Les incroyables croisements de Peter Brant

Courses / 02.04.2020

Les incroyables croisements de Peter Brant

Des deux côtés de l’Atlantique, Peter Brant va faire saillir une soixantaine de poulinières cette saison. (Re)parti de zéro en 2016, il est déjà en train de s’affirmer comme l’un des hommes forts de l’élevage international. Nous vous proposons de plonger dans son incroyable liste de croisements pour 2020.

Michel Zerolo supervise les chevaux à l’entraînement en France du propriétaire américain et participe aussi à son plan de croisement. L’homme d’Oceanic Bloodstock nous a expliqué : « Peter Brant agit avec méthode et logique. Et il serait surprenant, vu la qualité des mères et des saillies, qu’il ne sorte pas un ou deux cracks. Il se donne les moyens de faire partie de l’élite. Son raisonnement est à la fois sportif et économique. » Plusieurs juments de Peter Brant sont passées par le haras des Capucines cette année avant d’aller à la saillie, certaines vont y rester à l’année, d’autres vont prendre la direction de l’Angleterre ou l’Irlande. C’est le cas d’Unaided (Dansili), mais aussi de Rymska (Le Havre), Précieuse (Tamayuz) et Azafata (Motivator). Cette dernière est une jument espagnole acquise 625.000 Gns en décembre à Tattersalls, après avoir donné Fleeting (Zoffany), lauréate des William Hill May Hill Stakes (Gr2) et sur le podium des Oaks d’Irlande, du Prix de l’Opéra et des Oaks d’Epsom (Gr1). Elle est pleine de Kingman (Invincible Spirit). Le sire de Juddmonte est le père d’un élève de Peter Brant très estimé par Jean-Claude Rouget, Edge of Victory (Kingman), dont la mère n’est autre que l’illustre Beauty Parlour (Deep Impact).

Elles vont à Galileo. Gagnante de la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), deuxième du Prix de Diane (Gr1), Beauty Parlour a déjà donné Blowout (Dansili), quatre fois placée de Groupe aux États-Unis. En 2020, Beauty Parlour va rencontrer Galileo (Sadler’s Wells)… après avoir donné une pouliche du même étalon ! Peter Brant croit en ce croisement car sa sœur Blue Kimono (Invincible Spirit) a été saillie par Galileo en 2019 et par son fils Frankel en 2020. Le sire de Coolmore va aussi saillir Different League (Dabirsim), copropriété de Peter Brant, qui fut notamment troisième du Prix Morny et deuxième des Juddmonte Cheveley Park Stakes (Grs1). Élevée par le Gestüt Fährhof, Quidura (Dubawi) a quitté l’Allemagne après une tentative infructueuse au niveau Groupe. Ce choix fut payant. Sous la casaque de son éleveur, elle a notamment gagné les Canadian Stakes et les Woodford Reserve Ballston Spa Stakes (Grs2), tout en montant sur le podium des Diana Stakes, des Coolmore Jenny Wiley Stakes et des Matriarch Stakes (Grs1). Elle a été acquise 3,6 millions de dollars par Peter Brant, et Michel Zerolo nous a confié : « Quidura, une jument bien faite, va être saillie par Galileo (Sadler’s Wells)… Peter Brant veut tout simplement le meilleur. » Sa deuxième mère a gagné les Guinées allemandes et sa mère a donné trois autres chevaux de Groupe dont Querari (Oasis Dream), gagnant du Premio Presidente della Repubblica (Gr1).

Les valeurs montantes du parc irlandais. Rosa Bonheur (Mr. Greeley), deuxième du Prix La Cochère (L), est la mère du beau et bon Raging Bull (Dark Angel), un cheval qui a quitté la France à 2ans avant d’avoir débuté en compétition. Logiquement, elle a été saillie par Dark Angel (Acclamation) en 2019 pour reproduire le croisement de ce lauréat de l’Hollywood Derby (Gr1). En 2020, elle va rencontrer No Nay Never (Scat Daddy). Roca Rojo (Strategic Prince) va être saillie par Lope de Vega (Shamardal) en 2020. Exportée après une victoire de maiden en Irlande, elle a été battue du minimum dans les Matriarch Stakes et elle s’est classée troisième des First Lady Stakes (Grs1). Michel Zerolo explique : « Cette belle jument était entraînée par Chad Brown pour d’autres propriétaires. Mais il a recommandé à Peter Brant de l’acheter, car il la pensait toute bonne. Ce qui fut fait en novembre 2017 à Keeneland. »

