Étalons français de première production : Scissor Kick prend tout le monde de vitesse !

Magazine / 17.04.2020

Étalons français de première production : Scissor Kick prend tout le monde de vitesse !

Étalons français de première production : Scissor Kick prend tout le monde de vitesse !

Alors que la France confinée dormait encore, à l’autre bout du monde, une fille de Scissor Kick a offert une première victoire à son père. Mais c’est aussi le premier succès pour un étalon de première génération stationné en France en 2020. Le mois prochain, lors du retour des courses dans notre pays, ceux qui ont actuellement le plus de 2ans à l’entraînement seront nettement avantagés.

Par Adrien Cugnasse

À cette date, nous aurions déjà dû voir les premiers 2ans courir en France, comme à Saint-Cloud dans le Prix de la Marche (19 mars) ou à Chantilly dans le Penny’s Picnic Prix du Début (31 mars). Ces épreuves sont loin d’être anecdotiques, en particulier le Prix du Début. En 2019, les deux premiers sont devenus black types. Le gagnant Brand New Day (Épaulette) s’est ensuite classé troisième du Critérium du Bequet - Ventes Osarus (L). Le deuxième Kenway (Galiway) a par la suite gagné le Prix la Rochette (Gr3), tout en étant l’un des cinq gagnants français qui ont permis à Galiway (Galileo) le titre de champion des débutants en France…

Putain de virus. Mais cette année, pour cause de confinement, nous devons encore patienter pour découvrir quels jeunes sires ont été capables de transmettre la précocité aujourd’hui tant recherchée. Heureusement, trois étalons ayant débuté en France en 2017 ont fait la navette avec l’hémisphère Sud. Si les Shalaa (Invincible Spirit) australiens sont encore yearlings, deux reproducteurs français de cette génération ont eu des partants : Scissor Kick (Redoute’s Choice) et Exosphere (Lonhro), lequel n’a effectué qu’une seule saison au haras du Logis. C’est dommage car Exophere réalise de bons débuts en Australie, ayant déjà donné deux chevaux de Groupe, Thermosphere (Magic Night Stakes, Gr3) et Jemss (troisième des Magic Night Stakes, Gr3) à partir de neuf partants seulement. Son unique génération française compte 30 poulains, dont 10 sont ce vendredi déclarés à l’entraînement dans notre pays. Ces débuts prometteurs font échos à ceux d’un étalon du haras du Logis qui n’est pas revenu en France : Sidestep (Exceed and Excel). Avec 21 partants en France l’an dernier, conçus à seulement 4.000 €, il a donné de bons 2ans comme Wheels on Fire (deuxième du Prix du Haras de Bouquetot-Jacques Bouchara, Listed, troisième des Flying Childers Stakes, Gr2), Real Appeal (Prix la Flèche, Listed) ou Gold Step (troisième du Prix Zeddaan, Listed), mais aussi en 2020 Lindy Lou (proche troisième du Prix de la Californie, Listed).

Les bons débuts australiens de Scissor Kick. Contrairement à Exosphere, Scissor Kick a continué à faire la monte en France après la saison 2017. Et le jeune sire du haras d’Étreham a décroché sa première victoire ce vendredi matin, avec Girls Kick On (Scissor Kick) sur l’hippodrome de Port Macquarie. Large favorite de l’épreuve, elle a gagné de bout en bout en terrain souple et avec deux longueurs et demie de marge sur 1.000m. Alors qu’elle affrontait des concurrents plus expérimentés qu’elle, la confiance des parieurs et de la presse locale (1,5/1 chez certains bookmakers) est un signe qui ne trompe pas. En effet, progressant de sortie en sortie, Girls Kick On a toujours couru face à des chevaux qui ont ensuite répété. Son père Scissor Kick n’a eu que sept partants à ce jour, dont Hasstobemagic (Scissor Kick), deuxième des Fasttrack Insurance Stakes (L) face à certains poulains qui ont ensuite confirmé au niveau Groupe. En Australie, au pays de la précocité, briller à 2ans demande de la qualité car la compétition est rude à cet âge. En France, Scissor Kick a 24 poulains à l’entraînement déclarés ce vendredi. Une bonne partie est chez des professionnels reconnus pour leur capacité à faire parler la précocité, en gagnant au moins un Groupe avec les 2ans ces cinq dernières années : Xavier Thomas-Demeaulte, Fabrice Chappet, Frédéric Rossi, Stéphane Wattel, Christophe Ferland, Didier Guillemin et François Rohaut.

