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Jour de Galop

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Simona, aux bons souvenirs de Robin McAlpine

Courses / 24.03.2020

Simona, aux bons souvenirs de Robin McAlpine

Crise sanitaire oblige, pour le moment, un seul Groupe s’est couru en plat en France. Il s’agit du Prix Exbury (Gr3), remporté par Simona (Siyouni). Elle est à ce jour le meilleur représentant français de Nigel et Carolyn Elwes, lesquels font vivre la grande tradition hippique de la famille McAlpine.

Photo : La victoire de Simona dans le Prix Exbury (Gr3)

Rares sont ceux qui, comme Nigel et Carolyn Elwes, peuvent faire courir avec une casaque présentant un motif de tartan. Et ces quelques privilégiés font presque toujours partie d’une des familles d’origine écossaise ayant compté dans l’histoire du turf anglais. C’est plus qu’une anecdote, car ils sont finalement nombreux, parmi les personnalités hippiques britanniques, à avoir des racines tout au nord du Royaume-Uni. Un livre a même été publié en 2017 sur ce sujet : The Scots & the Turf : Racing and Breeding. On y apprend par exemple que Willie Carson, Mark Johnston ou encore Alan King ne sont pas des exceptions. En France, l’un des plus célèbres représentants de cette diaspora hippique écossaise n’est autre que Robin McAlpine. Ce dernier est le père adoptif de Carolyn Elwes, l’épouse de Nigel Elwes, un financier londonien ayant aussi occupé le poste de président des éleveurs anglais.

Une casaque mythique. Très connu outre-Manche, Robin McAlpine fut notamment le propriétaire (et parfois l’éleveur) d’une série de bons chevaux dans les années cinquante et soixante, comme Zabara (1.000 Guinées), Infatuation (Dewhurst Stakes), Ratification (Greenham Stakes, Coventry Stakes, Richmond Stakes), Marsolve (July Cup), Circus Plume (Oaks & Yorkshire Oaks)… Au cours des années soixante, c’est John Waugh – encore une illustre famille écossaise des courses, représentée en France par son fils Alec – qui était son entraîneur particulier à Newmarket. Dans les années soixante-dix, constatant la différence des allocations entre les pays, Robin McAlpine fut l’un des premiers britanniques à déplacer une part significative de son effectif en France… Parmi les meilleurs chevaux entraînés à Chantilly pour Robin McAlpine, il faut citer First Waltz (Prix Morny) et Ranimer (Sun Chariot Stakes). Un de ses bons derniers élèves fut Beneficial (Top Ville). Confié à Geoff Wragg, ce lauréat des King Edward VII Stakes (Gr2) en 1993 est ensuite devenu un étalon d’obstacle de premier plan. Le frère utérin de Beneficial, Jeune (Kalaglow), avait quitté la Grande-Bretagne après sa victoire dans les Hardwicke Stakes (Gr2). Il a remporté trois Grs1 en Australie, dont l’édition 1994 de la Melbourne Cup (Gr1).

Deux photos Côte à Côte, sur deux colonnes : La casaque de Robin McAlpine // La casaque de Nigel et Carolyn Elwes

Ces Britanniques qui aiment la France. En bonne jument d’éleveur-propriétaire, Simona a gagné son Groupe à l’âge de 4ans… La patience est une vertu qui peut parfois se révéler payante dans les courses ! Ce lundi, Nigel Elwes nous a confié : « Cette victoire dans le Prix Exbury, nous la vivons comme une remarquable réussite. Et nous espérons qu’elle va continuer à se distinguer en France au niveau Groupe, même si nous n’avons que peu de visibilité dans le contexte actuel : il ne serait pas forcément avantageux de tenter une épreuve de sélection britannique avec elle. Nous aimons vraiment beaucoup venir voir nos chevaux courir en France, malheureusement c’est un plaisir que nous n’avons que trop rarement l’occasion de pratiquer. Cela fait des années que nous travaillons avec Francis-Henri Graffard… Au point que je ne me souviens même plus comment nous l’avons rencontré ! Notre casaque n’est pas tout à fait la même que celle de Robin McAlpine. La différence vient du fait qu’il avait une bande dorée sur les bras, laquelle est absente de nos couleurs [il existe une variante où la toque, les coutures et la bande sont roses, c’est celle utilisée par Angela McAlpine, ndlr]. Cela fait des années que nous avons des juments en France, deux à l’heure actuelle. Ce sont des poulinières que nous avons acquises aux ventes françaises, dans cet objectif, afin de produire des chevaux qualifiés pour le système des primes françaises. Monava (El Prado), la mère de Simona, va être saillie par Zelzal (Sea the Stars) cette année. Nous avons aussi quatre juments stationnées en Irlande, mais pas en Grande-Bretagne. Parmi ces dernières, il nous reste une seule poulinière issue d’une famille développée par Robin McAlpine. »

De véritables éleveurs propriétaires. Hubert Honoré a élevé Simona pour le compte de Nigel et Carolyn Elwes. Il se souvient : « Précédemment, ils avaient leurs deux juments françaises aux Aga Khan Studs. Mais Son Altesse l’Aga Khan a souhaité réserver ses haras à ses effectifs personnels. Nigel et Carolyn Elwes sont donc arrivés chez moi sur les conseils de Tim Richardson. Ces personnes d’une grande correction, avec beaucoup de classe, ont toujours fait preuve de générosité avec le personnel du haras. Ce fut extrêmement agréable de travailler avec eux. Au moment de réduire mon activité, et bien qu’ils souhaitaient rester chez moi, je leur ai conseillé de confier leurs juments à La Motteraye. Les époux Elwes sont de véritables éleveurs propriétaires, qui élèvent pour le plaisir de voir leurs couleurs briller en compétition. Simona n’était pas le genre de poulain qui sort du lot dans un herbage, tout comme sa mère n’est pas une jument très élégante. Mais ses quatre victoires françaises et ce Groupe constituent une belle récompense pour les Elwes. »