Solidaires, les sociétés régionales se tiennent prêtes pour la reprise

Courses / 27.03.2020

Solidaires, les sociétés régionales se tiennent prêtes pour la reprise

En cette période de crise, toutes les sociétés de courses régionales ne rencontrent pas les mêmes difficultés. Mais elles tiennent, en revanche, toutes un même discours : il faudra être prêt pour la reprise et sauver coûte que coûte la filière…

Jean-Michel Descamps : « Mutualiser les recettes irait dans le bon sens. »

Le président de la société de courses de Bordeaux-Le Bouscat nous a expliqué :

« Nous avons mis en place un service minimum, en sachant que la piste de trot ne nécessite pas d’entretien. Nous concentrons nos efforts sur les trois pistes en gazon, celle de plat, celle de steeple et celle de haies. La secrétaire ne vient plus qu’une fois par semaine, la personne chargée de la communication est au chômage technique, la directrice vient aider à l’entretien des pistes. Pour le personnel de piste, un est en arrêt maladie et les trois autres sont au chômage partiel. Ils travaillent deux jours par semaine, à tour de rôle et sans jamais se croiser. On ne sait pas encore quelles aides nous serons susceptibles de recevoir. Si l’on recommence mi-avril, nous aurons annulé au total six réunions. Non seulement il y a le manque à gagner, mais il va se poser la question du programme : Quand va-t-on recommencer à courir ? Et comme cela va-t-il se passer ? Allons-nous tous recourir en même temps ? Si c’est le cas, cela s’annonce très compliqué. Ce qui est sûr, c’est que, si les réunions annulées ne sont pas recourues, on va se retrouver avec une forte distorsion entre ceux qui ont des meetings d’été et les autres, dont nous faisons partie, qui n’auront pas couru une seule fois ou très peu. Le décalage serait trop important. On ne peut en avantager certains, à moins qu’il y ait une grande solidarité entre tout le monde. Mutualiser les recettes irait dans le bon sens. Nos investissements, qui étaient liés au reversement par la métropole de la redevance qu’elle touche des jeux, sont donc reportés, voire tout simplement annulés. »

Antoine Gilibert : « Il faut dès à présent revoir le programme en tablant sur différentes hypothèses. »

Le président de la société de courses de Compiègne nous a confié :

« La vie de la société continue cette semaine, avec l’ensemble du personnel technique présent pour s’occuper des pistes et effectuer de petits travaux, car nous avons été les derniers à courir [le lundi 16 mars, ndlr]. En revanche, à compter de la semaine prochaine, sur les dix employés, seuls deux continueront à travailler, le reste étant mis au chômage technique, comme nous l’a demandé la fédération. Nos pertes financières seront plus importantes que dans d’autres sociétés, mais elles restent difficiles à évaluer. Le but est que nous soyons prêts lorsque nous aurons l’autorisation de courir. Si les courses reprennent début mai, comme je l’imagine, nous perdons sept réunions, dont certaines étaient supports de Quintés +. Le plus important, c’est que nous puissions recourir, même s’il s’agit d’une période de huis clos plus ou moins longue. Il faut dès à présent revoir le programme en tablant sur différentes hypothèses, à savoir une reprise le 1er mai, le 15 mai, le 1er juin ou le 15 juin. Il faudra sans doute organiser des réunions à dix courses, dédoubler un maximum de handicaps. L’institution doit savoir que les présidents de sociétés de courses sont prêts à faire les efforts nécessaires pour que tout se passe pour le mieux dès la reprise. On est tous conscients des difficultés rencontrées par les acteurs de la filière, notamment par les entraîneurs et les propriétaires. »

Frédéric Landon : « Je vais essayer de proposer à mes collègues présidents de mutualiser, si cela est possible, une partie de nos réserves. »

Le président de la société de courses de Fontainebleau nous a dit :

