Les confidences de Bob Baffert

International / 23.04.2020

Les confidences de Bob Baffert

Les confidences de Bob Baffert

« Et si nous appelions Bob Baffert ? » En ces temps de confinement, alors que les courses sont à l’arrêt, c’est aussi pour nous l’occasion de faire des choses que nous n’avons jamais faites. Comme interviewer l’une des légendes vivantes des courses américaines.

Par Anne-Louise Echevin

Mission Bob Baffert. Questions notées sur une feuille, le téléphone à la main… Et le trac du débutant. Quelle idée ! Appeler comme cela, sans prévenir, out of the blue comme disent les Anglo-Saxons, la légende vivante des entraîneurs américains. L’homme aux deux Triples Couronnes, aux cinq Kentucky Derby, aux quatre Eclipse Awards, inscrit au US Hall of Fame. Se retrouver ainsi, le téléphone à la main, à se demander si c’est vraiment une bonne idée, si Bob Baffert aura le temps et l’envie – courses à l’arrêt ou non – de prendre trente minutes de son temps pour une interview surprise. Il faut se lancer. Le téléphone sonne, Bob Baffert décroche. Grosse inspiration. Présentation, etc. « Auriez-vous une trentaine de minutes à m’accorder s’il vous plaît ? Maintenant, ou plus tard si vous êtes occupé ? » Réponse : « Pas de souci, on peut faire l’interview dès maintenant si vous le voulez. » Expiration…

Cela fait partie du job. Il n’est en réalité pas si surprenant que Bob Baffert réponde aussi facilement. Il est bien connu que l’homme ne refuse pas une interview, que c’est aussi la rançon du succès et que cela fait donc partie du travail. C’est une attitude très anglo-saxonne, voire encore plus développée aux États-Unis. L’homme à la silhouette si caractéristique est une personnalité aussi bien hippique que médiatique. Nous avons probablement tant aimé American Pharoah (Pioneerof the Nile) parce que l’entraîneur a ouvert les portes de son barn à tous pour ce cheval, au tempérament si incroyable. American Pharoah, au-delà de l’exploit de la Triple Couronne, a été une grande aventure qui a, aux États-Unis au moins, dépassé les frontières du seul monde hippique.

Un jour, c’est quasi certain, American Pharoah sera à Hollywood. Grâce notamment à son entraîneur : « Je crois que la victoire d’American Pharoah dans la Triple Couronne était la plus belle chose qui soit arrivée aux courses hippiques. Les gens ont suivi les courses grâce à lui. American Pharoah a apporté tellement de joie aux gens. Je faisais mes courses et les gens m’arrêtaient en me disant : "J’ai vu votre cheval gagner la Triple Couronne, c’était incroyable, il est si bon." American Pharaoh était un cheval vraiment à part. Il était magique. C’était non seulement un cheval de course exceptionnel, et il était d’une gentillesse incroyable. Je l’ai partagé avec le public, j’ai partagé sa gentillesse avec les gens. Ils pouvaient venir, le toucher, et il acceptait cela avec tant de douceur. Je pense qu’il restera à jamais mon cheval favori, pour tout cela. Il a su gagner les cœurs de tous. C’était quelque chose de très émouvant pour moi. Et je pense que lorsque l’on a un cheval aussi bon, il est de votre responsabilité en tant qu’entraîneur de le partager. De faire ainsi la promotion des courses. Tout le monde dans les courses sait que nous prenons soin de nos chevaux. Les gens extérieurs ne se rendent pas forcément compte de tout le temps, toute l’attention que nous donnons à nos chevaux. Et il faut faire la promotion de cela, montrer à quel point notre sport est beau. Cette promotion, c’est une partie de notre travail. »

