Emmanuel de Seroux, de Moulins-la-Marche à Del Mar

Magazine / 24.04.2020

Emmanuel de Seroux, de Moulins-la-Marche à Del Mar

Naturellement discret, Emmanuel de Seroux a patiemment construit avec son épouse l’une des plus belles agences de courtage à l’international. De la naissance de sa passion dans les hippodromes normands jusqu’aux succès parmi l’élite de ses clients, l’homme de Narvick International nous a livré les secrets de son incroyable parcours.

Par Adrien Cugnasse

Jour de Galop. - Comment est née votre passion pour les courses ?

Emmanuel de Seroux. - Mes parents avaient une propriété en Normandie dans le pays d’Ouche, en lisière de la forêt de Breteuil. J’ai été élevé et scolarisé à Paris, mais je passais tous les week-ends et les vacances scolaires à Ambenay (Eure). Mes parents n’étaient pas dans les courses. Nous avions des chevaux de chasse et j’étais tous les jours à cheval.

Pascal Etcheverry a été le premier à me transmettre la passion des courses. Il tenait le café du village et avait quatre ou cinq trotteurs. Comme il n’avait pas de piste, il entraînait ses chevaux sur les lignes de forêt et les herbages de mon père. Je l’accompagnais souvent à bicyclette, tenant son sulky de la main. Il m’emmenait aux courses sur les petits hippodromes de notre région, dont je garde un souvenir merveilleux, comme Moulins-la-Marche, La Ferté-Vidame, Francheville, Le Sap et tant d’autres. Pascal connaissait bien son métier, il a eu un très bon cheval, Roc Wilkes, pétri de classe mais près du sang et bien souvent fautif. Il termina troisième d’un Prix d’Amérique.

Pascal me présenta un jour sur l’un de ces champs de courses à un jeune entraîneur encore peu connu à Paris, en m’affirmant qu’il était le meilleur de tous. Il s’agissait de Jean-Pierre Dubois, mon mentor savait donc de quoi il parlait. J’allais plus tard faire plusieurs voyages avec Jean-Pierre, de grands moments. Pendant la semaine, à Paris, j’allais à bicyclette puis en Solex aux nocturnes de Vincennes. C’était mon "âge d’or" du trot, en quelque sorte. Outre Roc Wilkes, mes champions étaient Roquepine, Toscan, Tidalium Pelo et Une de Mai.

Je me rendais également sur les hippodromes de plat le jeudi. Je m’intéressais de plus en plus à cette discipline, surtout après avoir assisté à la victoire de Sassafras (Sheshoon) sur Nijinsky (Northern Dancer) dans l’Arc de 1970. Je pensais faire carrière dans les courses, mais je ne savais pas encore comment.

Quel a été le déclic ?

C’est lorsqu’un ami de chasse de mon père, Bertrand Mauduit, qui avait l’étalon Kashmir II (Tudor Melody) au haras d’Ellon, me présenta à Richard Galpin, animateur de la Newmarket Bloodstock Agency. Galpin me prit comme stagiaire et, en 1976, je devais passer quatre mois en Australie avant de découvrir Keeneland, l’année de Nureyev (Northern Dancer), et Saratoga avec lui. Des voyages passionnants. C’est en Australie que j’ai pris la décision de devenir courtier.

Quelle a été l’étape la plus formatrice de votre parcours d’homme de cheval ?

En Australie, j’avais rencontré l’un des directeurs de la fameuse Bristish Bloodstock Agency, sir Philip Payne-Galway, que l’on connaît bien en France car il était en passe de devenir le conseiller de Stavros Niarchos. La BBA détenait une participation dans l’agence Flying Fox, et c’est sir Philip qui m’a recommandé auprès de Bernard de Saint-Seine, qui dirigeait l’agence. Bernard m’a tout de suite accueilli et confié des responsabilités. Nous sommes toujours d’excellents amis et travaillons encore ensemble sur certains projets.

Je pense avoir été en "formation continue", ayant appris à chaque étape et essayant de comprendre tant les échecs que les succès. Encore aujourd’hui, je continue à apprendre.

Pourquoi avoir pris la décision de partir aux États-Unis, en Californie ?

En 1981, William De Burgh, dont j’avais rencontré le frère, Hubie, à Adelaïde en 1976, me présenta le Californien Bruce McNall, qui était de passage à Paris et souhaitait acheter un cheval. Bruce a eu une influence déterminante sur ma carrière et mon avenir personnel.

