Les courses à l’épreuve des crises - Partie 3 : Le marché des saillies

International / 08.04.2020

Les courses à l’épreuve des crises - Partie 3 : Le marché des saillies

Les courses à l’épreuve des crises

Partie 3 : Le marché des saillies

Nous vivons une période terrible. Et nous nous posons beaucoup de questions sur l’avenir.

Pour tenter d’y répondre, nous avons analysé les crises précédentes sous plusieurs angles. Et tout n’est pas noir, mais il va falloir être patient…

Si vous n’avez pas encore lu la partie 2, vous pouvez la retrouver en cliquant ici.

http://www.jourdegalop.com/2020/04/les-courses-a-l-epreuve-des-crises?q=crise&docid=84338

Par Franco Raimondi et Adrien Cugnasse

La France, un cas à part

Au pays des primes à l’éleveur, les effets de la crise ont été réels, mais moins violents qu’ailleurs. Néanmoins, il faut avoir conscience que le contexte français de 2008 est difficilement comparable avec celui de 2020.

En 2008 – dans l’ordre du classement de France Galop – les dix meilleurs étalons français étaient : Anabaa (Danzig), Verglas (Highest Honor), Chichicastenango (Smadoun), Marchand de Sable (Theatrical), Slickly (Linamix), Linamix (Mendez), Kendor (Kenmare), Anabaa Blue (Anabaa), Highest Honor (Kenmare) et Poliglote (Sadler’s Wells).

Or la majorité de ce top 10 était déjà sortie du circuit ou en passe de le faire, ce qui a marqué le début d’une période de transition pour le parc français. En effet, Anabaa, Highest Honor et Marchand de Sable sont morts en 2009, soit deux ans après Kendor. Verglas était parti en Irlande depuis 2005. Chichicastenango a arrêté la monte en 2008. Linamix était en préretraite. Il reste donc trois étalons pour mesurer l’évolution de la situation : Slickly, Poliglote et Anabaa Blue (ce dernier étant en perte progressive de vitesse). La décroissance de son prix de saillie et de la taille de son carnet de bal remonte à l’année précédant la crise.

Poliglote, malgré des black types dans chacune de ses générations, était boudé sur le marché du plat. Et c’est à partir de 2011 – avec l’arrivée massive de juments d’obstacle dans ses réservations – que sa cote a vraiment pris de l’ampleur. Reste donc Slickly, dont les premiers produits avaient 5ans au début de l’année 2009. En mai 2008, Gris de Gris (Slickly) s’était imposé dans le Prix du Muguet (Gr2) et cette saison sportive avait vu éclore un certain nombre de lauréats black types pour l’étalon du haras du Logis (Gris Tendre, Sokar, Libertador, Stikine, Slickly Royal…). Là où, avant la crise, son tarif aurait (certainement) été revu à la hausse, son entourage l’a laissé à 8.000 €. Sans surprise, le nombre de ses saillies a presque doublé.

ÉVOLUTION DES PRIX DE SAILLIE DES TROIS MEILLEURS ÉTALONS FRANÇAIS ACTIFS DE 2007 À 2010

Étalon Saillies 2007 Saillies 2008 Saillies 2009 Saillies 2010

ANABAA BLUE 103 63 43 35

Tarif 12.000 10.000 6.000 5.000

POLIGLOTE 97 94 70 80

Tarif 8.000 8.000 8.000 6.000

SLICKLY 59 110 107 94

Tarif 8.000 8.000 7.000 7.000

Une baisse notable mais pas massive. C’est donc dans un parc étalons en pleine transition, avec peu de valeurs pouvant être prises en repère, que la crise de 2008 a frappé. Mais d’autres éléments sont intéressants à étudier : le nombre total de saillies en France, ainsi que le nombre de nouveaux venus et débutants au haras. Dans un marché qui sombre, il est difficile de trouver les fonds pour accueillir un nouveau sire. Pourtant, de manière assez étonnante, les saisons au cœur de la crise – de 2009 à 2012 – n’ont pas été le théâtre d’un effondrement du nombre de jeunes sires accueillis en France. De même, la décroissance du nombre de juments saillies a été réelle mais pas aussi massive qu’en Irlande. Entre le point le plus haut (en 2007) et le plus bas (en 2013), la différence fut de 18 %. Un autre élément doit être pris en compte. Entre 2010 et 2014, les Haras Nationaux étaient en plein démantèlement ce qui a nécessairement eu un impact sur le nombre de juments saillies dans notre pays.