Santa Anita à l’arrêt. Bob Baffert a la plupart de ses chevaux du côté de Santa Anita. Les courses y sont à l’arrêt depuis le vendredi 27 mars. Il devait y avoir des courses ce jour-là, à huis clos comme les jours précédents. Mais, juste avant la première épreuve, l’ordre de tout arrêter a été donné par les autorités de Los Angeles. Bob Baffert nous raconte : « J’ai vraiment été très surpris lorsque nous avons dû arrêter de courir. Oaklawn continue de courir et pas Santa Anita… Les courses de chevaux ont lieu en plein air et, dans un lieu comme Santa Anita, nous ne sommes pas entassés les uns sur les autres. Nous avions mis en place un excellent scénario qui permettait de continuer à courir et, pour des raisons qui nous restent inconnues, il nous a été demandé de tout arrêter. En Californie, les décisions varient en fonction des counties. À Los Alamitos, tout près d’ici, les courses de Quarter Horses se poursuivent parce qu’elles dépendent d’un autre county. Je n’ai jamais vraiment compris les politiques, mais que voulez-vous, nous ne pouvons rien faire si ce n’est prendre notre mal en patience. Chaque semaine, nous ressentions une sorte de pression sur le fait que les courses continuent. Mais nous avions mis en place tout un tas de protocoles de sécurité : prise de température, etc. À Santa Anita, nous avions commencé la distanciation sociale bien avant que cela ne soit demandé par les autorités, nous avions été proactifs sur le sujet. » Certaines rumeurs disent que les activistes anti-courses, qui veulent la peau de Santa Anita depuis le mortel hiver 2019, sont venus mettre leur grain de sel auprès des autorités californiennes. Bob Baffert analyse : « Les activistes n’aident pas, je suppose, mais cela reste des rumeurs. »

Bob Baffert, comme tous les entraîneurs de Santa Anita, doit prendre son mal en patience. Santa Anita appartient au groupe Stronach, lequel serait en pleine négociation avec les autorités de Los Angeles pour pouvoir reprendre les courses le plus vite possible. Bob Baffert doit composer : « Nous attendons d’avoir à nouveau le feu vert pour courir. Mais il n’arrive pas pour le moment ! Chaque jour, nous espérons que cela change. La plupart de mes chevaux sont à Santa Anita où il n’y a pas de course, mais j’en ai aussi quelques-uns du côté d’Oaklawn, où ils sont autorisés à courir. Nous pouvons continuer l’entraînement ici, il n’y a pas de problème de ce côté-là. Je ne les entraîne pas de façon aussi poussée que d’habitude. J’ai ralenti le rythme pour certains d’entre eux. »

Les États-Unis au temps du Covid-19. Au pays du capitalisme roi, l’épidémie de Covid-19 engendre une catastrophe sanitaire et économique grave. Même si le gouvernement américain a mis en œuvre un plan d’urgence, nous sommes loin d’un État providence et beaucoup de personnes, déjà en situation délicate, pourraient ne pas se relever. Probablement bien plus qu’en Europe. La bourse ou la vie : nous ne sommes plus au temps du Far West, mais cela reste d’actualité. Une situation désastreuse pour les plus fragiles, qui donne parfois lieu à des défenses proches du cynisme, comme lorsque l’association des propriétaires de Californie écrit un communiqué expliquant qu’environ 1.000 employés de Santa Anita, ne travaillant plus et étant parfois logés sur l’hippodrome, pourraient bien rejoindre la liste déjà longue des sans-abris de Los Angeles si les courses ne reprennent pas.

Bob Baffert explique l’ambiance à Santa Anita : « La situation est très délicate et, si nous ne pouvons pas reprendre rapidement, beaucoup de petits entraîneurs ne s’en remettront pas. Nous espérons tous une reprise des courses assez rapide. Les petits propriétaires vont être très impactés. Mais les propriétaires plus importants vont certainement aussi subir cette crise : ils perdent aussi de l’argent, ils vont peut-être acheter moins de chevaux et cela aurait alors des conséquences sur les éleveurs. Si nous reprenons assez rapidement, nous devrions nous en sortir. Les quinze prochains jours sont déterminants. Mais il y a beaucoup de politiques impliqués dans ce type de décision. Tout dépend des gouverneurs qui attendent certainement que l’un d’entre eux fasse le premier pas avant de se lancer aussi : "Vas-y ! Non, toi d’abord ! Allez, je t’en prie !" C’est assez effrayant, il faut juste espérer que chacun puisse reprendre une vie normale. Et puis nous avons besoin de sport, sinon nous allons devenir fous ! Je pense avoir vu tous les films et séries TV à disposition, il faut du sport ! »

Rien ne sera plus comme avant. La Californie et Los Angeles ne sont pas aussi atteints par l’épidémie de Covid-19 que New York, où la situation est dramatique. Malgré cela, pour Bob Baffert, il y aura un avant et un après : « Au niveau du coronavirus, je crois que nous n’avons pas été très touchés en Californie, si vous comparez à New York. Là-bas, vous prenez les taxis, vous prenez les transports en commun. En Californie, nous vivons dans nos voitures, ce qui permet une distanciation sociale assez naturelle. Il n’y a pas ce sentiment de danger, d’urgence. Ceci étant dit, je crois que la vie ne sera plus jamais la même après cela. Je ne pense pas que je resserrerai la main de quelqu’un un jour ! Cet épisode va probablement nous obliger à changer nos façons de faire et, si nous le faisons, tout devrait s’arranger. Alors c’est simple : ne vous serrez pas la main, vérifiez votre température, lavez-vous les mains et ne vous touchez pas le visage ! Et tout ira bien. Ceci dit, en France, vous vous faites la bise : ça, ce n’est vraiment pas bien dans le contexte actuel ! »

