Allocations, prime spéciale propriétaires, négo avec l’État…

Institution / Ventes / 27.04.2020

Allocations, prime spéciale propriétaires, négo avec l’État…

Édouard de Rothschild dit tout

En exclusivité dans JDG, Édouard de Rothschild détaille tout ce que le monde socioprofessionnel doit savoir. Sans langue de bois. Il confie notamment que la négo avec l’État ne fait que commencer et qu’une chaîne de solidarité va être créée entre le black type et l’ensemble des propriétaires français.

Jour de Galop. – La tutelle vient de communiquer officiellement les mesures d’aide consenties à la filière. Pouvez-vous nous donner votre sentiment ?

Édouard de Rothschild. – Je vais répondre très clairement : on nous a accordé une avance de trésorerie, mais l’État n’a pas répondu sur le fond. Il a pour ainsi dire reporté le problème. C’est plutôt cohérent avec les réponses qu’il a données aux autres secteurs économiques (même si les restaurateurs ont, eux, bénéficié de dégrèvements fiscaux), mais les rencontres prévues une fois les courses reprises vont être déterminantes. Il va falloir que les reports d’échéance de prélèvements que nous avons obtenus aujourd’hui se transforment en abandon pur et simple… Nous allons nous battre pour cela.

Quelle était précisément votre demande ?

Nous avions proposé un scenario en trois points, sachant que nous avons estimé l’impact global de cette crise sur la filière à 390 millions d’euros, ces chiffres étant calculés par rapport aux résultats 2019. L’Institution faisait un effort, principalement par le biais de la baisse de ses charges, à hauteur de 130 millions. Les socioprofessionnels contribuaient à hauteur de 90 millions, ce qui correspondait aux allocations non distribuées pendant l’arrêt, plus une baisse de 5 % des encouragements de la mi-mai à la fin décembre. Il restait donc 170 millions à demander à l’État. Le chômage partiel représente 25 millions. Nous demandions et espérions une baisse des prélèvements de 145 millions d’euros. Nous sommes loin du compte.

Comment l’expliquez-vous ?

Le fait que nous ayons encore de la trésorerie a joué, si je peux le dire ainsi, en notre défaveur… Il faut toutefois souligner que la grande victoire de nos négociations, c’est la possibilité de courir à huis-clos dès le 11 mai. C’était loin d’être acquis et ce fut un combat long à mener !

« Il faut toutefois souligner que la grande victoire de nos négociations, c’est la possibilité de courir à huis-clos dès le 11 mai. C’était loin d’être acquis et ce fut un combat long à mener ! »

À la lumière de ce que propose l’État, comment les sociétés-mères vont-elles gérer la crise ?

Le décalage des prélèvements de l’État va intervenir essentiellement sur les mois de reprise, qui, comme vous l’imaginez, ne seront pas les plus rémunérateurs. Heureusement, l’avantage fiscal portera aussi sur février et mars, à hauteur de 50 %, soit 40 millions d’euros, donc le gros de l’aide. Les pouvoirs publics nous ont clairement demandé de baisser les allocations.

Pour minimiser cette baisse des allocations alors que nous allons perdre l’essentiel de nos recettes pour de longs mois, nous allons accuser des déficits importants que nous allons financer sur notre trésorerie, qui s’élevait à 55 millions d’euros en compte courant au PMU. C’est un effort considérable de la part de France Galop, mais il me semble que c’est le soutien qu’on doit aux socioprofessionnels pour assurer l’avenir. Malgré ces efforts, chaque société-mère affichera à la fin de l’année un résultat déficitaire de 80 millions d’euros…

« Pour minimiser cette baisse des allocations, alors que nous allons perdre l’essentiel de nos recettes pour de longs mois, nous allons accuser des déficits importants que nous allons financer sur notre trésorerie. »

Comment va s’articuler cette baisse des allocations ?