Trois ex-françaises pour Frankel. Lauréate de la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1), Précieuse a de la vitesse dans son origine maternelle et s’est elle-même classée deuxième du Prix Sigy (Gr3) sur 1.200m. Pour sa première saillie, elle va rencontrer Frankel (Galileo), un étalon qui semble transmettre une certaine tenue à sa production. Michel Zerolo explique : « Précieuse n’est pas très grande et elle est légère. Dès lors, l’imposant Frankel me semble être le bon croisement. » L’étalon du prince Abdullah va aussi saillir Rymska (Le Havre). Gagnante de Listed en France, elle est montée huit fois sur le podium de Groupes aux États-Unis, se classant notamment deuxième des Coolmore Jenny Wiley Stakes et des Gamely Stakes (Grs1), les deux dernières sorties de sa carrière. Michel Zerolo poursuit : « Ayant eu quelques soucis, elle a eu des phases de repos à répétition. Si bien que c’est une pouliche qui n’a pas gagné son Gr1 mais qui aurait vraiment mérité de le remporter compte tenu de sa qualité. Elle est magnifique. » Spain Burg (Sageburg), gagnante des Shadwell Rockfel Stakes (Gr2) pour Xavier Thomas-Demeaulte, appartient à une association entre Peter Brant et Andreas Putsch. Après avoir donné un mâle de Frankel, elle a été saillie par Siyouni (Pivotal) en 2019.

La mère d’Uni à la rencontre de Dubawi. Uni (More than Ready) a réalisé une grande performance en survolant la dernière édition du Breeders' Cup Mile (Gr1). Sur la dernière décennie, seulement trois femelles ont remporté ce Gr1 face aux mâles (Uni, Tepin et Goldikova). L'ancienne pensionnaire de Fabrice Chappet a aussi remporté les Matriarch Stakes et les First Lady Stakes (Grs1). Peter Brant a acquis sa mère Unaided (Dansili) pour 1,25 million d’euros, par l’intermédiaire de Michel Zerolo, en décembre dernier. Elle était présentée pleine de No Nay Never (Scat Daddy) par le haras d'Étreham. Et en 2020, elle va être saillie par Dubawi (Dubai Millennium). Michel Zerolo explique : « Peter Brant veut vraiment utiliser les meilleurs étalons disponibles. Il a hésité à envoyer Unaided à More than Ready (Southern Halo), mais son choix s’est finalement porté sur Dubawi. » Le top-étalon de Darley va aussi saillir Justlookdontouch (Galileo), une sœur d’Islington (Sadler’s Wells) acquise 1,2 million de Guinées à Newmarket, et Amérique (Galileo), une fille de la championne Aquarelliste (Danehill).

More than Ready pour Homérique. Sous la casaque de Steve Burggraf (écurie de Montlahuc), Homérique (Exchange Rate) avait montré beaucoup de classe. On se souvient notamment de ses bonnes et proches troisièmes places dans le Prix de Diane et le Prix de l’Opéra (Grs1). Aux États-Unis, elle a ajouté deux Groupes à son palmarès avant de décrocher la troisième place des Diana Stakes (Gr1) de Sistercharlie (Myboycharlie). Selon les ratings, il s’agit de la meilleure édition de cette course depuis (au moins) dix ans. Homérique va donc être croisée avec More than Ready. Père de 28 gagnants de Gr1 et de près de 370 black types, ce vecteur de vitesse – la distance moyenne de victoire de ses produits est 1.412m – officie à WinStar Farm dans le Kentucky. Avec les descendantes de Danzig (comme Homérique), il a donné 13 gagnants de Gr1. Michel Zerolo précise : « C’était une très bonne jument de course et elle est magnifique. Peter Brant aime beaucoup More than Ready, lequel connaît une belle réussite sur le gazon. C’est un cheval de petite taille, très confirmé sur descendance et qui convient bien physiquement à Homérique. Peter Brant a confié son frère Ethnic Type (Fast Company) à Jean-Claude Rouget et il se montre vraiment très plaisant à l’entraînement. » Autre étalon américain ayant fait ses preuves sur le gazon et le dirt, War Front (Danzig) va saillir Pollara (Camelot), gagnante du Prix de Royaumont (Gr3) et issue d’une grande souche Wertheimer, celle de Brooklyn's Dance (Shirley Heights).