Et puis la France a également sans doute bénéficié du fait qu’elle était dans un esprit de spéculation et à un niveau de marché très inférieur à l’Angleterre et à l’Irlande… Quand on a moins à perdre, on perd moins !

ÉVOLUTION DU MARCHÉ FRANÇAIS DEPUIS 2002

Année Nouveaux sires Nombre de saillies des étalons pur-sang

2020 38 -

2019 36 10.484

2018 39 10.982

2017 25 10.346

2016 26 10.526

2015 19 9.896

2014 24 9.412

2013 21 9.166

2012 30 9.296

2011 31 10.004

2010 38 10.210

2009 40 10 590

2008 31 10.885

2007 25 11.170

2006 37 10.775

2005 35 10.767

2004 36 10.693

2003 25 10 559

2002 27 10.303

Un contexte très différent. Depuis cette période, le visage du parc français a considérablement changé. En particulier en ce qui concerne sa qualité. Cette année, cinq étalons sont affichés à 25.000 € ou plus (Siyouni, Le Havre, Wootton Bassett, Almanzor et Shalaa). Ces derniers officient dans les faits sur le marché européen et une partie importante de leur clientèle, basée à l’étranger, ne va pas subir la crise de la même manière que les éleveurs et acheteurs français.

Pour l’élevage hexagonal, le contexte est donc différent en 2020. Et la réaction de la profession sera elle aussi certainement différente. On peut néanmoins se souvenir que l’élevage français a – sur certains points – tiré profit de la dernière crise : ce fut un contexte idéal pour pousser des étrangers à envoyer des juments en pension à l’année en France.

Comment Coolmore a réagi en 2008

Suite à la crise de 2008, Coolmore a baissé ses prix de saillie européens. Mais l’analyse des tarifs de ses étalons durant cette période est bien moins simple qu’il n’y paraît.

En février 2009, quelques mois après la crise de 2008, le quotidien irlandais The Independent avait interrogé Christy Grassick : « À la lumière du contexte économique actuel, nous avons notablement réduit les prix de saillie de nos étalons. Coolmore a toujours tenté d’accueillir les meilleurs prospects et d’offrir aux éleveurs les meilleures conditions commerciales. » À cette date, alors que le géant – par la qualité, pas par la taille – Sadler’s Wells (Northern Dancer) avait tiré sa révérence, trois sires de Coolmore n’avaient pas de tarifs publics : Galileo (Sadler’s Wells), Montjeu (Sadler’s Wells) et Danehill Dancer (Danehill). Jérôme Reilly, le journaliste de The Independent, avait détaillé : « Les prix de saillies de ces trois étalons sont "private". Mais selon plusieurs acteurs de la filière, leurs tarifs de saillie sont restés les mêmes qu’en 2008 et leurs listes de réservations sont pleines... » Comme souvent, le haut de gamme résiste mieux à la crise.

Moins 30 % sur les jeunes étalons. Coolmore a donc revu à la baisse les tarifs de ses étalons. Mais dans chaque réajustement, quelle est l’influence de la variation de la popularité de l’étalon lui-même ? Difficile à dire, car comme nous le savons tous, d’année en année, l’attractivité d’un reproducteur varie en fonction des performances de ses produits en piste (et dans une certaine mesure des prix des yearlings et foals aux ventes). Peu réussissent et la majorité va voir son tarif baisser – ne serait-ce que provisoirement. Et même un sire confirmé peut avoir une année creuse avant de retrouver des statistiques normales. Ainsi, même lorsque le marché est au beau fixe, de grands haras sont régulièrement obligés de baisser le tarif d’un reproducteur… avant de le rehausser un peu plus tard. Pour avoir une idée de l’effet de la crise, il est donc intéressant de regarder les tarifs officiels des étalons qui n’avaient pas encore de produits en piste. Dylan Thomas (Danehill) est passé de 50.000 à 35.000 € (- 30 %), Holy Roman Emperor (Danehill) de 35.000 à 25.000 € (- 39%) et Hurricane Run (Montjeu) de 30.000 à 20.000  € (- 33%).