Toutes les courses vont être impactées à hauteur de 20 % de leurs allocations. Mais les courses black types (Listeds et Groupes), qui sont les mieux dotées, vont faire un effort supplémentaire de 10 %. Leurs allocations baisseront donc de 30 %. Ces 10 % supplémentaires vont être redistribués selon des modalités à définir qui ne seront pas forcément liées à la performance en course. L’idée serait par exemple de soutenir ceux qui ont maintenu leurs chevaux à l’entraînement pendant la période d’arrêt des courses, malgré l’incertitude sur la date de reprise. C’est une solidarité collective. Moi-même, je vais renoncer à cette aide, et j’invite l’ensemble des propriétaires pouvant s’en passer à faire de même, de manière à augmenter l’enveloppe individuelle pour aider ceux qui en ont le plus besoin. J’en appelle donc à la solidarité individuelle de chaque acteur des courses.

« Mais les courses black types (Listeds et Groupes), qui sont les mieux dotées, vont faire un effort supplémentaire de 10 %. Leurs allocations baisseront donc de 30 %. »

Quelles sont les projections du PMU pour les mois à venir ?

Dans un scenario très volontariste, le PMU prévoit un résultat 2020 de 457 millions d’euros, à mettre en parallèle avec 770 millions prévus avant la crise. Nous sommes donc sur une perte sèche de plus de 300 millions d’euros. Et j’insiste, il faudra se battre pour atteindre de tels chiffres !

Comment compte-t-il remettre la machine en route ?

On a beaucoup parlé de sa stratégie, ou de son manque de stratégie, sur le numérique. C’est un mauvais procès. Le PMU a beaucoup investi dans ce domaine, en matière de recrutement notamment. Les premiers résultats auraient dû se faire sentir en septembre. Avec la crise, il va falloir faire avec l’existant pendant quelques mois. La cible des équipes est triple : convertir les clients traditionnels du offline au online, séduire les parieurs sportifs qui n’auront que les courses pour assouvir leur passion du jeu, et inciter les turfistes déjà actifs sur le online à se réintéresser au produit. Pour cela, des campagnes de communication agressives sont prévues.

Les socioprofessionnels font part de leur inquiétude quant à la disparition des courses P.M.H., seuls débouchés pour une certaine catégorie de chevaux. Que leur répondez-vous ?

Nous avons beaucoup discuté avec le Trot, et nous sommes arrivés à la conclusion que nous ne prenions pas de risques sanitaires importants en courant à huis-clos, sur les hippodromes de la région parisienne par exemple. Même si nous avons imaginé des scenarios alternatifs, il nous semblait important, pour la sélection de la race, de garder ces courses sur les hippodromes où elles étaient prévues, quitte à courir des Poules d’Essai ou un Grand Steeple sans public.

« Dans tous les cas, l’enveloppe destinée aux courses P.M.H. restera affectée au programme P.M.H. Cette impossibilité d’organisation de réunions sur certains hippodromes ne doit pas impacter certaines catégories de chevaux ou d’acteurs. »

Pour ce qui est des régions, nous avons présenté ce matin aux 60 présidents de sociétés de courses premium les conditions d’organisation de réunion à huis-clos. Le cahier des charges est particulièrement contraignant, et je pense qu’ils ont pris la mesure des responsabilités qui leur incombaient. Dans un premier temps, ces contraintes ne pourront être appliquées que par des pôles nationaux, régionaux ou des hippodromes de 1re catégorie. Les présidents des sociétés de 2e ou 3e catégorie se rendent compte que dans bien des cas, ils n’ont ni les moyens humains ni financiers d’assumer une telle organisation.

En revanche, nous étudions les possibilités de reprogrammer les réunions P.M.H. qui devaient avoir lieu sur ces hippodromes de 2e ou 3e catégorie sur des pôles nationaux, régionaux ou des hippodromes de 1re catégorie qui voudront bien les accueillir. Dans tous les cas, l’enveloppe destinée aux courses P.M.H. restera affectée au programme P.M.H. Cette impossibilité d’organisation de réunions sur certains hippodromes ne doit pas impacter certaines catégories de chevaux ou d’acteurs.