« Si les courses reprennent le 15 avril, nous n’aurons perdu que quatre réunions, dont l’une prévue le 26 mars, où étaient prévus un Quinté + et une Listed. La semaine suivante, pour le 1er avril, nous devions courir l’une des épreuves phares de l’année chez nous, le Grand Cross-Country de Fontainebleau (L), une épreuve de la Crystal Cup. Si cela est prolongé jusqu’à fin avril, comme je le crains, nous perdrons deux autres réunions, le 16 et le 18 avril. Trois de nos collaborateurs sont au chômage technique et la partie secrétariat a basculé en télétravail. Il ne reste sur le site que le directeur de l’hippodrome et le régisseur. Ce sont eux qui s’occupent de l’entretien des pistes. Cela consiste essentiellement à assurer la tonte des pistes, la mise de l’engrais pour que la pousse se passe bien, et l’arrosage. Tout se passe bien à ce jour, car nous avons la chance de n’avoir aucun collaborateur malade. On ne peut pas estimer le manque à gagner en l’état car, désormais, le système de rémunération est plus complexe qu’avant. Ce qui est évident, c’est que nous ne serons pas rémunérés pour les coûts d’organisation et qu’il y aura une conséquence sur la rémunération au titre des frais fixes. Nous sommes donc dans l’incapacité de savoir précisément quel sera le manque à gagner. Nous ne connaissons en effet pas la position de la Fédération nationale, qui gère maintenant la rémunération des sociétés premium régionales pour le compte des sociétés mères. En toute hypothèse, il y aura un impact important pour notre société. Outre la perte de ces réunions, il y aussi celle des sommes que nous percevons de sponsors ou de la mise à disposition de nos locaux pour des entreprises. Heureusement, notre société a encore des réserves, nous serons donc en capacité de surmonter ces conséquences financières. Mais l’exercice sera très largement déficitaire.

Je vais essayer de proposer à mes collègues présidents de mutualiser, si cela est possible, une partie de nos réserves. Pour celles qui sont en capacité de le faire, cela permettra d’aider des sociétés qui en ont grand besoin, avec un mécanisme de remboursement des avances en fonction de l’évolution de la situation. Pour cela, nous devons faire un tour de table pour savoir quelles sociétés sont en mesure d’aider les autres. Cette solidarité permettrait de maintenir l’outil de travail des sociétés et que, dès la reprise des courses, elles soient en mesure d’accueillir les réunions. »

Lucien Matzinger : « J’espère que nous pourrons reprendre début mai. Dans l’idéal, il faudrait que l’on soit prévenu au moins une quinzaine de jours à l’avance. »

Le président de la société de courses de Strasbourg a déclaré :

« Normalement, nous avons cinq salariés sur l’hippodrome, mais nous en avons mis trois au chômage technique. Un salarié s’occupe du centre d’entraînement, qui est toujours ouvert et entretenu régulièrement. Entre 40 et 50 chevaux sortent quotidiennement. Le centre fonctionne bien mais tourne au ralenti, bien entendu. L’hippodrome était tout à fait prêt car nous avions couru le 8 mars et nous devions le faire le 21 mars et le 12 avril. Il reste juste à tondre les pistes. Il fait relativement froid en ce moment et une seule tonte par semaine est suffisante. On devrait courir également le 19 et le 26 avril, mais je suis sceptique. J’espère que nous pourrons reprendre début mai. Dans l’idéal, il faudrait que l’on soit prévenu au moins une quinzaine de jours à l’avance, pour que les entraîneurs puissent retravailler les chevaux. Au niveau financier, la Fédération nationale nous a demandé un plan de trésorerie que nous avons fourni. Les choses se mettent en place au niveau de France Galop, de la gouvernance cheval avec Loïc Malivet et, donc, de la fédération. Il faut que l’on reste groupés pour faire une demande commune à l’État. L’essentiel aujourd’hui est de trouver nos marques, que l’on arrive à gérer financièrement la situation et que l’on fasse confiance aux sociétés mères. Personne ne doit être sacrifié car nous avons besoin de tout le monde pour courir. »

Jacques Montoya : « Nous prenons énormément de précautions. »

Le président de la société des courses de Nancy-Bradois a dit :

« Nous essayons de gérer la situation de manière réglementaire et nous faisons tout pour éviter la propagation du virus. À Nancy-Bradois, il y a un centre d’entraînement avec des professionnels à demeure, donc nous restons ouverts. Malgré cela, nous prenons énormément de précautions. L’équipe est essentiellement absente et, par intermittence, les uns et les autres viennent pour entretenir la piste. Nous ne pouvons pas laisser un site comme celui-là sans hersage, arrosage et entretien général. Et il faut absolument permettre aux chevaux de se défouler un peu.  Il y en a quand même une cinquantaine pour deux entraîneurs actuellement. Pour nous, la saison devait commencer la semaine dernière, au moment de l’annonce du confinement. Nous avions trois réunions qui devaient se courir les 22 et 29 mars et le 5 avril. Les réunions du 21 avril et du 3 mai seront sans doute supprimées, mais nous attendons les instructions. Quand on ne peut pas ouvrir un hippodrome, il est certain qu’il y a un réel manque à gagner. Plusieurs aides ont été proposées par différents syndicats, que ce soit celui des propriétaires ou celui des entraîneurs. France Galop a aussi lancé plusieurs choses et je pense qu’elle va soutenir les sociétés les plus en difficulté. Ce que l’on attend de France Galop, c’est aussi d’envisager de remettre en place un programme qui permettra aux sociétés de courses, aux entraîneurs et aux propriétaires de faire courir les chevaux, et je sais que cela ne va pas être simple. Je ne suis pas sûr que tout le monde ait trouvé des solutions car c’est une situation inédite. Mais j’ai l’impression qu’il y a un vrai travail de soutien, autant de la part de France Galop que du Trot. Nous recevons d’ailleurs des messages d’encouragement. Pour l’instant, je suis satisfait de la façon dont les choses sont traitées. »