ÉVOLUTION DES PRIX DE SAILLIE DE COOLMORE ENTRE 2008 ET 2013

ÉTALON Tarif (€) 2008 2009 2010 2011 2012 2013

DANEHILL DANCER 115.000 Private Private 75.000 60.000 40.000

Âge 1re génération (*) 8 9 10 11 12 13

DYLAN THOMAS 50.000 35.000 25.000 17.500 12.500 10.000

Âge 1re génération (*) - - Foals 1 2 3

FOOTSTEPSINTHESAND 20.000 12.500 12.500 10.000 10.000 10.000

Âge 1re génération (*) Foal Yearling 2 3 4 5

GALILEO Private Private Private Private Private Private

Âge 1re génération (*) 4 5 6 7 8 9

HIGH CHAPARRAL 15.000 10.000 15.000 25.000 25.000 25.000

Âge 1re génération (*) 2 3 4 5 6 7

HOLY ROMAN EMPEROR 35.000 25.000 17.500 10.000 12.500 20.000

Âge 1re génération (*) - F Y 2 3 4

HURRICANE RUN 30.000 20.000 17.500 15.000 12.500 12.000

Âge 1re génération (*) - F Y 2 3 4

MONTJEU 125.000 Private Private 75.000 Private -

Âge 1re génération (*) 5 6 7 8 9 10

ROCK OF GIBRALTAR 35.000 27.500 22.500 17.500 17.500 17.500

Âge 1re génération (*) 3 4 5 6 7 8

ORATORIO 25.000 17.500 15.000 9.000 Exporté Exporté

Âge 1re génération F Y 2 3 4 5

(*) Il s’agit de l’âge de la première génération à la date de l’annonce des prix de saillies

Comment Darley a réagi en 2008

Les mouvements opérés par l’équipe du cheikh Mohammed avec les jeunes étalons de 2008 compliquent le décryptage de l’impact de la crise sur leur carrière. Mais Teofilo reste un bon marqueur. Son prix de saillie a baissé, permettant à son book de juments de résister, avant de remonter quelques années plus tard.

En 2008, Darley, l’autre superpuissance de l’élevage mondial, a lancé trois débutants sur le marché européen : Manduro (Monsun) et Teofilo (Galileo) à 40.000 € en Irlande et Authorized (Montjeu) à 25.000 € (31.500 €) en Angleterre. En 2009, Manduro est parti en Angleterre, à 20.000 £ avant de revenir en Irlande en 2010 avec un prix de saillie de 20.000 €. Son tarif a continué à baisser ensuite. C’est aussi le cas d’Authorized. Outre-Manche, le marché impitoyable ne fait aucun cadeau à ceux qui ne "cochent pas toutes les cases". Notamment celle de la précocité. Et il y a aussi la capacité d’adaptation à l’entraînement anglo-irlandais. Les trois meilleurs Manduro – notamment ses deux gagnants de Gr1 à 2ans – ont réussi chez des entraîneurs français, réputés pour faire moins de "rentre-dedans" que leurs confrères de Newmarket ou d’Irlande : Mandaean (André Fabre), Ultra (André Fabre) et Vazirabad (Alain de Royer Dupré).

Sans engager en rien la responsabilité de Darley, puisque la question centrale est celle du pays d’entraînement, permettez-nous cette petite digression : Lomitas (Niniski) a fait des miracles en début de carrière au Gestüt Fährhof. Ses cinq années au Dalham Hall Stud ont été un échec, avant de retrouver comme par enchantement son taux de réussite lors de son retour en Allemagne. Ses meilleurs produits ont connu le succès sous entraînement français ou allemand (Danedream, Malinas, Molly Malone, Shalanaya, Silvano, Belenus…) C’est ainsi que Manduro et Authorized sont arrivés en Normandie où les éleveurs (et entraîneurs) français ont su leur donner leur chance, pour le plat mais aussi pour l’obstacle.

Teofilo, le baromètre. La carrière d’un reproducteur est rarement simple du départ à l’arrivée, mais Teofilo a su traverser la tempête. En 2008, il a débuté à Kildangan Stud pour 40.000 €. Sa génération inaugurale comptait 109 produits. Entre-temps, la Bourse a pris l’eau et son tarif a été revu à 25.000 €. Ce réajustement a porté ses fruits car il a eu 135 foals en deuxième génération. Darley l’a encore baissé en 2010 – à 20.000 € – au moment où les ventes étaient le plus sévèrement touchées. Les éleveurs ont apprécié ce geste et le cheval a eu 135 foals l’année suivante. Alors que ses premiers yearlings étaient sur les rings – soit l’année la plus difficile pour un jeune sire –, il est descendu à 15.000 €. Avec ses premiers 2ans, Teofilo a donné Parish Hall (Dewhurst Stakes, Gr1) et l’équipe du cheikh Mohammed l’a prudemment remonté à 25.000 €. Père de 16 gagnants de Gr1 et de 151 black types, il a trouvé son rythme de croisière depuis 2014. Sur les sept dernières saisons de monte, son tarif oscille entre 50.000 et 40.000 €. Au cours des cinq premières années d’activité, en multipliant le nombre de foals par son prix de saillie, il a généré 14,835 millions d’euros de chiffre d’affaires théorique.

