Dantesque

Le Mot de la Fin / 23.04.2020

Dantesque

Le mot de la fin : Dantesque

Il y a deux manières d’interpréter l’adjectif dantesque. Si vous êtes un auditeur du "Super Moscato Show", alors cela doit certainement vous faire penser à quelques actes d’une bravoure, d’une intensité et d’une beauté sportive peu ordinaire sur un terrain de rugby. Si vous êtes un auditeur du "Masque et la Plume", cela évoque certainement « le caractère sombre et grandiose de La Divine Comédie de Dante » qui est une métaphore de la vie et des choix que l’on peut faire, menant au Paradis ou en Enfer.

Choisissez la description qui vous convient le mieux – celle de RMC ou celle de France Inter – mais sachez que c’est à peu près ce qui est arrivé en 1990 à Vincent O’Brien et Lester Piggott. Ce dernier n’avait plus monté en course depuis 1985 et sa jeune carrière d’entraîneur venait d’être ruinée par un procès pour fraude fiscale. O’Brien sans conteste le plus grand entraîneur irlandais du siècle dernier, sortait d’une saison 1989 catastrophique. Pire encore, en compagnie des certains associés de Coolmore, il avait lancé Classic Thoroughbred, un fonds d’investissement coté en bourse qui allait de déboire en déboire. Parmi ses malheurs, il y a notamment eu le fait que son seul très bon cheval, Royal Academy (Nijinsky) avait refusé d’entrer dans les boîtes en Angleterre. Face à ces difficultés, l’Irlandais sollicite Piggott, pour monter son pensionnaire dans la Breeders' Cup Mile (Gr1). Sur le papier, cela ressemble à une ultime et désespérée tentative de come-back de deux has been qui se lancent dans un pari déraisonnable avec un cheval difficile. Pire encore, Vincent O’Brien, âgé de 73 ans, tombe malade et ne peut pas faire le voyage. C’est donc sa femme et son fils qui vont mettre en selle le jockey de 55 ans ! En début de parcours, tout se passe mal, le cheval s’élance lentement avant d’être gêné dans sa progression. Mais le dieu des courses en avait décidé autrement et au prix d’une fantastique remontée, devant une foule en délire, Royal Academy et Lester Piggott viennent arracher la victoire. Elle fut célébrée avec faste dans tous les pubs d’Irlande. On imagine la satisfaction de Vincent O’Brien, alité mais devant sa télévision. Plus tard, Piggott admettra que cette monte fut celle qui lui a apporté « la plus grande satisfaction » de toute sa carrière. Un moment de sport dantesque !

Pour revivre la Breeders' Cup Mile 1990, cliquez ici

https://youtu.be/wLCJMlLLriQ?t=56