Une Triple Couronne chamboulée. L’épidémie de Covid-19 a mis à mal l’ensemble du programme classique américain. Le Kentucky Derby, qui se dispute le premier samedi de mai, a été repoussé au 5 septembre 2020. Les Belmont Stakes, prévues le 6 juin, ont été repoussées à une date à définir. Les Preakness Stakes ont, elles aussi, été repoussées à une date à définir. Pour Bob Baffert, mieux vaut un Kentucky Derby en septembre avec la possibilité d’accueillir du public qu’un Kentucky Derby à huis clos… D’autant plus que l’ambiance unique du Kentucky Derby fait aussi partie de la course, testant le mental des 3ans : « Cela aurait été génial de pouvoir courir le Kentucky Derby au mois de mai dans des conditions normales. Mais, à huis clos, devant des tribunes vides, je pense que cela n’aurait pas été bon. Le Kentucky Derby est un événement. Vous cochez cette case sur votre calendrier pour vous y rendre. Sans public, cela aurait été étrange. Je pense qu’ils ont pris la bonne décision en le décalant. J’espère que, à la fin du mois de juin, les choses reviendront à la normale. »

La Triple Couronne, ce défi qu’il pensait impossible. Bob Baffert ne rêve pas de Triple Couronne en 2020, même s’il a dans ses boxes deux poulains très prometteurs : Nadal et Charlatan : « Je ne sais pas comment sera la Triple Couronne 2020. Et, dans l’immédiat et comme tout le monde, je pense surtout à pouvoir vraiment reprendre le travail. »

La Triple Couronne reste le rêve de tous les entraîneurs et propriétaires. Le cheval qui la gagne rentre dans la légende des courses. Bob Baffert a eu deux chevaux capables de réaliser l’exploit : American Pharoah en 2015 et Justify (Scat Daddy) en 2018. Le dernier lauréat de Triple Couronne était Affirmed… En 1978. C’est dire la difficulté du défi : « Avant de gagner la Triple Couronne avec American Pharoah, j’avais essayé de la décrocher à trois reprises [Silver Charm en 1997, Real Quiet en 1998 et War Emblem en 2002, ndlr]. Je n’y étais pas arrivé et j’étais arrivé à la conclusion que c’était impossible ! Puis j’ai réalisé qu’il fallait simplement avoir un cheval exceptionnel. J’adore les jeunes chevaux. J’adore travailler avec les 2ans. Et les 3ans bien sûr. Toute mon écurie est composée autour des classiques, du Derby. Je travaille avec des clients extraordinaires. J’ai eu la chance de travailler avec les meilleurs chevaux du monde : des American Pharoah, Justify et il faut aussi ajouter Arrogate (Unbridled’s Song)… Ces trois-là, vraiment, étaient extraordinaires. En tant qu’entraîneur, vous avez déjà de la chance si, dans votre carrière, vous pouvez toucher un cheval comme ceux-là. Moi, j’en ai eu trois ! Imaginez ! »

American Pharoah et Justify, si différents. Physiquement, il n’y a pas grand-chose en commun entre le bai sans blanc American Pharoah et le puissant alezan à la belle liste blanche Justify. Avant la Triple Couronne, leurs carrières n’avaient non plus rien à voir : American Pharoah était déjà un champion à 2ans, alors que Justify a débuté au mois de février de ses 3ans. Leur point commun ? Être au-dessus des autres, tout comme l’était Arrogate, qui n’a pris part à aucune épreuve de la Triple Couronne.

Bob Baffert nous a dit : « American Pharoah était un champion à 2ans. Mais Justify, s’il avait pu courir à cet âge-là, l’aurait été aussi. Il avait eu un petit problème qui l’a empêché de courir à 2ans. Arrogate avait eu un problème à 3ans donc il a pris du retard mais, si j’avais pu le courir plus tôt, il aurait aussi pu gagner une Triple Couronne. Ce qu’a fait Justify pour gagner une Triple Couronne, une centaine de jours après ses débuts en compétition, est complètement fou. Fou, vraiment. Justify est certainement le plus beau cheval que j’aie entraîné : c’était une boule de muscles. Il ne faisait que galoper, il pouvait faire aussi bien 1.200m que 2.000m. American Pharoah et Justify étaient hors du commun : ils allaient tellement vite et, quand vous leur demandiez d’accélérer encore, ils le faisaient. Je n’aurai plus jamais deux chevaux comme eux. Ces chevaux sont tellement spéciaux, avec une action incroyable. J’ai une 3ans par American Pharoah dans mes boxes qui s’appelle Merneith. Elle a gagné un maiden à Oaklawn le 19 avril et elle a gagné par dix longueurs. Elle m’a rappelé son père, elle galopait comme lui. American Pharaoh va être un étalon superbe, j’en suis convaincu. »