Ayant acheté Armistice Day (Rheingold), qui fut un échec complet et dont heureusement Bruce ne m’a pas tenu rigueur, je pris contact avec Laura Lubisich, qui dirigeait son bureau hippique tout en montant tous les matins pour Charlie Whittingham. Laura devait devenir mon épouse. Nous nous sommes mariés à Paris en 1986.

Bruce a acquis la moitié des générations de yearlings 1981 et 1982 de Nelson Bunker Hunt et en a assuré la gestion. Je suis alors devenu le représentant européen, en lien avec Laura. Ce fut une expérience passionnante et très instructive, les chevaux étant exploités aux États-Unis, en France, en Angleterre, en Irlande et en Italie. Parmi eux, Estrapade (Vaguely Noble), Dahar (Lyphard) et Palace Music (The Minstrel). Par la suite, Bruce ne renouvela pas l’association avec Bunker Hunt. Mais Bunker me conserva comme représentant européen jusqu’à la dissolution de son écurie, en 1988. Bruce s’est concentré sur l’achat de chevaux confirmés et nous avons eu plusieurs années fabuleuses, comme lorsque nous avons acheté la moitié de Trempolino (Sharpen Up) à Paul de Moussac quelques jours avant l’Arc, puis Saumarez (Rainbow Quest), Golden Pheasant (Caro), Strawberry Road (Whiskey Road), en association avec Daniel Wildenstein, Jade Hunter (Mr Prospector)…

Mon activité se concentrait donc de plus en plus en Californie. Je vivais alors chez ma mère et, après son décès, je décidai de m’installer aux États-Unis, à Sierra Madre, près de Santa Anita, avec Laura. Narvick fut alors créé en 1984.

Comment avez-vous commencé à travailler pour Allen Paulson ? Quels sont les meilleurs souvenirs que vous gardez de cette période ?

J’ai rencontré Allen Paulson grâce à Bruce McNall, les deux propriétaires s’associant sur de nombreux chevaux. Puis Allen a décidé d’envoyer ses propres chevaux à l’entraînement en France et de me prendre comme conseiller. Je lui ai présenté François Boutin, ce fut une grande page de l’histoire des courses avec Arazi (Blushing Groom), Tersa (Mr Prospector), Blushing John (Blushing Groom), Madeleine’s Dream (Theatrical), entre autres. Par la suite, Allen me demanda d’être également son conseiller aux États-Unis, j’ai donc eu la chance de vivre la grande aventure de Cigar (Palace Music).

Malade, Allen a recommandé à son fils Michael de me garder auprès de lui. Michael m’a mandaté pour conduire la vente de l’écurie de son père. Ayant conservé quelques chevaux, nous avons eu une dernière star avec Azeri (Jade Hunter).

Votre épouse, Laura, s’intéresse de longue date à la France.

Depuis 1973, Laura montait à l’entraînement pour Charlie Whittingham, lequel recevait beaucoup de chevaux confirmés d’Europe et d’Amérique du Sud. Ces chevaux avaient été formés dans des environnements variés et avec des méthodes différentes, et étudier et comparer leurs trajectoires a toujours énormément intéressé Laura. Elle avait monté la grande Dahlia (Vaguely Noble) le matin, puis Dahar, Palace Music, Greinton, Estrapade et Strawberry Road, qui venaient de France.

Bruce McNall embaucha Laura pour conduire son bureau hippique en 1980. Quelques mois plus tard, Bruce acheta Argument (Kautokeino) en association avec Berry Gordy, le fondateur du label Motown. Laura a donc eu la chance d’assister à sa victoire dans le Washington DC en compagnie de Bruce et Berry Gordy. Laura a fait sa première visite en France en 1981 pour venir voir Argument chez Maurice Zilber, quelques semaines après notre rencontre. Lorsque Bruce McNall a acheté la moitié des yearlings de Bunker Hunt en 1981 et 1982 et en a assuré le management, Laura a commencé à venir régulièrement en France pour suivre leur entraînement.

Quels sont ses plus grands souvenirs en tant qu’entraîneur ? Azeri ? Total Impact ?

En 1998, nous avons quitté Sierra Madre pour nous installer à Rancho Santa Fe, près de Del Mar. Laura a alors décidé qu’il était temps pour elle de mettre à profit son expérience et de devenir entraîneur. Elle s’est installée au centre d’entraînement de San Luis Rey Downs.