Alain Peltier : « Quoi qu’il arrive, il faudra que Paris nous aide. »

Le président de la société de courses du Lion-d’Angers nous a confié :

« Nos deux employés qui interviennent sur les pistes, après deux jours de confinement et en application des directives, sont revenus au travail. Toutes les précautions sont prises et l’entretien des pistes se déroule parfaitement. Avec l’arrêt des courses, trois de nos réunions passent à la trappe. Quid de demain ? Nous n’en savons rien. Mais ce que nous redoutons, ce sont les difficultés que nous pourrions rencontrer lors de notre réunion du 21 mai, avec le Prix Anjou-Loire Challenge (L) et le Palio de la Communauté de Communes, qui est un évènement intercommunal important. Pourra-t-on courir ? Les chevaux seront-ils prêts ? Le public pourra-t-il venir ? Cette réunion attire chaque année plus de 10.000 personnes et un gros travail en matière de communication est normalement réalisé là-dessus. Cette réunion n’aura probablement pas l’impact qu’elle a habituellement. Mais nous sommes tous dans la même situation. Cette crise affectera financièrement notre société. Mais, fort heureusement, nous avons toujours géré de façon prudente notre trésorerie. Quoi qu’il arrive, il faudra que Paris nous aide, des échanges ont déjà été entamés à ce sujet. Je pense que nous serons davantage sollicités en fin d’année. Un programme de substitution, voire de complémentarité, doit désormais être élaboré. La tâche n’est pas simple, mais j’ai confiance en nos dirigeants. Il faudra que nous soyons solidaires. Nous, simples bénévoles, ferons ce que nous pourrons, pour aider à la reprise des courses. Il faut garder espoir, c’est un très mauvais moment à passer. C’est une situation totalement inédite, mais il ne faut pas sombrer dans le catastrophisme. »

Jean-Marie Plassan : « Il faudra sans doute faire des sacrifices par la suite. » 

Le président de la société de courses de La Teste-de-Buch a déclaré :

« Le plus important est de sauver l’institution, les entraîneurs, les entreprises, le personnel qui travaille dans les écuries. L’heure est grave, mais c’est ainsi, on ne peut pas faire grand-chose d’autre pour l’instant. Il faudra sans doute faire des sacrifices par la suite. Les sociétés de courses, à commencer par nous, peuvent en faire et peuvent s’adapter. Il n’y a pas de problème. Mais, bien évidemment, il ne faudrait pas que cela dure pendant trop longtemps. Pas au-delà du mois de mai en tout cas. Là, ce serait catastrophique pour tout le monde. D’ici au 15 avril, une seule réunion aurait dû se tenir à La Teste. On ne sait pas vers quoi on va, c’est ça qui est inquiétant. L’entraînement se passe normalement. Les gens sont très consciencieux et les chevaux sortent et sont entraînés régulièrement. Trois salariés sont au chômage partiel. On tourne avec cinq personnes pour l’entretien du centre d’entraînement et de l’hippodrome. J’essaie d’être présent, de montrer de l’exemple. Il y a un risque, mais c’est comme ça. »

Jean-Claude Ravier : « Les sociétés mères doivent avant tout sauver la filière, c’est-à-dire nos professionnels, nos propriétaires. »

Le président des sociétés de courses de Lyon a dit :  