Arrogate, l’exploit et les regrets. Arrogate n’a pas eu l’occasion de devenir classique. Mais le gris de Juddmonte Farms a aussi écrit l’histoire des courses, réalisant le triptyque Breeders’ Cup Classic, Pegasus World Cup et Dubai World Cup. Arrogate a décroché plus de 17 millions de dollars en prize money et il est le cheval le plus riche de tous les temps. Sa performance dans la Dubai World Cup a été hors du commun : gêné au départ, dernier, il est venu en épaisseur dans le dernier tournant pour remonter tout le peloton et s’imposer de plus de deux longueurs. Faire cela sur le dirt est en exploit en cela. Sur le dirt de Meydan, revenir ainsi de l’arrière est quasiment mission impossible. Pour Bob Baffert, cette performance reste à la fois un souvenir merveilleux mais aussi un regret immense : « La Dubai World Cup a été la performance la plus impressionnante réalisée par un de mes chevaux. Je m’en veux toujours sur la façon dont j’ai géré l’après avec Arrogate. J’aurais dû lui laisser plus de temps après cette Dubai World Cup. J’aimerais pouvoir revenir en arrière et changer cela. À Dubaï, la course a été tellement difficile, ils sont allés tellement vite… Il a donné tellement de lui-même lors de cette course, elle lui a beaucoup coûté et je m’en veux beaucoup de l’avoir couru si rapidement après. Il n’a plus jamais été le même après Dubaï. Ce cheval n’aurait jamais dû perdre de course après. »

Et dire que tout avait commencé avec les Quarter Horses. Dans le paysage du pur-sang américain, Bob Baffert reste un personnage à part. Son attitude franche et son sens de l’humour ont longtemps détonné dans le milieu. L’homme ne vient pas de ce monde. Comme Wayne Lukas, c’est à l’école des courses de Quarter Horses qu’il a été formé… Celui qui courait à ses débuts des "chevaux de cowboys" sur 400m a malgré tout su devenir l’un des deux seuls entraîneurs doubles lauréats de Triple Couronne. Les Quarter Horses sont pourtant un autre monde : « À l’époque, j’adorais les quarter horses et je n’aimais pas vraiment les courses de pur-sang. J’étais basé à Los Alamitos, pas si loin que cela de Santa Anita, et j’ai eu de la réussite. En réalité, les courses de pur-sang m’intimidaient beaucoup, je ne sais pas pourquoi. Mais un jour, je me suis lancé et je me suis donné trois ans, pour voir ce que cela allait donner. C’est très différent des quarter horses, les pur-sang. Avec les quarter horses, vous n’avez pas vraiment beaucoup de travail à faire. Il faut qu’ils soient affûs et ils foncent sur 400m en compétition. Il faut juste les garder frais et c’est bon. Les courses de pur-sang, c’est autre chose ! Il faut se décarcasser sur les handicaps, les distances qui sont variées. Lorsque j’ai commencé, j’avais tout cela à apprendre… Et je suis encore en train d’apprendre (rires) ! Mais j’ai gagné des courses avec les purs, j’ai commencé à m’améliorer. Le premier pur-sang que j’ai acheté s’appelait Thirty Slew… Et, à 4ans, il a gagné la Breeders’ Cup Sprint. Cela vous donne la dose de confiance nécessaire pour se dire que l’on peut continuer avec les pur-sang. »

Le dirt avant tout. Bob Baffert est certainement l’un des plus grands entraîneurs que les États-Unis aient connus. Son palmarès est vertigineux et il respire l’Amérique… Il respire le dirt. En effet, si Bob Baffert a remporté les plus grandes épreuves de son pays sur cette surface, les grandes épreuves américaines sur le gazon n’apparaissent pas à son palmarès. On se demande donc s’il s’agit d’un manque d’intérêt pour la spécialité ou si, contrairement à un Chad Brown actuellement, il ne reçoit tout simplement pas de chevaux pour aller sur le gazon.