Le fait d’avoir entraîné Azeri et d’avoir enregistré avec elle 11 victoires consécutives, huit Grs1, une Breeders Cup et un titre de Horse of the Year est bien entendu la grande fierté de la carrière de Laura.

Elle a entraîné trois autres chevaux de Gr1, Astra (Theatrical), Total Impact (Stuka) et Dublino (Lear Fan), pour un total de 14 victoires à ce niveau. Elle a également eu comme pensionnaires de nombreux chevaux de Groupe tels que Ballingarry (Sadler’s Wells), Just Wonder (Hernando), Little Treasure (Night Shift), Royal Copenhagen (Inchinor), Toasted (Hennessy), Trotamondo (Hussonet) et Until Sundown (Smart Strike).

Laura fut l’une des trois finalistes pour l’Eclipse Award d’entraîneur de l’année 2002, en compagnie du vainqueur, Bobby Frankel, et de Steve Asmussen. Elle a arrêté d’entraîner en 2007, une décision prise essentiellement en raison de la direction que prenaient les courses américaines, en particulier en Californie, en matière de médication et de doping. Cela ne lui convenait pas.

Quel était votre rôle à ses côtés ?

Je suivais, bien entendu, la carrière des chevaux de mes clients. Et j’allais les voir travailler de temps en temps, mais je n’avais aucun rôle concernant l’entraînement.

À présent, comment vous répartissez-vous le travail dans votre activité de courtage ?

Après avoir pris sa retraite d’entraîneur, Laura a effectué un retour aux sources et monte ses chevaux de sport. Elle participe également à notre activité professionnelle, en tenant plusieurs programmes et en assistant à certaines ventes.

Comment avez commencé à travailler pour monsieur Yoshida ?

Flying Fox comptait parmi ses clients la famille Yoshida. Bernard de Saint-Seine m’a présenté Teruya Yoshida à Longchamp et m’a demandé de le conduire chez André Besnouin pour acheter Dictus (Sanctus). Teruya m’a proposé de venir les voir au Japon, où j’ai fait la connaissance de son père, Zenya, et de ses frères, Katsumi et Haruya.

Zenya était un visionnaire. Je pense même que c’est la plus grande réussite de l’histoire des courses. Il est parvenu à créer un empire sans puissance financière derrière lui. Ses trois fils ont eu le don et l’intelligence de poursuivre son œuvre. Ils ont leur propre jumenterie mais ont conservé ensemble les étalons.

En janvier 1990, à Keeneland, Zenya Yoshida m’a demandé si j’avais un étalon à lui recommander. Je lui ai immédiatement parlé de Sunday Silence (Halo), dont j’avais suivi la carrière de près, en allant régulièrement à l’entraînement chez Charlie Whittingham. En effet, Laura continuait à monter pour ce dernier quand elle était en Californie.

Deux jours plus tard, Zenya était à Santa Anita. Il adorait le cheval et m’a prévenu que Katsumi viendrait également le voir, ce qu’il fit quelques jours plus tard.

Sunday Silence appartenait à Charlie Whittingham, au docteur Gaillard et à Arthur Hancock, qui acceptait de vendre mais cherchait une solution pour le conserver au haras. La transaction n’était pas facile et Teruya, qui avait vécu au Kentucky dans le haras familial, Fontainebleau Farm, décida de négocier directement avec Arthur, en achetant une participation. Sunday Silence a été mal reçu par les éleveurs américains et Shadai a pu l’acheter à des conditions avantageuses. Par la suite, j’ai toujours conservé de très bonnes relations avec la famille Yoshida, achetant pour eux des juments et des étalons tels que Timber Country (Woodman), Thrill Show (Northern Baby) et Golden Pheasant.

Quel est votre rôle dans sa politique d’achat ? Quel type de chevaux recherchez-vous pour lui ?

Katsumi Yoshida a poursuivi l’œuvre de son père. Il est aujourd’hui à la tête d’un univers exceptionnel, Northern Farm, Northern Racing, Northern Horse Park, Sunday Racing, U Carrott Farm, Silks Racing et, bien entendu, Shadai Stallion Station en association avec ses frères. Mon rôle auprès de Katsumi Yoshida était occasionnel, je lui achetais quelques juments, dont la championne argentine Potrizaris (Potrillazo), devenue la mère de Dia de la Novia (Sunday silence), jusqu’à ce que mon ami Riki Takahashi quitte la présidence de Darley Japan.

