La nouvelle vie d’Antoine Hamelin

International / 12.04.2020

La nouvelle vie d’Antoine Hamelin

Par Adeline Gombaud

Le 23 mars, Antoine Hamelin prenait l’avion, direction Hongkong. Cinq jours après la fin de sa quarantaine, le jockey a pu enfin découvrir les courses locales, en signant d’emblée un coup de deux. Il nous raconte sa nouvelle vie.

Jour de Galop. – Vos débuts à Hongkong se sont soldés par deux victoires, ce dimanche. Comment avez-vous vécu cette première ?

Antoine Hamelin. – Cela s’est très, très bien passé ! J’avais neuf montes, des bons chevaux, des moyens, des mauvais… J’ai fait ce que j’ai pu et j’ai gagné deux courses ! J’avais déjà monté à Sha Tin. C’était lors de la Hong Kong Cup avec Saônois. Là, c’étaient des courses différentes, des courses de tous les jours en somme. La pression est moins grande, mais on ne se fait pas de cadeau pour autant. Ce que je retiens avant tout, c’est le respect dont les jockeys font preuve pendant le parcours. Les commissaires sont très stricts ici. En neuf courses, il n’y a eu aucun incident. Personne ne va vous "écraser" pour garder sa place. Même à mi-ligne droite, les jockeys regardent derrière eux quand ils se décalent. C’est vraiment très "safe" et du coup très agréable à monter…

Cette sécurité, vous aviez l’impression de ne plus la trouver en France ?

Disons qu’il a fallu un accident comme celui de Jimmy Tastayre pour que les commissaires se mettent à regarder de façon plus appuyée les départs, par exemple. À Hongkong, non seulement les règles sont très strictes, et les sanctions très sévères, donc dissuasives, mais en plus, les jockeys ont forcément plus d’expérience, puisqu’ils sont choisis sur ce critère. Ce dimanche, l’un de mes chevaux est sorti de sa boîte un peu à droite. Les commissaires m’ont appelé après la course pour me dire qu’ils avaient vu son mouvement, qu’ils avaient aussi vu que je l’avais redressé, et m’ont félicité en m’expliquant que c’est ce genre de comportement qu’ils souhaitaient voir.

Les courses ont lieu à huis-clos à Hongkong. Comment décririez-vous l’ambiance ?

Le Hong Kong Jockey Club a autorisé la venue d’un propriétaire par cheval, et encore, pas partout sur l’hippodrome. Par exemple, il n’y a plus de photos aux balances, et nous avons été briefés pour ne pas célébrer les victoires de façon trop exubérante. Les journalistes ne sont pas non plus autorisés partout. Ce dimanche, ils ont attendu la dernière course, que je sois changé, etc., pour assister à une sorte de conférence de presse. Nous avons aussi fait des photos sur un fond vert, pour faire "comme si"…

Malgré tout, on voit sur les réseaux sociaux que votre doublé n’est pas passé inaperçu !

En effet, les journalistes étaient contents de voir un nouveau s’imposer. Je crois que cela leur donne quelque chose à écrire ! Plus sérieusement, j’ai reçu énormément de messages de soutien sur mes comptes Instagram ou Twitter. Rien de comparable à ce que l’on peut vivre en France ! Ici, on se sent vraiment aimé ; c’est une autre culture. Cela se rapproche un peu du Japon, même si là-bas, c’est puissance dix !

Comment se passe votre vie quotidienne sur place ?

Les quinze premiers jours de quarantaine ont été longs, très longs… Être confiné chez soi, c’est déjà pas très marrant, mais quand vous arrivez dans un pays inconnu, dans une maison que vous ne connaissez pas, et que vous êtes vraiment tout seul pendant deux semaines, le temps n’en finit pas. J’avais beau avoir Netflix, ma Playstation… J’avais hâte que cela se finisse. Depuis que je peux sortir, ma vie est assez bien réglée. Le matin, je vais travailler les chevaux, puis je fais une sieste généralement. J’habite au pied de l’hippodrome, dans une maison fournie par le Jockey Club. Nous avons le droit de sortir, mais il faut prévenir les autorités. Il faut être vigilant, car si les courses ont pu continuer, c’est qu’il n’y a eu aucun cas de Covid au sein du personnel des écuries et de l’hippodrome. Donc pour le moment, je ne suis pas beaucoup sorti. J’ai le temps pour cela.

Comment avez-vous trouvé des montes, et plus généralement, des chevaux à monter le matin ?

Comme c’est la première fois que je viens ici, le Jockey Club me donne la possibilité de travailler avec un agent. J’ai aussi un document avec les contacts de tous les entraîneurs, une sorte de trombinoscope. Il faut les démarcher ! Mais cela se passe plutôt bien. Certains étaient un peu frileux et attendaient de me voir monter. Ces deux succès devraient rendre les choses plus faciles.

Avez-vous retrouvé des gens que vous connaissiez ?

Absolument pas ! J’ai fait connaissance de Romain Clavreul, qui travaille à Hongkong depuis plusieurs années. Il a eu la gentillesse de me donner un chrono. Un outil indispensable pour travailler les chevaux ici ! Je sais que si j’ai besoin de quelque chose, je peux faire appel à lui. Mais c’est le seul Français que j’ai vu depuis mon arrivée !

La France ne vous manque-t-elle pas un peu ?

Si, évidemment, ce n’est pas facile de quitter son petit confort ! Ma copine me manque. Nous verrons quand les aéroports seront rouverts si elle peut venir me voir. Dans les conditions actuelles, il y a évidemment beaucoup de si ! Je savais en décidant de partir à Hongkong que cela ne serait pas facile de laisser tous mes proches… Mais il faut savoir faire des choix. Je ne regrette pas le mien.

Le futur, pour vous, c’est quoi ?

Comme tout le monde en ce moment, je vis plutôt au jour le jour. Je sais que je suis ici jusqu’au 17 juillet. La suite, difficile de savoir…