La victoire de Girls Kick On

https://youtu.be/sxogVTFffcc

LES ÉTALONS DE PLAT FRANÇAIS DE PREMIÈRE GÉNÉRATION EN 2020 (*)

Étalon (dernier lieu de monte) Nombre de 2ans déclarés chez FG (à l’entraînement en France)

Bow Creek (haras du Logis) 22 (4)

Dariyan (Aga Khan Studs) 65 (24)

Exosphere (haras du Logis) 30 (10)

Goken (haras de Colleville) 60 (32)

Martinborough (haras de Grandcamp) 50 (4)

Morandi (haras du Mont Goubert) 60 (15)

Scissor Kick (haras d’Étreham) 42 (24)

Shalaa (haras de Bouquetot) 84 (34)

Silas Marner (haras de Saint Vincent) 6 (2)

(*) Parmi les nouveaux sires de la saison de monte 2017, certains ont déjà eu des partants issus de saisons de monte antérieures hors de France (Amico Fritz, Dream Ahead, Thewayyouare et Supplicant). D’autres sont orientés vers le marché de l’obstacle où ils n’ont actuellement aucun 2ans à l’entraînement (Walzertakt, Night Wish, Elliptique, Fly With Me, Free Port Lux, Kamsin, Karaktar, Triple Threat, Vif Monsieur, Abydos et Law Deputy).

Ils ont la pression. La production de Shalaa a connu une réussite exceptionnelle aux ventes et certainement jamais atteinte pour un étalon n’ayant pas encore eu de partants. Le jeune sire qui fait la navette entre le haras de Bouquetot et Arrowfield Stud (où il a passé l’hiver avec Scissor Kick) a vraiment la pression en ce début d’année 2020, car les attentes sont énormes. Il fut lui-même un super 2ans et la fine fleur de la profession a entraîné ses rejetons. Parmi les 34 produits de Shalaa déclarés à l’entraînement ce vendredi, pour ne citer que les entraîneurs du top 5 2019, on peut dire qu’André Fabre en a sept, dont la fille de Trêve (Motivator), Carlos Laffon-Parias trois et Jean-Claude Rouget quatre.

L’autre jeune sire qui a beaucoup de pression sur ses épaules, c’est Goken (Kendargent).

Plus de trente poulains à l’entraînement pour Goken. Et pour cause, avec Shalaa, Goke, est l’étalon français de première production qui dispose du plus grand nombre de 2ans prêts à faire feu. Au total, ils sont 32 et nul ne doute que du côté du haras de Colleville on espère conserver la couronne décernée l’an dernier à Galiway. Goken fut lui-même un vrai précoce sous l’entraînement d’Henri-Alex Pantall. Deuxième du Prix du Début, il avait gagné trois courses entre avril et juin, dont le Prix du Bois (Gr3). Pour ne citer que les professionnels français qui ont gagné des Groupes avec les 2ans depuis 2014, on peut dire que Goken est représenté chez Philippe Sogorb, Nicolas Clément, Jane Soubagne, Jean-Claude Rouget, Frédéric Rossi, Didier Guillemin, Bruno de Montzey et François Rohaut.

Shamardal et Deep Impact. Issu du précoce Holy Roman Emperor (Danehill), Morandi (Holy Roman Emperor) a lui-même gagné deux Groupes à 2ans dont le Critérium de Saint-Cloud (Gr1). Son ancien entraîneur Jean-Claude Rouget n’a pas moins de six de ses produits dans ses boxes… Bien soutenu par son entourage, l’étalon du haras du Mont Goubert pourrait tout à fait briller dès cette année, lui qui a actuellement quinze sujets de 2ans sur les pistes d’entraînement. L’élevage est un éternel recommencement, alors que le monde pleure l’immense Shamardal (Giant’s Causeway). Bow Creek (Shamardal), étalon au haras du Logis, a quatre produits à l’entraînement, alors que Dariyan (Shamardal) en a vingt-quatre. Double lauréat à 2ans, Brow Creek a ouvert ses ailes l’année suivante en remportant deux Grs2 sur le mile. L’étalon des Aga Khan Studs n’avait pas couru à 2ans, remportant le Prix Eugène Adam (Gr2) à 3ans et le Prix d’Ispahan (Gr1) à 4ans. Le sire du haras de Grandcamp Martinborough (Deep Impact) à quatre 2ans à l’entraînement et Silas Marner (Muhtathir), stationné au haras de Saint Vincent en a deux.

