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French Purebred Arabian

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Soufiane Saadi : « Les expériences, il faut les vivre et la chance, il faut la provoquer »

09.03.2020

Soufiane Saadi : « Les expériences, il faut les vivre et la chance, il faut la provoquer »

Au Qatar, Soufiane Saadi réalise un bel hiver pour le compte de l’écurie d’Alban de Mieulle. Le jockey français prépare ainsi de la meilleure des manières la saison européenne. À quelques jours du festival de l’Amir Sword, il a répondu à nos questions.

The French Purebred Arabian. – Pourquoi venir au Qatar ?

Soufiane Saadi. – Tout simplement parce que mon patron, Henri-Alex Pantall, n’a pas besoin de moi pour le meeting de Cagnes-sur-Mer. Dès lors, j’ai pensé à quitter la France pour aller dans une région avec plus d’opportunités. Plusieurs collègues jockeys m’ont parlé de leurs bonnes expériences ici, à Doha, et je me suis dit : "Pourquoi pas moi ?". Ensuite, j’ai demandé l’autorisation à mon patron, qui a trouvé que c’était une très bonne idée. Il m’a mis en relation avec Alban de Mieulle. Je suis parti en octobre pour être prêt dès le début de la saison du Qatar.

Étiez-vous déjà venu ici ?

Non, c’était la première fois. Mais en revanche, j’ai monté en Espagne, en Allemagne et un peu en Angleterre.

Les courses sont-elles différentes ?

J’ai un peu d’expérience à l’étranger mais ici cela va vite, c’est limpide. C’est un peu surprenant au début, car en France, les courses sont plus tactiques, mais je me suis vite adapté. C’est un peu comme en Angleterre… c’est-à-dire sans fausses courses.

Comment votre arrivée dans l’écurie d’Alban de Mieulle s’est-elle déroulée ?

Cela s’est très bien passé car il m’a tout de suite mis en confiance. Je le lui rends bien, je crois. C’est assez facile de travailler pour lui car tout est très organisé. Il y a beaucoup de personnes qui travaillent pour l’écurie. C’est fonctionnel et on s’adapte assez vite. En outre, il entraîne un peu comme mon patron, Henri-Alex Pantall, donc forcément, cela aide.

Comment vos journées se déroulent-elles ?

Le premier lot est à 5 heures du matin et nous finissons vers 9 heures. Nous montons quatre lots et il y a des galops une à deux fois par semaine lorsque l’écurie a des partants. Je rentre ensuite de l’écurie, pour manger et me reposer. Les courses commencent à 16 heures et se terminent entre 20 heures et 21 heures. Il y a deux réunions par semaine. Une sur le sable, le mercredi, et l’autre sur le gazon, le jeudi.

Avez-vous découvert beaucoup de pur-sang arabes à l’écurie ?

J’en avais déjà monté en tant qu’apprenti. Il a fallu que je me réhabitue à cette race, mais ils se travaillent un peu comme les pur-sang anglais. Et parfois, sur leur dos, on ne fait pas la différence. Surtout avec les bons. Enfin, ils sont façonnés comme les pur-sang anglais, même s’ils vont un peu moins vite. Il faut un petit laps de temps pour s’adapter, mais on s’habitue vite. C’est toujours plus facile d’apprendre quand on monte de bons chevaux.

Vous avez notamment été associé à un pur-sang arabe en devenir, Jabalah ?

C’est un cheval qui travaillait correctement le matin, avec un peu de caractère. Je l’ai débuté. Même si, au départ, il ne nous avait pas montré qu’il pouvait être un tout bon, il n’a fait que progresser à chacune de ses sorties, jusqu’au plus haut niveau. C’était donc une très belle surprise pour moi, pour son entraîneur et pour toute l’écurie.

Avec lui, vous avez gagné le Qatar Derby (Gr1 PA) des 3ans…

C’était mon premier Gr1 PA et nous l’avons gagné ! C’est magnifique et c’est ma plus belle victoire jusqu’à présent. Nous travaillons nos chevaux tous les matins, même si, parfois, nous changeons un peu pour éviter la routine. Certes, Ronan Thomas est le premier jockey, mais je garde souvent mes chevaux et Alban de Mieulle respecte beaucoup ses jockeys. Quand cela se passe bien, nous gardons nos montes. C’est gratifiant. Cela m’a permis de faire progresser Jabalah (Al Mamun Monlau) et de gagner de bonnes courses avec lui.

Comment votre tandem avec Ronan Thomas, le premier jockey de l’écurie, fonctionne-t-il ?

Je ne savais pas comment cela allait se passer au départ et je pensais que Ronan allait monter tous les bons, même s’il monte une grande part des chevaux de l’écurie. Je ne pensais pas qu’Alban m’accorderait une telle confiance… Surtout que Ronan avait fait déjà une belle saison l’an passé. Qu’il me fasse ainsi confiance, c’est parfait.

Nous avons parlé de Jabalah, mais vous avez également gagné avec un certain Tayf ?

Je lui ai été associé pour sa rentrée, quand il a terminé troisième de Yazeed (Munjiz). C’était la première fois que je le montais. Tayf (Amer) est un cheval d’expérience qui a gagné des Grs1 PA. Nous avons remporté H.E Sheikh Joaan bin Hamad Al Thani Trophy (Gr3 PA), une préparatoire à la grande journée du 22 février. C’était un bon engagement pour lui. Cela s’est très bien passé et j’étais content car il peut se montrer caractériel. Il a 8ans et ce n’est pas le plus facile à monter. Souvent, en vieillissant, les pur-sang arabes deviennent plus difficiles.