Il élève aussi pour courir sur le dirt. Vu d’Europe, on pourrait penser que l’élevage renaissant de Peter Brant se concentre sur le gazon. Ce n’est pas du tout le cas. Le meilleur contre-exemple est la chilienne de naissance Wow Cat (Lookin at Lucky). Elle présente un papier 100 % américain et après avoir gagné cinq Grs1 au Chili et les Beldame Stakes (Gr1) sur le dirt de Belmont, elle s’est classée troisième de la Breeders' Cup Distaff (Gr1) entre Monomoy Girl (Tapizar) et Midnight Bisou (Midnight Lute). Michel Zerolo détaille : « Wow Cat est une magnifique jument. Elle est très bonne mais un cran en dessous des championnes sur le dirt. En 2020, elle va être saillie par Quality Road (Elusive Quality). C’est un très bon étalon qui donne de remarquables pouliches. » Quality Road est passé à 200.000 $ en 2020, lui qui était encore proposé à 35.000 $ en 2017. Et il va aussi rencontrer Paid up Subscriber (Candy Ride), une très bonne jument de dirt, qui est montée sur le podium du Delaware Handicap, des Spinster Stakes, des Ogden Phipps Stakes et des Madison Stakes (Grs1).

Il manque la meilleure ! Dans cette liste incroyable, il manque la perle de Peter Brant, Sistercharlie (Myboycharlie). Michel Zerolo explique : « Il est extrêmement attaché à cette jument et pour l’instant, elle reste à l’entraînement. Avoir décroché le titre de Champion turf mare aux États-Unis, devant ses pairs, c’est à ses yeux très important. Pour sa dernière sortie de l’année dernière, elle s’est classée troisième du Breeders' Cup Filly & Mare Turf (Gr1) car le terrain était beaucoup trop dur pour elle. Elle a besoin de pistes plus souples et Chad Brown s’était jusqu’alors toujours débrouillé pour lui trouver les conditions adéquates. Mais il n’y a qu’un seul meeting de la Breeders' Cup tous les ans… On peut comprendre que ce challenge soit très tentant. » À plusieurs reprises, la "FR" Thaïs (Rio de la Plata) a servi de leader à Sistercharlie, profitant de l’occasion pour décrocher la troisième place des Flower Bowl Stakes et des Beverly D Stakes (Grs1) ! En 2020, l’élève du regretté Georges Sandor va elle aussi partir à la saillie…

Soutenir Demarchelier. Thaïs a pris la direction de Claiborne Farm, dans le Kentucky, pour y rencontrer l’unique fils de Dubawi stationné aux États-Unis. Ce dernier, Demarchelier (Dubawi), n’a couru que cinq fois, remportant les Pennine Ridge Stakes (Gr3). Michel Zerolo détaille : « Peter Brant veut donner toutes les chances à son étalon. Il le soutient énormément, avec une bonne vingtaine de juments. Ce n’est pas facile d’imposer aux États-Unis un étalon de gazon avec un papier européen. D’une manière générale, un sire labellisé turf est moins évident à promouvoir. Kitten’s Joy (El Prado) officie à 75.000 $. Un étalon avec des statistiques comparables mais sur le dirt ferait la monte à 150.000 $ ou plus. En ce qui concerne Demarchelier, Peter Brant y croit vraiment et il a mis en place une réelle stratégie. Il s’est exprimé dans les médias pour montrer l’estime qu’il lui porte et annoncer le soutien qu’il va lui apporter. Et il est proposé à 5.000 $, si bien que le cheval va beaucoup saillir pour sa première année de reproduction. C’est un cheval qui a montré beaucoup de qualité avant de s’accidenter prématurément. Le jour de son accident, il était d’ailleurs encore invaincu. Il est très beau et très bien né… dès lors, il est tout à fait légitime de lui donner sa chance au haras. »

LISTE NON EXHAUSTIVE DES CROISEMENTS DE PETER BRANT POUR 2020

Jument Étalon 2020
Amérique Dubawi
Beauty Parlour Galileo
Blue Kimono Frankel
Different League Galileo
Justlookdontouch Dubawi
Maranouchi Siyouni
Homérique More than Ready
Paid up Subscriber Quality Road
Pollara War Front
Précieuse Frankel
Quidura Galileo
Roco Roja Lope de Vega
Rosa Bonheur No Nay Never
Rymska Frankel
Thaïs Demarchelier
Unaided Dubawi 
Wow Cat Quality Road