New Approach, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Les années difficiles pour la vente de saillies furent 2009, 2010 et 2011. En Irlande et en Angleterre, les primes à l’éleveur n’existent pas : quand le marché décroche, ceux qui ont des poulains à vendre boivent la tasse.

Les tarifs des étalons ont donc largement baissé en 2009. Et même avec ces réajustements, attirer des juments n’était pas simple. New Approach (Galileo) avait toutes les qualités pour débuter avec un prix de saillie élevé. Précoce, il avait remporté quatre Groupes à 2ans. Dans les 2.000 Guinées d’Angleterre puis d’Irlande, il avait trouvé Henrythenavigator (Kingmambo) sur son chemin, avant de frapper un grand coup en remportant le Derby d’Epsom (Gr1). Il a terminé sa carrière sur un superbe doublé de Gr1 dans les Irish Champion Stakes et les Champion Stakes. Cerise sur le gâteau : le titre de Champion des 3ans. Deux ans auparavant, le meilleur cheval de sa génération, avec un rating de 130, aurait fait ses débuts autour de 60.000 £. George Washington (Danehill), champion des 3ans 2006, avait d’ailleurs débuté à 60.000 € en 2007. Darley, en pleine tempête, a pourtant décidé de proposer New Approach pour seulement la moitié : 30.000 £ (33.000 €). Au même moment, Coolmore exilait le double gagnant des Guinées Henrythenavigator aux États-Unis où il fut proposé à 65.000 $ (44.500 €).

Quand les premiers New Approach ont débuté en 2012, les éleveurs commençaient à voir poindre la fin de la crise. Au même moment, ses produits avaient gagné trois courses de 2ans à Royal Ascot : on ne fait pas meilleure publicité outre-Manche. Cette première génération de New Approach comptait deux classiques, Talent (Oaks d’Epsom, Gr1) et Dawn Approach (2.000 Guinées, Gr1). Sans surprise, après deux années de baisse, son tarif a doublé, passant de 22.500 £ (28.250 €) à 50.000 £ (59.800 €) en 2013. Et il est même monté à 80.000 £ (102.600 €) en 2014 et 2015.

Après deux générations creuses et quelques problèmes de fertilité, il est redescendu à 30.000 € (33.500 €). Pourtant, New Approach continue à sortir des classiques, comme Masar (Derby d’Epsom). Dans sa carrière de reproducteur, la crise est vraiment intervenue au mauvais moment. Pour accéder à l’Olympe du stud-book, il faut que toutes les planètes soient alignées…

Comment les leaders d’aujourd’hui ont traversé la tempête

Sea the Stars, Frankel, Shamardal et Dubawi font rêver tout le monde aujourd’hui. Chacun à leur manière, ils ont tous les quatre traversé la crise.

Sea the Stars (Cape Cross) a débuté au pire moment, en 2010. Le plus difficile fut de choisir un prix de saillie. Pour le lancer, Madame Tsui et l’équipe des Aga Khan Studs ont annoncé 85.000 €. Il y a deux manières de voir les choses. Pendant la crise, avec des ventes en berne, cela paraissait une somme énorme. Avant – et après – la crise, cela paraît bon marché pour un véritable champion à 3ans dont le frère Galileo était déjà un grand sire. À la mi-saison 2013, des commentaires négatifs circulaient sur sa première génération de 2ans. Or il faut laisser du temps à la classe pour s’exprimer : en sept générations de 3ans, Sea the Stars a donné plus 38 gagnants de Groupe, dont 13 de Gr1. Actuellement, il officie à 150.000 €.

Pour retrouver un cheval pouvant soutenir la comparaison avec Sea the Stars, il a fallu attendre l’arrivée de Frankel (Galileo) au haras en 2013. Le marché était alors au beau fixe et le crack du prince Abdullah a débuté à 125.000 £ (149.500 €). Les résultats de ses premiers 3ans ont permis de le passer à 175.000 £ (196.400 €) en 2018.