Je connaissais Riki depuis longtemps, je l’avais rencontré quand il était responsable des achats d’étalons de la JRA. Nous avions acheté Crystal Palace (Caro) ensemble en 1983, puis King Glorious (Naevus) aux États-Unis. Il a ensuite rejoint Darley.

Riki et Katsumi sont très liés, nous travaillons beaucoup avec lui.

Nous avons eu des succès immédiats lors des ventes de 2ans. Lors de notre première saison, en 2010, nous avons acheté Testa Matta (Tapit) à Barretts. Il demeure le plus riche fils de Tapit (Pulpit), dont c’était la première production. Nous avons également acquis Suni (Soto), lequel a gagné plus de quatre millions de dollars. Par la suite nous lui avons acheté d’autres très bons chevaux de Gr1 comme Asia Express (Henny Hugues), Best Warrior (Majestic Warrior) et Moanin (Henny Hugues).

Nous achetons également de nombreuses pouliches et juments. Parmi elles, il y a Liliside (American Post), la mère de Lys Gracieux (Heart’s Cry), Lilacs and Lace (Flower Alley), celle de Lucky Lilac (Orfèvre), Malpensa (Orpen), celle de Satono Diamond (Deep Impact), Life For Sale (Not For Sale), celle de Danon Fantasy (Deep Impact), ou encore Via Medici (Medicean), celle d’Admire Mars (Daiwa Major).

Pourquoi avoir choisi le nom de Narvick ?

Une grande amie de ma mère m’avait donné un teckel quand j’étais enfant. Ma mère l’avait nommé Narvick, en souvenir de la bataille de Narvik remportée par la marine française en 1940. Lorsque je me suis installé aux États-Unis et que j’ai monté mon entreprise, j’ai d’abord pensé la baptiser French American Bloodstock Agency ou lui donner un nom banal de ce style, puis je me suis porté sur le nom de mon chien, en souvenir de ma mère, qui venait de nous quitter.

Quels sont les meilleurs chevaux et les meilleurs poulinières que vous ayez achetés ?

Le Prix de l’Arc de Triomphe étant la course de référence, je pense immédiatement à Trempolino et à Saumarez, mais il est difficile de comparer des chevaux qui ont couru sur des hippodromes différents et à des époques différentes.

S’il fallait en citer d’autres, je dirais :

  • Paradise Creek (Irish River), lauréat de l’Arlington Million, des Washington DC et Manhattan Stakes pour Masayuki Nishiyama,
  • Golden Pheasant, vainqueur de Nashwan (Blushing Groom) dans le Niel avant de gagner l’Arlington Million et la Japan Cup (Grs1), pour Bruce McNall et Wayne Gretzky,
  • Greinton (Green Dancer), que nous avions acheté pour Charlie Whittingham et qui a remporté le Santa Anita Handicap et la Hollywood Gold Cup à une époque où les meilleurs n’allaient pas à Dubaï,
  • Strawberry Road, gagnant du Grand Prix de Saint-Cloud, qui fut également un étalon remarquable auquel personne ne croyait, à l’exception d’Allen Paulson,
  • Apple Tree (Bikala), lauréat de la Coronation Cup, du Grand Prix de Saint-Cloud et de la Turf Classic, pour Sultan Al Kabeer,
  • Claire Marine (What a Guest), gagnante des Beverly D Stakes, pour Sid Port, qui a beaucoup aidé Laura quand elle a débuté,
  • Alpride (Alzao), lauréate du Yellow Ribbon de la grande époque pour Sid et Jenny Craig,
  • Dublino, gagnante des Del Mar Oaks pour Michael Klein et Marsha Naify,
  • Northern Spur (Sadlers Wells), vainqueur de la Breeders Cup Turf pour Charles Cella,
  • King’s Boy, qui a tout gagné en Arabie saoudite pour Sultan Al Kabeer,
  • Total Impact, lauréat de la Hollywood Gold Cup pour Sultan Al Kabeer et Liliana Solari, la propriétaire du haras Don Alberto bien connu aujourd’hui.

