Stéphane Chazel, l’homme-orchestre du pur-sang arabe français

30.03.2020

Stéphane Chazel, l’homme-orchestre du pur-sang arabe français

Il est l’un des hommes forts de l’endurance hexagonale, en tant que courtier, cavalier et éleveur. Mais Stéphane Chazel, c’est aussi un éleveur dont les galopeurs se sont déjà distingués au niveau Groupe. Le président de l’A.C.A. (Association nationale française du cheval arabe) a été plusieurs années présentateur professionnel, jusqu'à décrocher à trois reprises le titre suprême de champion du monde de show.

Ils sont rares les hommes de chevaux aussi concernés par l'ensemble de la filière du cheval arabe. S’il a aussi fait courir sous ses propres couleurs, c’est à présent principalement en tant qu’éleveur que Stéphane Chazel se distingue au galop. En effet, fin novembre 2017, Diabolo Hipolyte (Nashwan Al Khalidiah) s’est imposé dans le Grand Prix de Son Altesse Royale le Prince Héritier Moulay El Hassan (Gr3 PA). Toujours au Maroc, Evrest Hipolyte (Nizam) s’est classé deuxième du Prix Mansour Dahbi (L PA). Plus récemment, Goingfor Al Baraka (TM Fred Texas) a décroché la deuxième place du Prix Chéri Bibi (Gr3 PA), en octobre 2019, sur la piste de Toulouse.

The French Purebred Arabian. – Pourquoi se lancer dans les courses quand on est un acteur bien implanté dans l’univers de l’endurance ?

Stéphane Chazel. – J’ai toujours eu la passion des pur-sang arabes de course. Et il y a toujours eu de nombreuses passerelles entre ces deux univers. Mon premier cheval d’endurance de niveau international s’appelait Bakara (Baroud III). Il était né pour courir, étant un propre frère de Chéri Bibi (Baroud III). J’ai donc toujours suivi les courses. À tel point que j’ai décidé de commencer à élever dans ce sens il y a une dizaine d’années.

Comment avez-vous lancé cette diversification ?

J’ai commencé par acheter une jument à la vente de Saint-Cloud, Mantalo (Al Sakbe). Elle m’a donné mon premier gagnant de Groupe, Diabolo Hipolyte. Pony Expres Hipolyte (Tidjani), issu d’une souche Pompadour, a gagné trois courses avant de devenir un crack en endurance. Au départ, dans mes croisements pour la course, je gardais à l’esprit la reconversion de mes élèves vers l’endurance en utilisant des origines polyvalentes. Ce n’est plus le cas, car cela revenait à dessiner des croisements moins performants. Les meilleurs étalons actuels en plat ne seront vraisemblablement pas améliorateurs pour l’endurance, comme un Tidjani (Flipper) a pu l’être par le passé. Par exemple, la production d’Amer (Wafi), bien souvent, n’a pas la conformation adéquate pour l’endurance, même si sur le nombre, il y en aura toujours certains qui sortiront du lot.

Goingfor Al Baraka fait partie d’une génération où TM Fred Texas n’a eu que sept produits en France. On mesure à présent à quel point il est un remarquable étalon, mais à l’époque ce n’était pas une évidence. Pourquoi l’avoir utilisé ? De même, la mère de Goingfor Al Baraka n’avait pas un papier très à la mode, étant par Câlin du Loup et Vent des Sables.

Je pense que Vent des Sables (Chéri Bibi) n’a pas vraiment été testé comme reproducteur, malgré un papier fantastique. Il est issu de la famille de Fatzia (Ourour). Concernant la mère de Goingfor Al Baraka, Scarlet des Sables (Câlin du Loup), elle a une qualité à laquelle j’accorde la plus grande des importances, en course comme en endurance : avoir une bonne souche. Et celle de Scarlet des Sables est exceptionnelle. C’est encore une fois celle de Fatzia, une famille n’a pas vraiment donné de chevaux d’endurance.

TM Fred Texas (Burning Sand) m’a toujours énormément plu physiquement. J’ai aussi très bien connu sa mère, Queen Kong (Kong), aux États-Unis, et c’était vraiment une jument hors du commun. Malheureusement, cet étalon n’est plus utilisable pour des éleveurs comme moi car son tarif a explosé. Cette année, je vais beaucoup utiliser Nieshan (Akbar), un remarquable cheval de course qui appartient à la souche de Fatzia, une origine que nous venons d’évoquer à plusieurs reprises. J’essaye aussi de jouer la carte du "pur français".

Goingfor Al Baraka a été racheté sur le ring de Saint-Cloud lorsqu’il avait 2ans. Quelle a été la suite de son parcours ?

