Labéo va analyser les tests de dépistage du Covid-19

Autres informations / 09.04.2020

Labéo va analyser les tests de dépistage du Covid-19

Labéo va analyser les tests de dépistage du Covid-19

Cela faisait plusieurs semaines que les laboratoires vétérinaires demandaient à être associés à l’effort sur les tests de dépistage du coronavirus. Mais jusqu’à présent, une norme leur interdisait de réaliser de telles analyses. La donne a changé et c’est désormais possible. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, l’a confirmé ce week-end, par un décret. Cette décision va améliorer de manière significative la capacité d’analyse de tests, car certains laboratoires vétérinaires en région sont capables de traiter jusqu’à 2.000 prélèvements par jour, comme c’est le cas de Labéo, l’un des laboratoires de référence en analyses vétérinaires.

Des premiers essais ce mercredi. À la tête de Labéo, le docteur Guillaume Fortier, par ailleurs vétérinaire-conseil de la Fédération des éleveurs, nous a déclaré : « Cela fait plus de dix jours que nous sommes prêts. Nous avons échangé avec nos confrères des laboratoires du CHU, des équipes avec lesquelles nous sommes amenés à travailler toute l’année sur d’autres sujets, comme parfois sur les chevaux. Nous nous sommes mis à disposition des services de Santé. Des premiers essais seront organisés aujourd’hui [ce mercredi, ndlr] et ce jeudi. Une deuxième étape aura lieu samedi et une décision sera prise. Tout le protocole est validé par le CHU, sous tutelle des laboratoires de virologie et des biologistes dont c’est le métier. Si tout se passe bien et avec l’accord de l’Agence régionale de Santé, nous commencerons officiellement lundi ou mardi prochain. Dans la lutte contre le Covid-19, nous n’interviendrons que dans notre champ de compétences, c’est-à-dire la partie analytique à grande échelle. Nous visons 2.000 analyses de tests Covid-19 par jour. Le reste, à savoir les relations avec les patients ou les validations de ces tests, concerne les services de Santé et les médecins. »

Deux sites de Labéo en "autoréquisition". Même si les salariés des laboratoires vétérinaires sont des spécialistes de la santé animale, il n’est pas rare qu’ils travaillent sur des bactéries ou des virus en commun avec les hommes. Par ailleurs, le docteur Guillaume Fortier nous explique : « Les tests de dépistage du Covid-19 sont à la cible près les mêmes que ceux dont nous nous servons pour les chevaux et les bovins. En réalité, il s’agit de la même chaîne et technologie analytique. » Les sites de Saint-Contest (Calvados) et de Saint-Lô (Manche) vont donc être adaptés pour l’Unité spéciale de dépistage pour le Covid-19. Le site d’Alençon pourrait également être sollicité à l’avenir. Saint-Contest est l’un des laboratoires de recherche destinés aux chevaux. Son utilisation est d’autant plus symbolique que l’équipe était au chômage partiel depuis le confinement, car ce site est non "vital" pour l’entreprise. Sur l’organisation du travail, Guillaume Fortier précise : « Aucun recrutement ne sera fait. Notre personnel est hautement qualifié et on ne peut recruter dans des situations comme celle-ci. Cent quinze salariés sur les 400 que nous comptons sont opérationnels pour nos missions quotidiennes, dont le suivi de la monte par exemple. Une quinzaine de personnes vont constituer cette équipe très spéciale, tous sont volontaires et c’est un symbole fort pour nos collègues sur le front en blouses blanches. Toutes nos équipes sont complètes et nous veillons à ce que toutes les mesures sanitaires soient respectées. Mais, par définition, un laboratoire est un lieu confiné, nos équipes sont donc habituées à travailler de cette manière. »

Les analyses vétérinaires se poursuivent. Face à cette situation totalement inédite, le docteur Guillaume Fortier tient à rassurer la filière équine : « C’est une belle mission qui nous attend, de santé publique, mais nous poursuivons bien entendu notre activité concernant les chevaux. La saison de monte se poursuit et nous en sommes à 85 % des plans de charge habituels d’avril. Il ne s’agit pas de la fragiliser. Concernant la métrite, qui normalement mobilise dix à douze personnes sur deux de nos quatre sites, nous avons progressivement mis en place des équipes de deux ou trois personnes, en rotation. Comme je l’expliquais dans vos colonnes il y a quelques jours [édition du 25 mars, ndlr], les analyses pour la métrite peuvent être effectuées par culture — la technique plus ancienne, qui requiert au moins six jours pour avoir les résultats —, immunofluorescence — trois ou quatre — ou par P.C.R. — quelques heures à 48 heures. C’est le vétérinaire qui prescrit la technique qu’il souhaite. Dans le but de respecter les délais avec des effectifs à protéger chez nous, nous avons décidé, pour la première fois de notre histoire, de réguler nous-mêmes ces trois techniques. Dans le cas où les cultures sont trop nombreuses, nous en passons en immunofluorescence, et quand l’immunofluorescence déborde, la P.C.R. prend le relais. Pour le client, il n’y aura pas d’impact financier. Nous allons lisser les prix. »