/Haras de la Tuilerie

Nicolas de Chambure : « Un protocole a été mis en place par la Fédération des éleveurs et a été soumis au ministère de l’Agriculture ce vendredi pour l’ensemble de la filière en France. Nous attendons une réponse du ministère dans les prochaines heures. Nous attendons donc cette prise de position commune, logique, pour faire les choses dans l’ordre. Un protocole de sans contact a déjà été mis en place pour les étalonniers et il est suivi de façon stricte par tous. En ce qui nous concerne, nous ne prenons plus de juments supplémentaires en pension. Celles qui étaient prévues viennent, mais il n’y en a pas de supplémentaires. »

Haras des Faunes

Alain Chopard : « Nous continuons la saison de monte en respectant les règles sanitaires. Les juments arrivent, l’accompagnant reste dans le camion, la jument est débarquée et le vétérinaire est là avec un masque. Les papiers sont envoyés par mail, il n’y a pas de contact. Tant que le ministère de l’Agriculture nous donne le droit de continuer, nous le faisons. Je continue d’accueillir les juments en pension. Ce n’est pas un souci, nous avons de la place. D’ailleurs, beaucoup sont arrivées cette semaine, certainement par crainte d’une interdiction des transports. Tout roule comme d’habitude, si ce n’est sans contact entre les personnes ! »

Haras du Mézeray

Charles-Henri de Moussac

« Nous continuons la saison de monte tant que nous n’avons pas de directives claires, dans n’importe quel sens, des autorités. Si la saison de monte est suspendue par le ministère de l’Agriculture, alors nous arrêterons. Les conséquences économiques vont déjà être compliquées pour la filière. Nous prenons toutes les mesures nécessaires de protection vis-à-vis de notre personnel. Tous les papiers sont transmis en amont, notre personnel n’entre pas en contact avec les personnes extérieures et, s’ils se sentent en danger, ils ont le droit d’appliquer leur droit de retrait. Nous continuons, au jour le jour, en attente de recommandations émanant du ministère de l’Agriculture. Je peux comprendre la position prise par le haras de Bouquetot. Chez nous, il y a trois étalons, jamais plus de deux ou trois personnes dans la cour donc sans contact rapproché, nous n’avons pas le passage qu’il doit y avoir à Bouquetot. Nous restons suspendus aux nouvelles qui tombent au jour le jour. Du côté des juments en pension, elles étaient déjà quasiment toutes arrivées. Il y a des échanges d’un haras à l’autre et nous avons aussi des départs vers les haras anglais et irlandais, lesquels sont loin d’avoir pris chez eux les mesures que nous appliquons chez nous. »

Haras du Mont Goubert

Hugues Rousseau : « Nous continuons la saison de monte. Je suppose que le haras de Bouquetot a ses raisons mais, de notre côté, tant que nous n’avons pas de directives claires d’un organisme un minimum crédible, nous poursuivons la saison. Chez nous, c’est particulier car nous avons les étalons pur-sang et les trotteurs. Je crois sincèrement qu’il serait très compliqué d’arrêter les purs : l’exploitation des trotteurs se fait dans la durée et les naissances plus tardives ne sont pas un problème. Pour les pur-sang, par contre, avec les programmes à 2ans et 3ans, il n’est pas possible de faire naître les chevaux au mois de juin. Ces quelques mois font une grosse différence pour la suite. »

Haras du Petit Tellier

Patrick Chedeville : « Nous poursuivons, avec les protocoles sanitaires recommandés qui ont été mis en place. Il me semble sage, dans ces conditions, de poursuivre la saison de monte. Le haras de Bouquetot a pris sa décision. Mais tant que le ministère de l’Agriculture nous autorise à poursuivre, nous continuerons. Si on nous dit d’arrêter, alors nous nous plierons à cette décision. »

Haras des Sablonnets

Antoine de Talhouët-Roy : « Nous continuons la saison de monte. Au haras, notre vétérinaire continue la gynécologie et nous avons deux souffleurs, donc un peu une alliance de la tradition et des nouvelles technologies ! Nous sommes très rigoureux dans les mesures d’hygiène et de protection de notre personnel, comme recommandé : papiers envoyés par mail, pas de contacts avec les personnes extérieures qui restent dans leur camion. Si on nous interdit de poursuivre la saison de monte, alors ce sera la loi et il faudra la suivre. Cela étant dit, je regardais les performances des sujets nés au mois de mai et ils ne sous-performent pas ! Donc si l’on sort du diktat du commerce, on peut avoir des naissances tardives et des chevaux performants. Quoi qu’il en soit, j’espère que les courses pourront reprendre le plus vite, dans la mesure du possible. »