Bob Baffert nous explique : « Honnêtement, je n’ai jamais vraiment été tourné vers les courses sur le gazon. Aux États-Unis, c’est sur le dirt que les chevaux ont le plus de valeur. Les courses les plus populaires sont sur le dirt aussi. Je viens du monde du quarter horse, où l’on fait parler la vitesse. Je préfère le dirt, c’est sur cette surface qu’ont lieu les grandes courses. Et mes clients ne sont pas vraiment intéressés par les chevaux de gazon : ils veulent un cheval de dirt. Si vous voulez donner de la valeur à un cheval, il faut se tourner vers le dirt. Si vous voulez révéler un étalon, c’est tout de même beaucoup plus difficile si vous vous tournez vers le gazon. Le meilleur cheval de gazon que j’ai entraîné arrivait d’Europe [le FR Tuzla, lauréat du Ramona Handicap, ndlr]. Les courses de gazon en Europe sont les meilleures du monde, vos courses sont magnifiques. Si, en Europe, vous commenciez à mettre en place des courses de dirt, alors les chevaux américains rafleraient probablement tout. Un peu comme ce qu’il se passe avec nos courses sur gazon : vos chevaux sont excellents dans ce domaine et, quand ils viennent, ils gagnent. »

On rêvera longtemps d’un American Pharoah sur le gazon. Bob Baffert avait dit dans le passé qu’il pensait qu’un American Pharoah aurait pu gagner une grande épreuve sur le gazon. Quel défi cela aurait été ! Imaginez… Bob Baffert nous explique : « Vous avez pu constater qu’American Pharoah donne de bons produits sur le turf comme sur le dirt. Je pense qu’un cheval comme Justify va aussi donner des éléments capables de bien faire sur les deux surfaces. Je pense que Justify aurait été un cheval incroyable sur le gazon, avec sa vitesse naturelle. Pharoah aussi aurait été capable de faire les deux. Je crois que des chevaux comme ceux-là auraient pu faire aussi bien sur le dirt que sur le gazon, pour une raison simple : ils étaient simplement tellement au-dessus des autres. Arrogate aussi. Ils pouvaient tout gagner, peu importe la surface. »

Alors, Bob Baffert viendra-t-il un jour relever le défi chez nous ? : « J’aimerais beaucoup venir à Ascot ! J’ai déjà été approché par les officiels d’Ascot, mais je n’avais pas de chevaux pour tenter l’expérience. Un jour, pourquoi pas ! Et puis j’aimerais bien venir gagner l’Arc de Triomphe, votre plus belle course ! »

Les défis des courses américaines. Forcément, difficile de parler avec le top entraîneur américain sans aborder l’une des actualités des courses américaines : le grand scandale de dopage dévoilé par le FBI autour de Jason Servis et Jorge Navarro. Les débats autour de la médication en course. Les nombreux défis à relever.

Sur la médication, Bob Baffert commente : « Le problème de la médication les jours de course est complexe. Nous courons sur le dirt : c’est bien plus dur pour les chevaux que les courses sur le gazon. Sur le dirt, ça barde du début à la fin. Sur le gazon, on vient plutôt finir. Nous limitons de plus en plus la médication. Les règles varient d’un hippodrome à l’autre. Personnellement, je vérifie toujours avant de me déplacer, mais je limite au maximum la médication. Cette année, nous avons des interdictions de Lasix pour les 2ans qui se mettent en place. Elle commence à disparaître, peu à peu. »

Lorsque l’entraîneur aborde le récent scandale de dopage, on sent une certaine tristesse dans sa voix : « Cela me fait extrêmement mal au cœur. Un cheval comme American Pharoah a rassemblé les gens autour des courses, les a touchés, et un tel événement arrive et vient détruire cela. Cela me fait vraiment mal. Et cela donne une mauvaise image de tout le monde dans le sport. Il y aura toujours des mauvaises herbes, dans n’importe quel domaine que ce soit. Mais après avoir eu American Pharoah, après avoir eu Justify, des chevaux qui ont su fédérer, nous avons eu un scandale comme celui-là. Ces derniers mois ont été horribles et il nous faut rebondir. » Rebondir, et lutter contre des lobbies animalistes et anti-courses qui se déchaînent : « Il y a des activistes pour tout ! Ils font beaucoup de bruits. Ils savent comment utiliser les réseaux sociaux et, parfois, ils inventent des choses. C’est difficile de lutter contre eux mais ils ne sont pas si nombreux que cela. Mais c’est le monde d’aujourd’hui… Les réseaux sociaux sont très puissants. Prenez soin de vos chevaux, montrez-le. Soyez exemplaires. »