« Tout le monde est au chômage partiel, tant le personnel technique que le personnel administratif. Le directeur général, le secrétaire général et le comptable sont, quant à eux, en télétravail. Plus personne ne se trouve dans les locaux de la société. Pour les pistes, on continue d’entretenir les pistes en gazon, et plus particulièrement celle de Parilly, car les réunions de La Soie ont été supprimées [Ndlr : elles étaient prévues les 19 et 23 mars]. Il est hors de question de toute façon de ne pas entretenir les pistes au mois de mars et d’avril. On ne sera pas prêts pour la reprise si l’on ne fait rien. Si nous reprenons le 15, c’est tant mieux, si c’est après, nous nous adapterons. Mais l’essentiel est de privilégier l’aspect humain sur l’aspect économique. C’est sûr, ce sera compliqué car le manque à gagner est plus que significatif. J’ai différé ou annulé tous les investissements qui étaient prévus. On devait refaire la P.S.F. au mois de mai, j’ai donc prévenu notre correspondant en Australie pour lui dire que c’était repoussé, ce qu’il a parfaitement entendu. Le petit bout de trésorerie que nous avons, nous le gardons pour verser les salaires. Je fais partie de ceux qui pensent que les sociétés mères doivent avant tout sauver la filière, c’est-à-dire nos professionnels, nos propriétaires… L’intérêt général doit prédominer. »

Jacques Rossi : « Je reste sceptique sur une reprise mi-avril et je lance un appel : si cela devait avoir lieu, nous devons reprendre dans un premier temps à huis clos. »

Le président de la société hippique de Marseille nous a confié :

« Nous ferons le point sur le manque à gagner plus tard, mais parler de pertes serait plus approprié… Le 25 mars devait par exemple être la date du Grand National du Trot, l’une des épreuves majeures de la saison à Borély. J’espère que le gouvernement, aussi bien que les sociétés mères, prendront en compte tout cela. Le centre d’entraînement ne fonctionne qu’avec les pistes, car il faut quand même prévoir la réouverture. Pour Calas, toujours, l’équipe administrative a été mise au chômage technique. Pour le site de Vivaux, comme nous n’avons pas de pistes en gazon, l’effectif se résume au secrétariat, dont le temps de travail a été réduit, et au gardien de l’hippodrome. Pour Borély, tous les hommes de piste sont affectés au gazon. On attend la reprise des courses. Je reste sceptique sur un reprise mi-avril et je lance un appel : si cela devait avoir lieu, nous devons reprendre dans un premier temps à huis clos. »

François Saint-André : « Le minimum est que nous soyons solidaires. »

Le président de la société des courses d’Angers a déclaré :

« Le 1er avril, à Angers, une réunion avec le premier Quinté + de trot de l’année devait se tenir et elle a dû être annulée. La réunion PMH du 5 avril ne sera pas courue non plus, et je suis dans l’attente de savoir si nous allons maintenir celle du 10 mai. Je ne suis pas très optimiste… Mais, malgré tout, j’espère vraiment que nous pourrons courir d’ici là, car, en contrepartie, je suis obligé de conserver le personnel, qui a été mis en chômage partiel, pour l’entretien de la piste plate, de celle de steeple-chase et aussi de celle de trot, plus facile que les deux autres à entretenir. Comme nous ne sommes pas maîtres du temps, ni maîtres de la sortie de ce Covid-19, nous n’avons qu’à attendre, avec les enjeux financiers qui vont avec. Je ne me fais pas beaucoup d’illusions sur la capacité des sociétés mères à nous aider car leurs trésoreries aussi sont tendues. Angers, c’est une gestion prudente depuis de nombreuses années, ce qui nous permet d’appréhender les prochaines réunions sans trop de difficultés. Mais si la situation venait à perdurer, je ne suis pas certain de tenir le même discours. Le danger, c’est de se retrouver avec une trésorerie totalement asséchée et que, au moment où il faudra refaire des investissements sur notre hippodrome, on ne puisse pas. Le soutien institutionnel est fort. Celui de la Fédération des courses également, avec Pierre Préaux, qui est attentif à notre situation et je l’en remercie. Nous avons aussi une certaine forme de solidarité avec d’autres présidents de notre région. Nous nous appelons et nous nous donnons des nouvelles en évoquant les problèmes que l’on rencontre et en nous donnant quelques conseils concernant cette crise. Elle laissera forcément des traces dans les sociétés de courses, chez les entraîneurs, les éleveurs et aussi les propriétaires, dont je fais partie. Certains sont dans une situation extrêmement délicate à cause de ce séisme qui ébranle toute notre filière. Le minimum est que nous soyons solidaires. Je pense également à eux et je leur adresse tout mon soutien. Si certains ont besoin d’être aidés par les sociétés mères, il ne faut pas hésiter à le demander. Mais si on peut s’organiser pour essayer de s’en sortir sans elles, il faut aussi le faire. Nous devons prendre toutes les mesures pour limiter les dépenses et laisser passer l’orage. »