La saison 2020 a démarré quand le coronavirus était encore un problème 100 % chinois. Huit étalons européens officient à 100.000 € ou plus, sans compter Galileo et Shamardal, dont on ne connaît pas le tarif officiel. En 2018, ils étaient quatre.

En 2019, ces huit étalons, plus Galileo et Shamardal, ont donné 957 foals. Cela représente un total virtuel de saillies de 175 millions d’euros. On monte à 1.730 yearlings et presque 210 millions si l’on tient compte de ceux officiant à 50.000 €. Par bonheur, leur production ne passera en vente qu’à partir du mois d’août. À cet instant, on devrait y voir plus clair en ce qui concerne la santé de l’économie mondiale.

Les meilleurs trouvent toujours leur route. Deux autres étalons ont fait carrière contre vents et marées. Il s’agit de Dubawi (Dubai Millennium) et de Shamardal (Giant’s Causeway). Dotés du même rating (125), ils sont arrivés sur le marché en 2006. Dubawi a débuté à 25.000 £ (36.900 €) et Shamardal à 40.000 €. En 2008, Dubawi a pris la place de Shamardal en Irlande. Et Shamardal celle de son ami à Newmarket. En 2009, là, Dubawi pouvait compter sur 114 sujets de 2ans, contre 106 pour Shamardal. Alors que la crise malmenait les éleveurs anglo-irlandais, Darley a fait le choix de baisser Dubawi à 15.000 £ (17.100 €) et Shamardal à 25.000 €. Avec leurs premiers 3ans, ils ont tous les deux donné des lauréats classiques (Makfi et Lope de Vega). Mais ces derniers ont éclaté à la face du monde trop tard (c’est-à-dire après l’annonce des tarifs de leur père), surtout que le marché était encore empêtré dans la crise. En effet Shamardal avait encore baissé (20.000 €) et Dubawi légèrement augmenté (20.000 £, 23.200 €). Les éleveurs les plus perspicaces en ont profité avant que leurs prix de saillies connaissent une ascension colossale (et justifiée). Dans toutes les crises, il y a des aubaines. Et pour ceux qui n’ont pas le carnet de chèques du cheikh Mohammed ou de John Magnier, c’est aussi l’occasion de s’offrir ce qui vaudra beaucoup plus cher quelques années plus tard.

Et l’obstacle ?

Le nombre de saillies d’obstacle a baissé lors de la dernière crise. Mais avec des prix de saillies alors très bas, la marge était faible pour d’éventuels réajustements. Les variations de tarifs ont donc été raisonnables.

L’obstacle a lui aussi bien changé depuis 2008. Un père de sauteurs comme Doctor Dino (Muhtathir) peut faire la monte à 16.000 € en 2020, ce qui était difficile à imaginer il y a une décennie. Lors de la crise de 2008, la présence des Haras Nationaux était encore très prégnante sur ce marché. Les grands Cadoudal (Green Dancer) et Mansonnien (Tip Moss) n’étaient plus de ce monde, et Robin des Champs (Garde Royale) en partance pour l’Irlande. Dixième du palmarès des pères de gagnants en 2008, Astarabad (Alleged) n’a pas vu son prix de saillie beaucoup changer entre 2008 et 2013, ce dernier oscillant de 3.000 à 4.000 €. Saint des Saints (Cadoudal), neuvième du classement, officiait à 4.000 € en 2008. Sa première génération était âgée de 5ans quand il est passé à 6.000 € en 2009. En 2010, au cœur de la crise, il est redescendu à 4.500 €, puis à 3.500 € en 2011. À partir de 2012, son tarif a augmenté régulièrement pour se stabiliser à 15.000 € depuis 017. Au cœur de la tempête, Turgeon (Caro) est descendu à 3.000  €. Mais de 2006 à 2018 – et à l’exception de la saison 2011 – il a toujours été proposé entre 4.000 et 6.000 €.

Faute de statistiques, il est difficile de connaître la réelle baisse du nombre de saillies pour l’obstacle chez les pur-sang anglais. Le stud-book AQPS, entièrement dédié à la production de sauteurs, nous offre un bon baromètre. Entre 2008 et 2013, la baisse du nombre de juments saillies a été de 17 %.

ÉVOLUTION DU NOMBRE DE JUMENTS AQPS SAILLIES EN FRANCE

Saison Poulinières saillies

2019 1.764

2016 1.764

2013 1.500

2011 1.652

2009 1.761

2008 1.924

2007 1.966

2005 1.983