Lignières-en-Berry, prêt pour redémarrer

Courses / 08.04.2020

Lignières-en-Berry, prêt pour redémarrer

Lignières-en-Berry, prêt pour redémarrer

C’est le dernier né des hippodromes de France. Il est aussi le seul de la région du Cher, une terre où l’on élève volontiers des sauteurs (comme Buveur d’Air). Si les courses redémarrent par région, il sera prêt à accueillir des épreuves Premium très rapidement.

Vétérinaire de son état, Emmanuel Lagarde est aussi à la tête de la Société des courses de Lignières qui organise huit réunions par an, dans toutes les disciplines. À cause de la crise actuelle, Lignières a dû annuler sa réunion du 28 mars, après avoir organisé une journée de courses à huis clos le 15 mars, où de bons éléments tels que Falafel (Dream Well) et Général en Chef (Martaline) se sont distingués. Si le déconfinement s’organise par région, une solution qui revient constamment dans la bouche des scientifiques, Lignières sera prêt pour courir. Emmanuel Lagarde nous a confié : « Nous avons tous hâte de revoir des chevaux. Si on me le demande, nous pouvons être prêts à courir en dix jours. Nous pouvons aussi organiser des réunions de courses rapprochées. Nos courses ne coûtent pas très cher à organiser à l’Institution. Il y a des logements sur le site car nous sommes à côté du Pôle du Cheval et de l’Âne. Nous avons la chance d’être dans une région qui n’est pas trop touchée par le Covid pour le moment. J’ai déjà contacté des urgentistes, des bénévoles : tout le monde est prêt au cas où… »

Des millions d’euros d’investissements. Lignières existait avant 2006, mais d’importants travaux ont été engagés cette année-là pour en faire un site plus moderne et fonctionnel. Emmanuel Lagarde poursuit : « En 2005, Lignières était un hippodrome de troisième catégorie. En 2006, lorsque le nouvel hippodrome est sorti de terre, nous avons récupéré le programme de courses d’un hippodrome de troisième catégorie, lesquelles ne sont plus en rapport avec la véritable qualité du site rénové. Les collectivités départementales du Cher ont payé un hippodrome neuf pour 10 millions d’euros... Elles participent à l’entretien du site, elles financent du matériel… Il y a une forte implication de la collectivité et si les choses continuent, nous allons redescendre à notre niveau précédent. Il faudrait juste que nous ayons l’opportunité de travailler et d’avoir des courses à la hauteur des investissements qui ont été faits. Nous avons désormais huit réunions. Il faut montrer aux élus locaux que le choix de soutenir l’activité hippique depuis quinze ans est pertinent. L’institution hippique doit reconnaître et encourager cet investissement local. »

Des pistes très drainantes. Lignières est un hippodrome avec des dates modulables car comme l’explique Emmanuel Lagarde : « Les pistes sont très drainantes. Nous avons donc la possibilité de courir tôt au mois de mars. Et tard en octobre-novembre. La seule chose qui peut être gênante, c’est le gel. En octobre 2019, nous avons reçu plus de 40 millimètres de pluie la nuit et la matinée avant les courses. Mais nous avons pu courir sans problèmes. Nous avons un hippodrome qui est en première catégorie en plat et au trot, et en deuxième catégorie A en obstacle, car nous n’avons pas de parcours de haies. Nous pouvons trouver notre place dans le calendrier. »

Un site ouvert pour des galops. Les meilleurs professionnels d’obstacle viennent à Lignières comme Guillaume Macaire, François Nicolle, David Cottin et Emmanuel Clayeux. La qualité du site et des parcours est bien connue. Lignières accueille d’ailleurs une manche du Trophée National du Cross (28 juin). « Les entraîneurs savent que la piste est bonne. Le parcours de steeple est sélectif et prépare bien pour Auteuil. J’ai quelques épouvantails d’Auteuil qui viennent à Lignières. Dès que l’on me le demande, nous ouvrons la piste et même le parcours d’obstacle pour l’entraînement. Cela commence à avoir une certaine ampleur et nous sommes en train d’organiser cette activité»

Le risque ? La cessation de paiement en septembre. La nouvelle politique du PMU avec moins de courses premium a porté ses fruits ces derniers mois en termes de chiffres d’affaires. Mais cette nouvelle orientation a eu des conséquences pour les sociétés de courses de province. Le passage en PMH d’épreuves auparavant PMU a fait baisser leurs ressources. Emmanuel Lagarde détaille : « Notre première journée Premium remonte à 2018. Nous avions eu une réunion Premium et des mini-premiums, soit un abondement de l’ordre de 70.000 € hors taxes sur cette année-là. En 2019, nous avons eu seulement une mini-premium. La perte des Premium et mini-premium a été compensée, ce qui était prévu par les sociétés mères. Nous avons donc touché 54.000 €. En 2020, nous n’avons rien eu et il n’était pas prévu d’avoir une compensation. Lorsque vous avez des réunions Premium et que vous n’en perdez qu’une, c’est difficile, mais vous pouvez vous adapter. Mais quand vous perdez une réunion Premium plus trois mini-réunions, sans compensations... Je ne peux pas diminuer mes charges, car j’ai seulement une personne pour entretenir la piste et une secrétaire en tiers temps. Tout le reste est assuré par quatre-vingts bénévoles. L’hiver, nous avons pris des dispositions pour diminuer nos frais, pour avoir une politique plus agressive et trouver des sponsors… Mais les sponsors ont fait machine arrière à cause du Covid… Le 15 mars, nous avons couru à huis clos, ce qui forcément n’a pas été d’une grande rentabilité. C’était une belle journée, nous aurions donc pu avoir des rentrées. Le 28 mars, notre réunion a été annulée. Je n’ai plus que des réunions PMH ensuite. Nous nous retrouvons dans une situation compliquée car nous sommes dans une structure en évolution. Lorsque j’ai repris la présidence en 2014, j’ai remis la trésorerie en ligne. Un certain nombre d’hippodromes ont des réserves financières qui leur permettent de passer les moments difficiles. Mais ce n’est pas notre cas. Tous les ans, nous versons un loyer de 25.000 € pour l’organisation des courses. S’il y a un séminaire ou un mariage, c’est le conseil départemental qui encaisse… Si les choses continuent comme cela, nous serons en cessation de paiement en septembre»