Zéro déplacement pour pouvoir reprendre les courses plus tôt

Courses / 22.03.2020

Zéro déplacement pour pouvoir reprendre les courses plus tôt

Par le Docteur Gilles Lorenzi, propriétaire éleveur, président des propriétaires du Sud-Ouest

« Chers amis des courses,

Quelle est la priorité ? Repousser la saison de monte de trois semaines ou repousser la reprise des courses aux calendes grecques ?

Dimanche 22 mars, aujourd’hui, le ministre de la Santé a annoncé le décès d’un médecin hospitalier touché par le coronavirus ; d’autres personnels de santé sont hospitalisés en réanimation et nombreux sont, parmi mes confrères, ceux touchés par ce virus. L’ensemble des représentants de médecins, généralistes, hospitaliers, urgentistes, l’Association nationale des internes en médecine demandent un confinement plus strict, voire total pour certains. Si nous voulons éviter un scénario à l’italienne, s’il en est encore temps, ce confinement strict est indispensable. La courbe des nouveaux cas est exponentielle et beaucoup de médecins, de soignants et personnels hospitaliers travaillent en mode dit "dégradé". La marine nationale évacue des malades depuis la Corse, les avions militaires font des transferts de supplémentaires plus (112 connus entre le 20 et le 21 mars). Que vous faut-il de plus ?

France Galop a eu raison de stopper rapidement toutes les courses. Reste le problème des déplacements pour l’élevage. J’ai eu un échange SMS avec le président de la Fédération des éleveurs qui est bien conscient de la gravité exceptionnelle de la situation et le protocole mis en place est certainement très bon, merci. Cependant, ce protocole ne prend pas en compte les incidents imprévus et inévitables : pannes, ravitaillements, croisement avec les routiers et les automobilistes sur les aires d’autoroutes, non respects des consignes, rencontres inopportunes… Seule l’économie indispensable à la vie du pays doit être maintenue.

La seule bonne résolution est un confinement total pour quelques semaines (le virus est contagieux au maximum 12 à 14 jours, en majorité beaucoup moins).

Comme l’a fort justement dit Antoine de Talhouët-Roy : « Je regardais les performances des sujets nés au mois de mai et ils ne sous-performent pas ! Donc si l’on sort du diktat du commerce, on peut avoir des naissances tardives et des chevaux performants. Quoi qu’il en soit, j’espère que les courses pourront reprendre au plus vite, dans la mesure du possible. »

L’Italie a pris hier la décision du confinement total, trop tard, 793 morts juste pour la journée d’hier.

La priorité du secours financier de l’État devra aller aux professionnels, tous les professionnels. Il faudra aussi songer aux propriétaires non professionnels. Peut-être les comportements post crise vont-ils changer, et que les propriétaires qui ne peuvent entretenir que X chevaux, éviteront d’avoir 2X chevaux et n’auront pas de sueurs froides ou de retard de paiement si leurs chevaux ne gagnent pas ou ne courent pas. Peut-être faudra-t-il adapter les conditions de courses pour les chevaux nés en 2021 si nos voisins continuent à faire saillir sans tenir compte de l’épidémie. Peut-être faudra-t-il faire une dose temporaire de protectionnisme, les Anglo-Saxons ne s’en privent jamais. Toute l’économie française, européenne et mondiale est concernée, elle doit repartir au plus vite, les courses doivent redémarrer le plus tôt possible, la liberté de circulation doit être rétablie le plus tôt possible. Pour cela, il n’y a pas d’autre solution que le strict confinement. Les Italiens l’ont compris trop tard. Ne faisons pas la même erreur. Les conseillers de l’État ont permis le match de foot OL-Juventus qui a amené 3.500 Italiens du Piémont et de Lombardie à Lyon, c’était une erreur, ils ont permis les élections municipales, c’était également une erreur reconnue par toutes les corporations de médecins, s’ils font encore l’erreur d’attendre pour le confinement strict, individuellement, nous pouvons nous l’appliquer. Zéro déplacement = zéro contact = zéro risque de contagion. Les courses reprendront plus tôt et la filière pourra souffler. Dans le cas contraire, nous aurons toujours des braises de coronavirus qui repousseront la reprise des courses vers un avenir incertain. »