Benoît Jeffroy : « Une décision prise dans un souci de prudence et de civisme »

Élevage / 07.04.2020

Benoît Jeffroy : « Une décision prise dans un souci de prudence et de civisme »

Après deux semaines de pause, le haras de Bouquetot a repris ses activités d’étalonnage ce lundi. Son directeur, Benoît Jeffroy, revient sur les circonstances qui l’ont amené à prendre une telle décision.

Jour de Galop. - Le haras de Bouquetot a mis en suspens son activité d’étalonnage le 23 mars, pour une durée de deux semaines. Pourquoi avoir pris cette décision ?

Benoît Jeffroy. - C’est une décision que nous avons prise dans un souci de prudence, de civisme, de responsabilité sociétale, en accord avec les équipes d’Al Shaqab en France et au Qatar. Comprenez-moi : nous avions évidemment plus à perdre qu’à gagner d’un point de vue économique en fermant nos portes pendant deux semaines ! D’ailleurs, cet arrêt des saillies, nous l’avons aussi appliqué aux juments du haras. Nous en avons fait saillir seulement deux, vendredi dernier, pour valider le protocole que nous avions mis en interne. Chaque haras a pris sa décision en son âme et conscience. De notre côté, nous voulions nous donner le temps de nous organiser en interne, que chaque salarié soit d’accord avec les protocoles que nous souhaitions mettre en place, les ratifie… Au haras, nous sommes 48 salariés. Je voulais – mais c’était aussi la volonté du cheikh Joaan – que leur santé ne soit pas mise en danger… Il en va de notre responsabilité d’employeurs aussi.

Il y a tant de passage que cela au haras en période de monte ?

Nos étalons saillissent environ 700 à 800 juments par an, ce qui représente plus de 1.200 sauts ou, pour être plus clair, entre 20 et 25 juments par jour. Sachant que les juments ne viennent pas seules, oui, cela commence à faire du monde ! Il faut aussi rappeler que notre période de fermeture a correspondu à la période la plus virulente pour la propagation du Covid-19 et donc la plus risquée pour le haras et ses collaborateurs. Face à l’inconnu et à la grande incertitude, l’acte de précaution était à nos yeux évident. Le confinement étant en place depuis désormais trois semaines, les risques ont fortement diminué, en espérant qu’il n’y ait pas de seconde vague du Covid-19.

La gouvernance de la filière cheval a établi un protocole très strict pour le déroulement des saillies, et vous avez vous-même envoyé un protocole sanitaire à vos clients…

Nous avons repris pas mal de points du document mis en place notamment par la Fédération des éleveurs, mais en ajoutant quelques précisions. Nous demandons par exemple que le formulaire soit signé par le détenteur de la jument ainsi que par le transporteur. Nous exigeons que le camion soit désinfecté avec un produit virucide. Dans le cas où la jument a été saillie précédemment par un autre étalon, de nouveaux prélèvements doivent être effectués. Les foals doivent rester au haras du détenteur de la jument. La jument doit se déplacer sur ovulation et nous limitons à un seul saut par chaleur pour limiter au maximum les transports…