La plupart de mes clients du monde de l’endurance ont aussi un pied dans les courses. Et souvent, ils me demandaient de leur signaler d’éventuels bons poulains lors de mes tournées de prospection. Cela m’a incité à me diversifier. J’ai ainsi vendu Goingfor Al Baraka à l’amiable quelques mois après Saint-Cloud. C’est la personne qui gérait l’équipe du Qatar d’endurance qui avait servi d’intermédiaire. Je leur avais loué six chevaux pour les Jeux Équestres Mondiaux, avec une médaille d’or à la clé. Nous sommes restés en bonnes relations depuis. Ils m’ont acheté d’autres chevaux de course. En France, mon élève a fait carrière sous les couleurs d’Amjad Taiss Aljumaily et l’entraînement de Charles Gourdain, qui connaît une belle réussite avec les pur-sang arabes.

Goingfor Al Baraka était par ailleurs un très beau poulain. Pourquoi ne pas l’avoir conservé sous vos couleurs ?

Il était magnifique, mais beaucoup trop fort pour l’endurance. J’ai eu le bonheur de voir ma casaque gagner avec Via Hipolyte (Dahess). Mais à présent, je préfère vendre. Et d’ailleurs c’est comme cela que j’ai obtenu mes meilleurs résultats ! J’y trouve un certain équilibre. De temps en temps, je conserve une pouliche à l’entraînement, comme cette année une fille de Dahess (Amer), dans le but d’en faire une future poulinière. En France, nous avons un programme de sélection, ce qui implique le fait qu’il n’est pas facile de gagner ici. Mais c’est aussi ce qui constitue l’attrait de notre programme et de notre filière française : sa sélectivité.  J’élève entre trois et quatre poulains tous les ans pour les courses. Et cinq ou six pour l’endurance. Contrairement à ce que je faisais au départ, à présent, ils sont tous élevés de la même façon, quelle que soit leur orientation. Goingfor Al Baraka a par exemple grandi au pied des Cévennes, en troupeau et sur de grands espaces, avec une alimentation suivie néanmoins.

Est-il plus difficile de produire des gagnants en course qu’en endurance ?

Non. C’est même l’inverse à mon avis. Il faut énormément attendre avant qu’un cheval d’endurance n’atteigne l’âge d’être performant. Et tout peut se passer durant cette période. L’impact de l’entraînement est encore plus important qu’en course. Les galopeurs sont bons ou mauvais… mais on ne peut pas vraiment les améliorer. En endurance, l’entraîneur et le cavalier représentent 50 % de la performance. Notre discipline est très jeune, avec d’énormes disparités entre les acteurs. Peut-être que dans quelques décennies, comme dans les courses, tout se sera professionnalisé. Mais pour l’instant, la carrière d’un cheval dépend vraiment de la personne à laquelle vous l’avez vendu.

Dans les courses de pur-sang arabes, malgré la mondialisation, l’entraînement français a conservé une certaine domination. Est-ce toujours le cas en endurance ?

Ce n’est plus le cas. Le Golfe domine à présent.

Pensez-vous que d’autres éleveurs d’endurance pourraient suivre votre exemple en se diversifiant vers les courses ?

Tout d’abord, il faut noter que de longue date, certains acteurs sont à cheval sur les deux univers. On peut penser à Renée-Laure Koch, Marcel Mezy, Guy Barry… Mais il faut tout de même accepter le fait que chaque orientation génère une spécialisation des pedigrees, que ce soient les courses, l’endurance ou le show. Dans les années 1990, un cheval comme Drug (Prizrak) était capable de briller à haut niveau en show et sur les hippodromes. C’est inimaginable aujourd’hui et cela le sera encore moins à l’avenir. Récemment, l’ACA a lancé un forum sur les thèmes suivants : quel avenir pour la race ? Quelle sélection et quels outils de sélection pour le futur ?

Toutes les races évoluent en fonction des besoins et nous ne pouvons pas nous opposer à cela. Et si une race n’a plus d’utilité, le risque est grand qu'elle disparaisse. Souvenez-vous des années 1960 : faute de courses, le pur-sang arabe a failli disparaître.

Pour un éleveur, l’équation économique est-elle plus simple à résoudre en course ou en endurance ?

Je trouve que le marché des chevaux de course est plus sain, avec une plus grande diversité d’acheteurs. J’ai vendu des galopeurs aux États-Unis, dans le Golfe, dans les Pays de l’Est, au Maghreb… cela n’a pas d’équivalent en endurance aujourd’hui.

Votre élection correspond aussi à un rapprochement entre l’A.C.A. et l’Afac.

Je suis vraiment très heureux que nous ayons réussi, le temps d’un week-end l’été prochain à Vichy, à rassembler les trois utilisations de la race. En plus du championnat de France de show, cet événement va accueillir le championnat de France de modèles et allures endurance et des courses officielles sur l’hippodrome. C’est une magnifique manifestation de promotion et il s’agit d’un bel exemple de collaboration avec l’Afac.