Il y a aussi Big City Man (Northern Afleet), qui a remporté la Dubai Golden Shaheen pour Sultan Al Kabeer, et Alkaased (Kingmambo), lauréat du Grand Prix de Saint-Cloud et de la Japan Cup, pour une association. Parmi les étalons, je mentionnerais également Southern Halo (Halo) pour La Quebrada, il a dominé les courses en Argentine.

Et parmi les juments ?

Liliside et les juments de Katsumi Yoshida bien sûr. Mais je pense aussi à Tee Kay (Gold Meridian), la mère de Symboli Kris S (Kris S) pour Takahiro Wada, Tuneria (Tanerko), achetée à Newmarket en décembre 1977 pour mon ami Maurice de Lastours, la première personne à m’avoir fait confiance. Le soir même, je rentrais à Paris… pour commencer mon service militaire le lendemain. Tuneria a produit Lou Piguet (Habitat) et Le Balafré (Groom Dancer).

Autre acquisition marquante, Solar Slew (Seattle Slew), qu’Allen Paulson avait vendue par erreur et que je suis retourné dénicher en Argentine avec Fernando Diaz-Valdes quelques jours avant que son fils Cigar ne gagne le Donn Handicap, au début de sa fabuleuse carrière de champion. On a même failli y passer ce jour-là : le vieil hélicoptère que nous avions emprunté pour rejoindre le haras était en si piteux état que nous avons bien cru que nous allions nous écraser !

Vous êtes aussi éleveur, en particulier de Society Rock. Quels sont vos autres meilleurs élèves ? Comment a débuté votre association avec Alain Regnier ?

Nous avons actuellement une dizaine de juments au haras de la Haie Neuve. Et une en Irlande à Ballyhimikin, chez James Hanly, là où nous avons élevé Society Rock (Rock of Gibraltar).

Nous avions acheté la mère de Society Rock, High Society (Key of Luck), lorsqu’elle avait 2ans, grâce à mon ami Paolo Romanelli. Elle a gagné les La Habra Stakes à Santa Anita, pour l’entraînement de Laura. Nous l’avons ensuite conservée pour l’élevage. J’ai toujours adoré Rock of Gibraltar et il nous a donc donné Society Rock, gagnant du Golden Jubilee à Royal Ascot et du Haydock Sprint (Grs1). Il a eu un départ fulgurant au haras mais il est malheureusement décédé trop tôt. Nous avons vendu High Society après les succès de Society Rock et nous avons actuellement une jument en Irlande, Causeway Queen, par Giant’s Causeway (Storm Cat) et Ask for the Moon (Dr Fong), dont nous avions acheté la moitié avant sa victoire dans le Prix Saint-Alary (Gr1). Causeway Queen a une pouliche yearling par No Nay Never (Scat Daddy) et une pouliche foal par Saxon Warrior (Deep Impact).

J’ai rencontré Alain Regnier au début des années 1990 grâce à Patrick Monfort. Alain avait décidé de se lancer dans l’élevage de pur-sang. Nous nous sommes associés sur quelques juments et nous avons cherché à lancer des étalons. Même si nous avons commencé avec des moyens financiers très réduits, cela a tout de suite marché. Nos produits ont gagné des bonnes courses, comme Fatale Béré (Pedro the Great), qui a remporté les Del Mar Oaks, Flamboyant (Peer Gynt), qui a gagné plus d’un million de dollars, Vizir Béré (Hurricane Cat), lauréat du Prix des Chênes à Longchamp, Happy Béré (Pedro the Great), Ozone Béré (Verglas) et tant d’autres. Nous avons sorti des étalons comme Verglas (Highest Honor), Hurricane Cat (Storm Cat) et Pedro the Great (Henrythenavigator).

Alain et Anne-Marie ont maintenant vendu la Haie Neuve à Tangi et Dorothée Saliou, notre association s’est renforcée. Nous continuons sur notre lancée et avons de gros espoirs avec nos jeunes étalons.

En mettant de côté l’impact du coronavirus, quel regard portez-vous sur l’évolution des courses et de l’élevage en France ?

J’ai toujours été très confiant dans l’élevage et les courses en France. Je pense que la Société d’encouragement puis France Galop ont développé le meilleur modèle que je connaisse.

Mon principal regret est la refonte du programme qui a été effectuée il y a quelques années. Je pense principalement à la disparition de la série Papin-Morny-Salamandre-Grand Critérium, l’enchaînement était parfait, selon moi. C’était celui de Blushing Groom (Red God) et Arazi.