Le niveau du gazon américain a explosé. Comme tous les professionnels familiers des courses américaines, Michel Zerolo a assisté à la révolution qualitative du turf outre-Atlantique : « L’époque où une pouliche de Listed européenne pouvait figurer au niveau Gr1 en traversant l’océan est révolue. Aujourd’hui, elle n’est même pas certaine de remporter un Gr3. Les exemples ne manquent pas. » Il faut remonter à 2008 pour retrouver une dernière victoire européenne dans les Matriarch Stakes (Gr1), à 2014 dans les Beverly D. Stakes (Gr1) et à 2012 dans les Flower Bowl Stakes (Gr1). Mais cette situation n’est pas uniquement due à l’amélioration du niveau des pouliches de gazon entraînées localement… et Michel Zerolo poursuit : « Au regard du niveau des allocations des belles épreuves américaines sur le turf, peu d’Européens font le déplacement. Depuis Chantilly, en termes de temps et d’organisation, il n’est pas beaucoup plus difficile d’aller courir sur la côte Est des États-Unis qu’à Royal Ascot ou à York. C’est 6 h 30 de vol, direct, contre 8 heures de camion. Aujourd’hui, en France notamment, il est vrai que beaucoup de chevaux sont vendus avant de pouvoir courir ces épreuves. Mais je me souviens de l’époque où François Boutin présentait constamment des chevaux sur le gazon nord-américain. Il tentait des coups ! En fin d’année, on peut faire le choix d’un Groupe américain avec 400.000 $ d’allocation car il ne sera pas forcément beaucoup plus difficile qu’une Listed européenne dotée de 50.000 €. Le nombre de chevaux français qui courent à l’international s’est nettement érodé au fil des années. »

Il faut savoir saisir les opportunités. En période de crise, les personnes qui disposent de liquidités peuvent faire des affaires, notamment en ce qui concerne les chevaux de course… en attendant que le marché remonte. Michel Zerolo se souvient : « Après les troubles économiques de 2008, Martin Schwartz a ainsi saisi l’opportunité de donner une autre ampleur à sa casaque. Des juments comme Stacelita (Monsun), Elusive Wave (Elusive City) ou encore Zagora (Green Tune) étaient alors devenues beaucoup plus accessibles sur le marché des amiables. Pendant deux ou trois années, la compétition était moins forte, et il n’avait pas laissé passer cette occasion. » Le courtier poursuit : « Je pense qu’on peut trouver des bons chevaux absolument partout en France, du nord au sud. Jean-Claude Rouget m’avait conseillé Mazel Trick (Phone Trick) après une deuxième place à Cagnes-sur-Mer, dans une course E… et il a gagné trois Groupes sur le dirt aux États-Unis. Chez le même entraîneur, mais après une victoire de Quinté impressionnante et une deuxième place de Listed dans le Sud-Ouest, j’ai acheté Windsharp (Lear Fan). Double lauréate de Gr1 aux États-Unis, Champion older female, elle a donné deux gagnants de Gr1 au haras. Starine (Mendocino) avait couru à réclamer, avant de gagner une Listed à Saint-Cloud… Outre-Atlantique, elle a gagné deux Grs1 dont le Breeders' Cup Filly & Mare Turf (Gr1) en 2002 ! Megahertz (Pivotal) a couru six fois à réclamer avant de se classer troisième du Critérium de l’Ouest (L). Acheté à la vente de l’Arc, il a gagné neuf Groupes aux États-Unis ! »

Les espoirs français de Peter Brant. Sous l’étiquette White Birch Farm, Peter Brant a confié l’ensemble de son effectif français (soit 20 chevaux) à Jean-Claude Rouget ! Quatorze sont âgés de 2ans. Parmi les six chevaux d’âge, on trouve Sottsass** (Siyouni), lauréat du Prix du Jockey Club (Gr1) dont Coolmore a acquis une partie des droits de la carrière d’étalon. Michel Zerolo nous a expliqué : « Sottsass devait faire sa rentrée dans le Prix Ganay (Gr1, 26/04). Mais avec la crise sanitaire en cours, il est difficile de s’exprimer à son sujet. En fin d’année, Peter Brant a acheté Flighty Lady (Sir Percy), troisième du Qatar Prix Marcel Boussac - Critérium des Pouliches (Gr1). Avant la crise, elle visait le Prix Vanteaux (Gr3, 05/04) et, en fonction du résultat, le Prix de Diane et le Prix Saint-Alary (Grs1). Je crois beaucoup en elle. Malheureuse en débutant, elle a ensuite bien gagné et s’est bien comportée dans le Boussac. Elle a le profil d’une pouliche meilleure à 3ans qu’à 2ans. C’est une belle 3ans, issue d’une bonne famille Juddmonte. Sur le marché, il est presque impossible de trouver un tel profil. Repel Ghosts (Dark Angel) a été un peu laborieux à 2ans, mais il est en train de bien venir. Il devrait faire un cheval de niveau Listed. Edge of Victory (Kingman), le fils de Beauty Parlour, s’annonce prometteur.  Ses débuts étaient programmés dans le Prix Juigné, à ParisLongchamp, au mois d’avril. »