Olivier Peslier nous avait dit la même chose à propos de Tayf…

Oui, il le connaît bien. Il l’a souvent monté. Ce cheval, c’est quand il veut. Je me rappelle sa victoire à ParisLongchamp, dans The President of the UAE Cup - Coupe d’Europe des Chevaux Arabes (Gr1 PA), en mai dernier. C’était impressionnant. Tayf était aux 200m, Olivier l'a décalé et remis dans le dos d’un autre, puis il l'a sorti à 100m du poteau pour gagner d’une tête ou d'une encolure, sans un coup de bâton… En le voyant, je me suis dit : « Je ne vais pas être capable de faire un truc comme cela ! » (rires) Mais bon, nous allons essayer de gérer, de bien doser et d'attendre au maximum. C’est ce qu'il s’est passé. Dès qu’il se retrouve devant, il s’arrête. Quand j’ai gagné avec lui, il ne s’est pas repris, ce qui m’a surpris car il a gagné d’un peu plus de deux longueurs. Mais on voit qu’à 200m, je n'ai pas bougé pour attendre le dernier moment afin de prendre l’avantage. C’est un crack. Quand il veut, il fait plaisir, mais quand il ne veut pas…

Vous êtes déjà à 14 victoires cette première saison…

C’est top. J’aimerais en faire le maximum d’ici la fin. Ici, il y a de bons chevaux et de grands propriétaires, c’est gratifiant. On prend toujours un risque en quittant la France, car en revenant, c’est plus dur. Mais les expériences, il faut les vivre, et la chance, il faut la provoquer. On verra bien. Si j’ai le talent, je devrais m’en sortir. Je suis parti assez sereinement. L’an passé, je crois que j’ai dû faire deux gagnants pendant l’hiver… En plus, mon patron fait appel à beaucoup de jockeys parisiens. En outre, monsieur Pantall travaille régulièrement avec Alban de Mieulle et ils entraînent tous les deux pour le cheikh Abdullah bin Khalifa Al Thani. C’est donc une bonne collaboration. Je ne serais resté en France que si mon patron avait refusé que je parte. Mais il était ravi pour moi. Je pense qu’il ne faut pas hésiter à se lancer dans des "aventures" qui peuvent être fructueuses, comme la mienne.

Et puis, cela vous procurera peut-être plus d’opportunités à votre retour en France…

Exactement ! Comme mon patron a des chevaux de propriétaires qataris, si je performe bien ici, cela pourra m’aider à mon retour en France car ces propriétaires pourraient m’accorder leur préférence. Je pense que ce n’est que du bonus pour moi.

Comment vous sentez-vous dans ce nouvel environnement, sur le plan de votre vie personnelle ici ?

C’est un peu différent mais la culture qatarie est appréciable et le climat très agréable. La ville de Doha est impressionnante avec tous ces buildings… Je n’avais encore jamais vu une telle concentration de richesses. J’ai un ami qatari sur place, le jockey Faleh Bughenaim. Il me fait découvrir beaucoup de choses. J’ai également ma copine avec moi, je ne suis donc pas tout seul. Après, même si le Qatar est un petit pays par la taille, il y a beaucoup de choses à voir. Enfin, quand cela se passe bien au niveau des courses, des opportunités de découverte de nouveaux lieux sont offertes par les personnes du pays, par les propriétaires qui sont contents de vous et veulent vous récompenser. C’est vraiment sympa la vie ici et cela me plaît. Je ne suis pas trop dépaysé, étant originaire du Maroc et de l’Algérie. Je savais un peu comment cela allait se passer au niveau de la vie privée. Après, si je n’avais pas eu de réussite, sans trop monter, j’aurais trouvé le temps long, surtout six mois. La moitié d’une année dans un pays que vous ne connaissez pas, sans votre famille – même si j’ai ma femme avec moi –, cela n’aurait pas été facile. C’est la première fois que je pars aussi longtemps à l’étranger et je veux en profiter au maximum.

Comptez-vous rester jusqu’à la fin de la saison qatarie ?

Pour le moment, je reste jusqu’à l’Amir Sword (Gr1 PA), mais comme mon patron vient courir French King (French Fifteen) dans l’Amir Trophy (Gr1), nous en discuterons tous les trois, avec Alban. Comme cela se passe bien, je pense que mon patron va me dire de rester jusqu’à la fin de la saison. La dernière réunion est le 23 avril. Nous allons en discuter. Nous verrons. Moi, cela m’irait. Quoi qu’il en soit, ce sera une belle expérience, sans regrets. Pour le grand meeting de fin février, je ne sais pas encore avec qui je serai associé. Jusque-là, dans les grands rendez-vous, j’ai été performant. Ici, tout le monde me parle de cette réunion. Je sais ce que cela représente pour eux, ce sont les plus grandes courses de la saison et tout le monde m’en parle avec des étoiles dans les yeux. Cela va être quelque chose de vraiment sympa à vivre. J’ai déjà regardé la réunion de l’année dernière. J’ai visionné toutes les courses pour savoir à quoi m’attendre. Il faut de bons chevaux, de bons déroulements de courses, plein de petits détails qui font que cela marche. Nous allons faire le nécessaire pour que tous ces petits détails soient au bon endroit, au bon moment, pour donner le maximum, comme d’habitude. Il y a moyen de bien faire, avec Tayf (Amer) notamment, qui a bien gagné. J’espère que je serai bien assis.