Haras de Saint Vincent

Ludivine Charles : « Nous continuons, avec les mesures sanitaires optimales pour protéger notre personnel et les clients, et limiter au maximum le risque de propagation du virus. Tant que nous sommes autorisés à faire saillir, nous continuons. Nous le faisons pour nos clients et pour les propriétaires qui nous ont confié leur étalon. »

Ils continuent aussi…

Élevage du Fruitier

Élevage Figerro

Haras de Cercy

Haras de Colleville

Haras de Corlay

Haras du Grand Courgeon

Haras de la Haie Neuve

Haras du Logis

Haras du Logis Saint Germain

Haras du Mesnil

Haras de Saint-Arnoult

Haras de Treban

Ils continuent mais…

Haras de la Huderie

Béranger Bussy : « Nous attendons les décisions des autres haras et des directives claires émanant au minimum des haras nationaux. Il faut que tout le monde soit logé à la même enseigne. Concernant les pensions de juments, nous sommes complets. Je trouve la décision du haras de Bouquetot courageuse et j’aimerais avoir des directives claires pour faire la même chose. »

Haras d’Enki

Estève Rouchvarger : « Je trouve qu’il n’est pas raisonnable de continuer à saillir. Je ne sais pas si c’est respecter le confinement que de faire ça… Je n’arrêterai pas, mais quand on envoie ses proches avec une jument, je ne sais pas si c’est raisonnable. Nous ne savons pas ce qu’il va se passer. J’ai l’impression d’être le seul à penser qu’il vaut mieux arrêter la saillie pendant quinze jours. Nous ne sommes pas différents des autres… Et puis s’il faut reprendre la saillie à partir du 15 mai, ça ne me dérangera pas. »

Ils arrêtent

Al Shaqab Racing

Benoit Jeffroy : « Dans le contexte de crise sanitaire humaine et de lutte contre la propagation du virus Covid-19, le haras de Bouquetot arrêtera les actes de saillies de ses étalons et fermera ses portes à tout public à partir de lundi 23 mars, pour une durée minimale de quinze jours.

Les saillies déjà réservées seront assurées jusqu’à dimanche, aucune nouvelle réservation ne sera acceptée.

Nous prenons cette décision en pleine conscience de l’impact économique qu’elle aura sur les éleveurs, cependant notre priorité reste la santé et la sécurité de nos équipes et de nos clients, au vu de l’ampleur de cette crise et en concordance avec l’ensemble des mesures de précautions drastiques récemment prises en Europe.

Notre équipe commerciale reste à votre disposition pour discuter des modalités de vos contrats existants et pour toute autre question, n’hésitez pas à nous contacter sur nos téléphones portables. »

Haras du Mazet

Matthieu Talleux : « Je refuse de poursuivre la saison de monte. Les juments sur place sont saillies mais je n’en prendrai pas d’autres pour le moment. De plus, en Corrèze, le préfet a interdit de déplacer les chevaux sauf urgences vétérinaires, parmi lesquelles le poulinage.

J’ai envoyé un SMS à Benoit Jeffroy pour le féliciter de sa décision. Je trouve que c’est un acte respectable. Il faut arrêter d’être égoïste. Pour moi, c’est une grosse erreur que de continuer, il y a des choses bien plus graves qui se passent. Alors oui, il y a des protocoles sanitaires mis en place. Mais en amenant les juments, vous demandez aussi à du personnel de prendre la route, s’arrêter à la station-service où il y a du passage… S’il y a un accident, il faudra venir les secourir. Est-ce le bon moment de prendre ce risque ? J’espère que d’autres vont suivre cette décision. »

Sud Manche Haras

Benoît Grosfils : « Par civisme et pour protéger la santé de nos salariés et de nos clients, et après concertation entre associés, nous avons décidé de suspendre la monte dans notre haras jusqu’au premier avril. Cette décision, nous l’avons aussi prise en concertation avec les vétérinaires et en application des consignes sanitaires de précaution imposées à tout le pays. Je suis désolé de ne pas suivre les directives, mais je pense que nier la réalité sanitaire du pays risque de nous faire fermer pour de bon et pour longtemps nos établissements. »