EN RÉGION - Saint Brieuc pense à l’avenir

Courses / 15.04.2020

EN RÉGION - Saint Brieuc pense à l’avenir

Président de la Société des courses de Saint-Brieuc, Daniel Cherdo a répondu aux questions d’Anne Cheny et Jacky Le Moign, membres actifs de la société bretonne. Nous publions ce soir cette interview réalisée en fin de semaine dernière, avant les annonces d’Emmanuel Macron.

Depuis le 17 mars, l’hippodrome de la Baie est fermé pour cause de Coronavirus. Comment vivez-vous cette période délicate ?

Daniel Cherdo. - Comme tout le monde, nous faisons preuve de civisme. Nous sommes en pleine période de poulinage : en tant qu’éleveur, ça occupe une grande partie de mes journées. Et habiter en pleine campagne rend les choses plus faciles. Malgré les conditions climatiques, nous avons honoré nos quatre premières réunions de l’année. Notre dernière réunion, le 15 mars, s’est déroulée à huis-clos, avec seulement les bénévoles indispensables au bon fonctionnement de la journée. J’ai moi-même accueilli les professionnels sur le site. Toutes les mesures de sécurité demandées par la Fédération ont été respectées, avec un protocole déjà bien mis en place. À l’issue de la journée, aucun cas d’infection n’a été avéré.

Depuis cette date, seul Loïc Le Moal, le salarié, a accès à l’hippodrome. Le travail s’effectue-t-il normalement ?

Bien sûr ! Les bâtiments sont fermés. Il a fallu s’occuper de la remise en état de la piste en herbe après les semaines pluvieuses et nos deux réunions successives, ressemer, tondre, tailler les haies… En temps normal, une partie de nos bénévoles vient en renfort avant les courses. Loïc fait le nécessaire, le peaufinage sera fait en temps utile. Nous nous tenons prêts pour la reprise.

Quelles sont les conséquences de la suspension des courses hippiques pour la société ?

Le 21 mai devait être une grosse journée avec la fête des courses. Une journée où, d’habitude, le public est au rendez-vous. Nous avions prévu avec notre équipe d’animation de proposer au public une course de poneys en partenariat avec le club hippique voisin. Ce n’est que partie remise ! À l’heure actuelle, nous ne savons pas si cette journée est envisageable, ni celle du 22 juin qui est une premium au trot. Forcément, cela aura un impact sur nos recettes, les entrées et les buvettes… Une journée en moins, ça passe, plus, ça peut devenir compliqué. Nous avons des charges, dont un loyer important (mais l’agglomération participe aux investissements), l’entretien du site, des prêts à honorer… Notre organisation, avec un seul salarié, plus les bénévoles, nous permet de limiter l’impact des charges. L’hippodrome peut aussi compter sur ses bénévoles, le secrétaire, le trésorier, entre autres, qui ne comptent pas leurs heures. C’est très appréciable en ces temps compliqués. Maintenant, nous nous projetons dans l’avenir avec notre meeting d’automne.

Cela va-t-il avoir un impact sur les investissements prévus cette année ?

Notre espace accueil pour les turfistes et néophytes va être finalisé avec notamment l’ajout d’un écran. Nous sommes également en attente de la livraison de notre nouvelle voiture suiveuse. Les travaux du local technique de l’étage ont pris du retard, indépendamment de notre bonne volonté, suite à un contretemps administratif, et sont pour le moment en suspens. Mais ils reprendront dès que possible afin de garantir un travail de qualité des techniciens et d’améliorer leurs conditions de travail.

Ces mesures touchent également les sociétés de courses environnantes. On pense par exemple à Loudéac et Rostrenen qui vont être particulièrement impactés. Entre sociétés, y a-t-il une démarche solidaire pour affronter cette période ?

Forcément, il y a une solidarité entre société. À l’instant T, nous ne pouvons pas faire grand-chose les uns pour les autres, mais dans un avenir proche, il faudra sans doute continuer à se concerter pour une reprise dans les meilleures conditions. Être à l’écoute, faire des propositions, au niveau du calendrier par exemple… Nous avons de très bonnes relations entre sociétés de courses. La réussite de mon voisin me fait plaisir et son échec me peine. Nous sommes une grande famille qui œuvre dans le même sens.

En tant qu’éleveur, quelles sont vos craintes aujourd’hui ?

La récession aura un impact sur toute la filière, les propriétaires, les entraîneurs, les éleveurs, dont certains sont déjà en difficulté. Le cheval de course n’est pas un produit de première nécessité, il y aura forcément moins d’acheteurs. L’offre sera supérieure à la demande et cela impactera directement les élevages. Je suis à la fois inquiet et réaliste. La sélection se fera sur la qualité. Les prix de vente seront en baisse pour palier aux différents frais incompressibles. Sur ce point, les éleveurs seront directement pénalisés.

Notre milieu a-t-il les ressources pour affronter cet obstacle ?

Tout le monde sait que la filière course était déjà fragile. Suite aux dernières élections, de nouvelles personnes ont fait leur entrée comme Jean-Pierre Barjon, nouveau président du Trot. Les sociétés-mères avaient déjà entamé un rapprochement avant le début de la crise. Aujourd’hui, c’est indispensable. Le mot d’ordre est la solidarité. Face à nos institutions, le premier interlocuteur, c’est l’État. Il faut une prise de conscience de l’importance de notre filière et de ses 80.000 emplois. Mais aussi de la filière équine en général, avec les haras, les clubs hippiques… À l’heure actuelle, des discussions sont en cours avec l’État et ne sont pas à négliger.

Alors que l’on commence à parler de déconfinement, quelles sont les positions des instances sur ce sujet ? Quelle serait la bonne démarche à adopter ?

Des discussions sont en cours mais dépendent bien sûr des décisions du gouvernement. Dans un premier temps, on évoque la reprise des courses premium à huis-clos dans le but de relancer le jeu vital au bon fonctionnement de notre milieu. Une reprise partielle des courses près des grands centres d’entraînement est aussi évoquée pour éviter de grands déplacements. Mais à l’heure actuelle, ce ne sont que des pistes de réflexions. Il ne faut prendre aucun risque inutile, la santé doit rester une priorité.

Que souhaitez-vous dire aux bénévoles, parieurs, professionnels habitués de l’hippodrome ?

Je pense fort à eux. Aux bénévoles bien sûr, qu’ils prennent soin d’eux, ce n’est que partie remise. On compte sur eux dès la reprise. On pense aussi à nos parieurs et nos spectateurs, on a besoin d’eux ! Nous sommes prêts à recevoir les professionnels dès que ce sera possible, et cela dans les meilleures conditions. Je n’oublie pas nos entreprises partenaires qui nous sponsorisent chaque année et auxquelles nous apportons notre soutien en cette période compliquée. Une pensée également pour nos amis de Loudéac qui devaient courir le week-end dernier. Il y aura des jours meilleurs ! Il y aura un avant et un après Coronavirus avec, j’espère, une prise de conscience autour de valeurs fortes comme l’amitié et la solidarité. Nous sommes un acteur important de la vie associative et de l’animation de notre territoire, nous ferons tout pour continuer.