Le mystère Biraaj. Ce n’est pas un étalon français. Il n’a aucun lieu de monte officiel, mais il a pourtant quatre 2ans issus de sa première génération à l’entraînement à Chantilly. Son nom ? Biraaj (Iffraaj). Ce dernier avait couru six fois à 2ans dans notre pays en 2014, pour trois victoires, dont le Prix Zeddaan (L) devant deux futurs gagnants de Groupe sur le sprint : Finsbury Square (cinq victoires de Groupe) et El Valle (Prix Sigy, Gr3). Biraaj portait alors les couleurs de son éleveur Zalim Bifov. Il a la même deuxième mère et le même père que la vedette Wootton Bassett (Iffraaj) et c’est un frère de Lida (Lope de Vega), gagnante du Prix Cérès (L). Pas revu à 3ans, Biraaj courait sous l’entraînement de Matthieu Palussière, comme les chevaux Theresa Marnane à cette époque. Ses quatre 2ans actuellement entraînés en France ont tous été élevés par Con Marnane (un rôle dans lequel nous n’avons pas l’habitude de le voir) et ils portent les couleurs de son épouse Theresa. Quand on connaît la réussite de cette écurie avec les jeunes chevaux… il est tout à fait probable que l’étalon surprise de 2020 en France se nomme Biraaj !

Qu’est devenu le leader de l’année dernière ? En 2019, deux étalons ont obtenu des résultats peu communs avec leurs 2ans en Europe. Night of Thunder (Dubawi) a dominé le classement des First-Crop Sires européens selon tous les critères : nombre de black types, pourcentages de black types, nombre de gagnants… ce qui est vraiment remarquable pour un cheval qui fut bon à 2ans mais nettement supérieur l’année suivante. À la fin de la première saison de compétition de leur première génération, No Nay Never (Scat Daddy) et Kingman (Invincible Spirit) n’avaient pas un pourcentage de gagnants par partants aussi élevé. Night of Thunder commence l’année 2020 de la meilleure des manières avec déjà quatre black types, deux à Meydan et deux en Australie.

American Pharoah, un étalon de gazon ? L’autre surprise du classement du classement des First-Crop Sires en Europe l’an dernier, n’est autre qu’American Pharoah (Pioneerof the Nile), deuxième selon le nombre de black types derrière Night of Thunder. Ce n’est pas rien pour un sire basé dans le Kentucky ! Au point qu’on peut se demander si l’étalon de Coolmore n’est pas en train de devenir un étalon de gazon, lui qui n’a couru que sur le dirt. Ses cinq meilleurs produits (selon les ratings) sont des chevaux de gazon : Monarch of Egypt (deuxième des Keeneland Phoenix Stakes, Gr1), Four Wheel Drive (Breeders' Cup Juvenile Turf Sprint, Gr2), Sweet Melania (troisième de la Breeders' Cup Juvenile Fillies Turf, Gr1), Maven (Prix du Bois (Gr3) et Another Miracle (troisième de la Breeders' Cup Juvenile Turf Sprint, Gr2). Au final sur ses quinze black types, cinq ont décroché du caractère gras sur le dirt… contre neuf sur le gazon et un sur la piste fibrée (plus proche du turf que du dirt). C’est à la fois une bonne nouvelle pour Coolmore qui possède donc peut-être un super étalon outcross pour briller sur le turf (pas de Danzig, pas de Sadler’s Wells) et un crève-cœur, car cette réussite pourrait lui porter préjudice commercialement aux États-Unis où le dirt reste la référence sur les rings de vente… Mais qui sait ? L’équipe de John Magnier avait certainement déjà prévu le coup. En tout cas, ils ont déjà peut-être préparé le terrain. En septembre 2017, American Pharoah était déjà lauréat de la triple couronne américaine depuis deux ans. Et ce fut le moment choisi pour transférer son propre frère St Patrick’s Day (Pioneerof the Nile) de l’effectif de Bob Baffert à celui d’Aidan O’Brien. Il a couru huit fois sur le gazon européen, se classant notamment deuxième des Renaissance Stakes (Gr3) et verdissant un peu le pedigree de son illustre frère ! En France, Océan Atlantique (American Pharoah) est l’un des espoirs classiques de l’écurie Fabre. Qui sait, il apportera peut-être un premier Gr1 à son géniteur…